États-Unis: publication d’une liste de proches de Poutine susceptibles d’être sanctionnés

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Le président russe Vladimir Poutine le 5 septembre 2017 lors du sommet des puissances émergentes des Brics (Brésil, Russe, Inde, Chine, Afrique du Sud) à Xiamen, dans le sud-est de la Chine. (POOL/AFP/WU HONG)
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Le président russe Vladimir Poutine le 5 septembre 2017 lors du sommet des puissances émergentes des Brics (Brésil, Russe, Inde, Chine, Afrique du Sud) à Xiamen, dans le sud-est de la Chine. (aRCHIVES/POOL/AFP/WU HONG)

Le département américain du Trésor a publié une liste d’officiels et d’hommes d’affaires russes, considérés comme proches de Vladimir Poutine et susceptibles d’être sanctionnés pour punir Moscou de son ingérence supposée dans la dernière présidentielle américaine.

Cette liste, très attendue (voir plus bas), a été publiée dans la nuit de lundi à mardi. Elle compte plus de 200 noms, dont 114 officiels et 96 hommes d’affaires.

La publication de cette liste de sept pages, qui ne déclenche pas l’imposition de sanctions immédiates, comprend notamment le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, le Premier ministre Dmitri Medvedev et de hauts responsables des services de renseignements russes. On y trouve également des dirigeants de grandes entreprises publiques, comme le géant de l’énergie Rosneft et la Sberbank.

Cette liste, qui risque de détériorer encore davantage les relations déjà tendues entre Washington et Moscou, fait peser sur les cercles les plus proches du président russe la menace de les couper de l’accès à la finance internationale.

« Nous devons d’abord analyser (la liste), cette publication est sans précédent », a déclaré lors d’un point-presse le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

« Ce n’est pas d’hier que nous vivons dans des conditions de manifestations d’agressivité à notre encontre, c’est pourquoi il ne faut pas céder aux émotions, nous devons d’abord tout comprendre et ensuite formuler notre position », a-t-il ajouté.

Soulignant que le texte publié « n’est en aucun cas une sanction ou une restriction », il a cependant regretté que cette liste puisse « potentiellement déteriorer l’image et la réputation de nos entreprises, de nos hommes d’affaires, de nos responsables politiques et de nos dirigeants ».

« Vous pouvez remarquer que de facto tout le monde est appelé +ennemi des Etats-Unis+ », a-t-il affirmé.

De nombreuses voix en Russie ont réagi à la publication de cette liste. Le président de la Douma (chambre basse du Parlement), Viatcheslav Volodine, a estimé dans un communiqué que « de nouvelles sanctions contre la Russie vont mener à une cohésion plus grande de notre société ».

« L’inclusion dans cette liste de sanctions virtuelles de toute l’élite dirigeante de notre pays signifie que nos relations (avec Washington) sont véritablement en train de se rompre », a jugé de son côté Vladimir Djabarov, vice-president du Comité des affaires étrangères du Conseil de la Fédération, cité par l’agence RIA Novosti.

[toggle title= »POUTINE DIT EN PLAISANTANT TROUVER VEXANT DE NE PAS FIGURER SUR LA LISTE » load= »hide »]

Le président russe Vladimir Poutine a jugé mardi « vexant », en plaisantant, de ne pas figurer sur la liste des personnalités russes susceptibles d’être sanctionnées publiée par Washington, la qualifiant d' »acte inamical » mais excluant en l’état des mesures de rétorsion.

« C’est, bien entendu, un acte inamical, il complique les relations russo-américaines, déjà dans un état difficile, et nuit à l’ensemble des relations internationales », a-t-il lancé lors d’une conférence avec des hauts responsables de son QG de campagne pour l’élection présidentielle de mars.

Jugeant qu’il serait « stupide de réduire nos relations à néant », il a assuré ne pas vouloir « aggraver la situation » en répliquant.

« Nous nous attendions à cette liste », a assuré Vladimir Poutine. « Nous étions prêts à prendre des mesures de représailles, assez sérieuses, qui auraient réduit nos relations à zéro. Mais nous allons pour l’instant nous abstenir de prendre ces mesures », a-t-il affirmé.

Le département américain du Trésor a publié une liste d’officiels et d’hommes d’affaires russes, considérés comme proches de Vladimir Poutine et susceptibles d’être sanctionnés pour punir Moscou de son ingérence supposée dans la dernière présidentielle américaine.

Aux yeux du président russe, « ceux qui ont fait ça, le font dans le cadre de leur politique intérieure, ils attaquent le président élu », Donald Trump, accusé par ses détracteurs d’avoir bénéficié du soutien de Moscou pour se faire élire en 2016.

Le président russe s’est aussi interrogé sur la volonté de Washington de coopérer avec la Russie pour la lutte contre le terrorisme: « On va travailler ensemble ou non? Vous le voulez ou pas? Nous n’en avons pas besoin, nous. »[/toggle]

Le Trésor américain avait jusqu’à lundi minuit pour publier cette liste, conformément à une loi adoptée l’an dernier par le Congrès.

Cette loi visant à punir la Russie notamment pour son attitude en Ukraine, adoptée à une écrasante majorité par les parlementaires, avait été promulguée le 2 août à contre-coeur par le président américain Donald Trump, qui en avait critiqué plusieurs dispositions-clés.

M. Trump est accusé par ses détracteurs d’avoir bénéficié du soutien de Moscou pour se faire élire en 2016, et d’être réticent à prendre des sanctions contre la Russie de Vladimir Poutine.

Le département d’Etat américain a estimé lundi que cette même loi avait eu pour effet d’amener des gouvernements étrangers à renoncer à des contrats d’armement avec des sociétés russes, et qu’il était donc à ce stade inutile d’imposer de nouvelles sanctions dans le domaine des ventes d’armes.

Dans une interview à la BBC lundi, le directeur de la CIA Mike Pompeo a estimé que les ingérences russes n’avaient pas cessé et que Moscou tenterait vraisemblablement d’influencer les élections législatives de novembre 2018 aux Etats-Unis.

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Les Russes interféreront dans les élections de novembre, avertit par ailleurs la CIA

Par ailleurs, les interférences russes n’ont pas cessé et Moscou tentera vraisemblablement d’influencer les élections législatives de novembre 2018 aux États-Unis, a affirmé le directeur de la CIA Mike Pompeo dans une interview à la BBC lundi.

«Je n’ai pas vu de diminution importante de leurs activités», a déclaré M. Pompeo, en référence à l’ingérence présumée de la Russie dans l’élection présidentielle américaine de 2016.

«Je m’attends à ce qu’ils continuent à essayer de faire cela, mais j’ai la conviction que l’Amérique sera capable d’avoir des élections libres et équitables (et) que nous repousserons (les ingérences) assez efficacement pour que leur impact sur nos élections ne soit pas important», a-t-il poursuivi.

La CIA affirme que la Russie a interféré dans la campagne électorale de 2016 via les réseaux sociaux et la fuite d’informations provenant du camp démocrate dans le but de favoriser la candidature de Donald Trump face à celle d’Hillary Clinton.

Le président Donald Trump a rejeté ces conclusions qu’il a qualifiées de «fake news». Pour sa part, Moscou dément catégoriquement et régulièrement les accusations américaines d’ingérence russe dans l’élection présidentielle de 2016.

Plusieurs enquêtes parlementaires américaines tentent de faire la lumière sur ce sujet. Un procureur aux pouvoirs étendus a été nommé par le ministère de la Justice pour tenter de faire la lumière sur des soupçons de collusion de la campagne du milliardaire républicain avec la Russie. Une accusation que Donald Trump a toujours niée avec véhémence.

Lors des élections de mi-mandat en novembre prochain, les démocrates tenteront de reconquérir la majorité à la Chambre des représentants, où les 435 sièges seront remis en jeu, et au Sénat, qui sera renouvelé d’un tiers (33 sièges).

L’interview du directeur de la CIA a été publiée le jour où l’administration Trump a refusé d’imposer de nouvelles sanctions à la Russie, où le numéro deux du FBI a démissionné après avoir été impliqué dans l’enquête sur une éventuelle collusion entre la campagne Trump et la Russie, et où une commission parlementaire dominée par les républicains a voté en faveur de la publication d’un rapport qui affirme que le FBI a commis des irrégularités dans le cadre de son enquête.

M. Trump accuse depuis longtemps Andrew McCabe, qui vient de démissionner de son poste de directeur adjoint du FBI, d’être partial et favorable aux démocrates.

La commission du Renseignement de la Chambre des représentants a voté en faveur de la publication d’un rapport confidentiel établi par les républicains selon lequel le FBI aurait commis un abus de la législation sur la surveillance des activités d’espionnage étranger en utilisant dans le cadre de son enquête un rapport très controversé et non étayé sur des liens supposés de M. Trump avec la Russie.

La commission a en revanche voté contre la publication d’un rapport concurrent établi par les démocrates.

Le rapport républicain sur le FBI est à présent à la Maison-Blanche et le président Trump a cinq jours pour décider s’il doit ou non être rendu public.