Colombie: un groupe de l’ELN revendique un attentat contre la police

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Un policier blessé dans l'attaque à l'explosif d'un commissariat dans la ville portuaire de Barranquilla (nord de la Colombie)(Jose Torres/AFP)
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Un policier blessé dans l’attaque à l’explosif d’un commissariat dans la ville portuaire de Barranquilla (nord de la Colombie)(Jose Torres/AFP)

Une des attaques à l’explosif tuant sept policiers et faisant des dizaines de blessés, attribuées dans un premier temps aux narcotrafiquants, a été revendiquée dimanche par un groupe de l’ELN, la dernière guérilla active du pays.

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Mise à jour 29/01/2019 à 12h52

Le président colombien Juan Manuel Santos a suspendu lundi les pourparlers de paix avec l’ELN suite aux attentats attribués à cette guérilla, qui ont tué sept policiers et fait des dizaines de blessés ce weekend.

« J’ai pris la décision de suspendre l’ouverture du cinquième cycle des négociations qui était prévu dans les prochains jours étant donné que je ne vois pas de cohérence de la part de l’ELN entre ses paroles et ses actes », a annoncé le chef de l’Etat lors d’une déclaration publique depuis la localité de La Palma (centre).

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Trois attentats en 24 heures ont pris pour cible des commissariats en Colombie.

Dans la nuit de samedi à dimanche, peu avant minuit, un engin a explosé dans un petit poste de commandement de la municipalité de Santa Rosa, dans le département de Bolivar, tuant deux policiers.

Une autre attaque à l’explosif dimanche contre un commissariat de la municipalité de Barranquilla a blessé quatre policiers et un civil.

C’est dans un commissariat de cette même ville qu’une bombe avait tué, la veille, cinq policiers et blessé 41 personnes dont cinq se trouvent dans un état critique, selon une source policière.

Dimanche, un groupe appartenant à la guérilla colombienne de l’ELN, le Front de guerre urbain national, a revendiqué l’attentat de samedi à Barranquilla, dans une déclaration sur une page web dont la véracité n’a pas été confirmée par le haut commandement de l’organisation.

Des sources de l’Armée nationale de libération (ELN) consultées par l’AFP à Quito, siège de pourparlers de paix entre l’ELN et le gouvernement colombien qui sont actuellement suspendus, n’ont ni confirmé ni démenti la revendication du groupe en question.

Le haut commandement de l’ELN « est en train d’enquêter » pour déterminer si le texte est authentique, ont déclaré ces sources, qui ont reconnu que la page web sur laquelle il a été publié est bien l’une de celles qui sont liées à l’ELN.

Sur son compte Twitter, le président colombien Juan Manuel Santos a indiqué dimanche que « la véracité du supposé communiqué de l’ELN est en train d’être confirmée ».

Pour sa part, le Parquet n’a pas voulu se prononcer ni sur la possible responsabilité de l’ELN dans l’attentat, ni sur l’authenticité du texte de revendication.

Les autorités colombiennes avaient dans un premier temps attribué la responsabilité de l’attentat à la bombe à des groupes de trafiquants de drogue.

« Nous n’avons pas le moindre doute qu’il s’agit de représailles après des opérations fructueuses menées récemment par la police contre le trafic de drogue, et pas seulement à Barranquilla », ville de 1,3 million d’habitants, avait déclaré son maire Alejandro Char.

La bombe a été déposée par plusieurs hommes et activée à distance, a déclaré le commandant de la police locale, le général Mariano Botero.

Un des auteurs présumés, un homme de 31 ans, a été interpellé.

Le président Santos, qui s’est rendu au chevet des blessés, a condamné « cet attentat lâche et fourbe qui ne restera pas impuni » et a annoncé l’envoi dans les prochains jours de 1.500 policiers en renfort à Barranquilla, qui accueillera bientôt un Carnaval.

– Voiture piégée en Equateur –

L’attentat a été unanimement condamné, notamment par le chef et candidat de la Farc au scrutin présidentiel, Rodrigo Londono dit « Timochenko ».

« Nous rejetons catégoriquement l’attaque perpétrée contre le commissariat de police à Barranquilla. Tout notre soutien aux proches des policiers défunts et aux habitants touchés », a déclaré le leader du parti issu de la plus ancienne guérilla colombienne, les Forces armées révolutionnaires de Colombie.

L’ONU a également condamné « vigoureusement » l’attaque, estimant qu’il « s’agissait d’un acte criminel méprisable, en contradiction avec les efforts et les avancées du pays dans sa lutte contre la violence ».

En un demi-siècle, le conflit armé impliquant des guérillas, des paramilitaires, des forces gouvernementales et des trafiquants de drogue, a fait au moins 260.000 morts, plus de 60.000 disparus et 7,4 millions de déplacés.

L’attentat à la bombe contre le commissariat de Barranquilla s’est produit quelques heures après un attentat à la voiture piégée visant une caserne de police en Equateur.

L’explosion a fait 28 blessés légers –policiers et civils– et détruit « à 95% » une caserne de San Lorenzo (nord), une ville de 56.000 habitants proche de la frontière colombienne, selon le ministère de l’Intérieur.

Pour le président équatorien Lenin Moreno, il s’agit d’un « acte terroriste lié aux narcotrafiquants ».

La Colombie est le principal producteur et exportateur de cocaïne au monde. Le pays a produit 866 tonnes de cette drogue en 2016, selon les Nations unies.

L’Equateur est considéré comme un pays de transit pour la cocaïne colombienne.