La victoire de Bombardier aux États-Unis est une double-défaite pour Boeing

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En rejetant à l’unanimité la plainte de Boeing contre l’avion C Series de Bombardier, la Commission américaine du commerce internationale a non seulement infligé un revers politique important à Boeing aux États-Unis, mais tout ce dossier aura fait en sorte que le Canada ne se dotera très probablement pas du Super Hornet pour remplacer ses CF-18 vieillissants. Bref, attendez-vous à voir voler des F-35 dans le ciel canadien en 2025…

Déjà en septembre dernier, les actions de Boeing laissaient présager qu’il était prêt à faire une croix sur le contrat de remplacement des CF-18 canadiens, pour mieux écarter Bombardier du marché des avions commerciaux régionaux. À tout le moins, en refusant de retirer sa plainte, Boeing savait pertinemment qu’il allait perdre le contrat pour la flotte intérimaire canadienne, ce qui allait se confirmer début décembre.

Entre temps, on aura assisté à une forte mobilisation de la classe politique québécoise, le premier ministre Couillard allant jusqu’à exiger que «pas un boulon» ne soit acheté à Boeing au Canada. Le gouvernement Trudeau ne pouvait évidemment pas empêcher toutes transactions avec Boeing, puisque l’entreprise américaine a des sous-traitants au Canada ainsi que plusieurs contrats déjà en cours avec le Canada. Néanmoins, plusieurs ministres fédéraux n’auront pas hésité à défendre Bombardier face à Boeing.

Ce qui nous amène à la décision américaine d’aujourd’hui. Les réactions publiques sont révélatrices de la suite des choses. Boeing a émis un communiqué réitérant sa position à l’effet que le programme C Series de Bombardier a bénéficié de subventions gouvernementales illégales, ce qui affecte négativement les affaires de l’avionneur américain. Contacté par 45eNord, Boeing Defense n’avait pas de commentaire à fournir au sujet de l’impact de la décision sur l’avenir du Super Hornet pour remplacer les CF-18 canadiens.

Du côté du gouvernement canadien, la ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland a manifesté, par voie de communiqué, sa satisfaction face à la décision américaine, rappelant l’importance de l’industrie aérospatiale pour le Canada. Le gouvernement québécois n’aura pas eu, au moment de publier, de réaction officielle, mais la vice-première ministre et ministre de l’Économie, Dominique Anglade, a tweeté que « la raison a prévalu » et qu’il s’agissait d’une « excellente nouvelle pour Bombardier, l’industrie aérospatiale québécoise et ses travailleurs ».

Autrement dit, les positions publiques de tous restent inchangées. Considérant la mobilisation politique au pays, il apparait ici évident que même si Boeing pourra participer à l’appel d’offres pour le remplacement des CF-18 canadiens, les chances que le Super Hornet équipe les forces canadiennes sont plus que faibles. En effet, si militairement il s’agit probablement du meilleur appareil que le Canada puisse se procurer pour ses besoins, politiquement c’est le pire. De plus, le Super Hornet étant exclu de la flotte aérienne intérimaire, Boeing a perdu un avantage important qu’il aurait pu avoir pour le renouvellement des CF-18, soit de proposer au Canada un appareil qu’il aurait déjà possédé, donc qui aurait été beaucoup plus facile à intégrer dans les forces aériennes.

Il est évident que Lockheed Martin regarde actuellement toute cette histoire avec une très grande satisfaction. Désormais, le F-35 est seul comme véritable choix pour remplacer le CF-18. En effet, face au F-35, le Gripen et le Rafale ont les mêmes problèmes :

  • Une chaîne d’approvisionnement inexistante au Canada,
  • Une interopérabilité moindre avec les Américains,
  • Un potentiel de mises à niveau futures plus faible,
  • Et le fait que le Canada est encore dans le programme de développement du F-35.

La grande conclusion de cette saga? Boeing a voulu jouer à quitte ou double et aura perdu sur toute la ligne, Bombardier pousse enfin un soupir de soulagement et Lockheed Martin risque de sabrer le champagne!

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L’avionneur américain Boeing s’est dit vendredi « déçu » par la décision de la Commission américaine du commerce international (USITC) de rejeter les taxes imposées sur des avions de son concurrent canadien Bombardier sans néanmoins dire s’il comptait faire appel.

« Nous sommes déçus que la Commission n’ait pas reconnu le préjudice causé à Boeing par les milliards de dollars d’aides gouvernementales illicites (…) que Bombardier a reçues et utilisées pour déverser ses appareils sur le marché américain des monocouloirs », a réagi le constructeur dans un communiqué.

« Nous allons examiner l’avis de la Commission un peu plus en profondeur au fur et à mesure que les détails seront publiés dans les prochains jours », avance Boeing, ajoutant qu’il va également continuer à recenser les conséquences économiques et sociales des pratiques commerciales « illégales » de Bombardier.

Le groupe de Chicago ne dit cependant pas s’il va faire appel de la décision de l’USITC.

En décembre, le ministère américain du Commerce avait, à la demande de Boeing, imposé des droits compensatoires et anti-dumping de quelque 300% sur des avions CSeries de Bombardier, de 100 à 150 sièges, en estimant qu’ils étaient vendus en dessous de leur prix de fabrication.

Vendredi, l’USITC a bloqué ces taxes, qui ont valu par ailleurs à Boeing d’essuyer la colère de Delta Air Lines, compagnie cliente des CSeries.

Bombardier a d’ailleurs qualifié la décision de l’USITC de « victoire pour les compagnies aériennes américaines » et leurs passagers.

À Wall Street, l’action Boeing perdait 0,10% à 342,74 dollars vers 20H20 GMT.[/toggle]