Les vétérans et l’or vert: entre le «pot» et le cannabis médical

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Entre le «pot» et le cannabis médicical

Si, aujourd’hui et pour les prochains textes à suivre, je m’exprime sur le cannabis médical, ce n’est pas dans le but de vous convertir, mais dans le seul objectif de partager ma compréhension et ma perspective, en conjuguant mon expérience personnelle à titre de «caregiver» de mon ex-mari et de blonde de mon Vétéran-à-Mouâ, ainsi que de ma tournée pancanadienne où j’ai rencontré militaires, vétérans et familles qui m’ont parlé de leur expérience, de leurs défis, de leur réalité.

À titre d’advocate, j’ai un certain regard et une implication politique unique par mes activités, mes conférences et mes rencontres. Mon titre de militante m’a permis de mieux comprendre l’industrie grâce à des visites des installations de production et la rencontre d’un certain nombre d’acteurs du domaine et surtout, des relations avec ACC. J’ai visité des initiatives «par et pour» les vétérans, qui ont choisi de s’impliquer dans une cause qui leur tient à cœur pour la qualité de vie qu’ils ont désormais, loin des autres vétérans politiquement et médiatiquement impliqués.

Je connais plusieurs vétérans «advocates» qui se sont taillés des places à titre «d’influenceurs» politiques: parfois, c’est à leur honneur..et parfois, c’est loin de l’être, je vous en passe un papier.

Dans la thématique des revendications, il existe également toute une réalité vétérans-Parlement-ACC et les divisions au sein des groupes est une réalité. L’ironie est que tous s’entendent sur les bénéfices du cannabis médical sauf que tout est une question de qui-parle-à-qui, du gain réel et de l’affiliation à un producteur ou à un autre… Vous ne me croyez pas?

Suites aux coupures annoncées par l’ex-ministre des Anciens Combattants Hehr en novembre 2016 qui réduisaient considérablement le nombre de grammes quotidien remboursés (j’en reparlerai plus tard), 2 rallyes ont été organisés à Ottawa en 2017, presque coup sur coup. L’unique objectif consistait à contester les annonces politiques et à promouvoir l’impact du cannabis médicical sur la qualité de vie des vétérans blessés. Tous les deux étaient organisés par des vétérans associés ou affiliés, à des organisations différentes. Et dans des les faits, les deux vétérans organisateurs se connaissent très bien (en fait, c’est un petit monde où tout le monde connaît: entre les businessmen et les vétérans).

Et ce fût un beau spectacle, sur les réseaux sociaux, de voir qui-allait-supporter-qui: dans le monde des vétérans, il n’est pas rare de voir les égos devenir plus important que la cause à défendre. Et qui en bénéficie? Les politiciens qui sont soulagés des démonstrations qui font réellement du bruit et surtout, qui attirent réellement l’attention médiatique.

Oui, mesdames et messieurs.. il y a de l’argent à faire dans le domaine du cannabis médical en général mais surtout, les vétérans constituent une clientèle fort lucrative..et intéressante à plusieurs égards. Aborder la question du cannabis médical et des vétérans est à la fois passionnant et terriblement frustrant: entre les mésententes politiques fédérales-provinciales inhérentes au dossier de la légalisation, les préjugés sociaux et les tabous qu’il suscite, l’incompréhension politique de l’aspect médicical et des questions éthiques qui s’y rattachent et de la bataille pharmaceutique et médicale qu’il engendre, il est facile de perdre le focus de la réflexion.

Avant de plonger dans le vif sur le sujet, je tiens à être claire à l’effet que je ne suis pas rémunérée de quelconque façon que ce soit pour m’exprimer sur le sujet: le dossier de la relation vétérans-cannabis médical mérite d’être abordée avec franchise et comme partout ailleurs, il y a de belles choses à dire et il y en a des moins bonnes. Mais en bout de ligne, tout le monde est à la fois complice et victime silencieuse de l’hypocrisie bureaucratique, chacun pour ses raisons.L’ironie bureaucratique est systémique: alors qu’un vétéran a le droit de choisir de se médicamenter grâce au cannabis médical, il n’est pas rare qu’il soit pénalisé par la clinique TSO qu’il fréquente: rares sont les psychiatres qui supportent ce choix.

Les vétérans eux-mêmes ne réalisent pas l’importance de la bataille politique qu’ils mènent: leurs «gains politiques» amènent des arguments de poids aux autres citoyens concernés, partout au Canada. À titre d’exemple, depuis tout récemment, les premiers répondants du Nouveau-Brunswick peuvent dorénavant voir leur prescription de cannabis médical remboursée par le «Worker’s Compensation» (l’équivalent de la CSST du Québec). De même, lors d’expositions (ex: Lift Cannabis), j’ai mieux compris l’ampleur de la pression politique exercée émanant d’organisations ou d’individus devenus leaders de regroupements formels et informels comme par exemple, des parents dont les enfants atteints de XYZ ont une qualité de vie transformée grâce au cannabis médical.

Partout, le dossier vétérans-cannabis médical est suivi avec attention

Indéniablement, la grande lacune réside dans le manque de recherche sur lesquels les changements politiques peuvent être justifiés dont tout le monde est victime. Sauf pour les vétérans qui eux, ont bénéficié d’une zone grise générée par ACC en accordant le remboursement d’une prescription de cannabis médical pour la toute première fois à un vétéran en 2008.

Le hic, c’est que la décision fût prise sans véritablement avoir la recherche pour justifier sa décision…mais comme elle n’engendrait pas des coûts faramineux, la question est passée dans l’oubli. Sauf que c’est aussi à cette époque que les premiers efforts médiatiques ce sont fait entendre et ressentir par des vétérans qui reconnaissaient l’impact positif qu’il avait dans leur vie.

À titre d’exemple, on peut souligner les efforts de deux vétérans, pionniers chacun de leur façon, qui ont marqué l l’histoire du dossier ACC et cannabis médical: Fabian Henry et Clayton Goodwin qui ont permis d’ouvrir des portes politiques visant à faciliter l’accès aux vétérans au cannabis médical. Grâce aux succès engendrés par les efforts médiatiques et surtout, des succès thérapeutiques de plus en plus connus, ils sont désormais près de 7000 vétérans à se médicamenter avec le cannabis médical. Et ce chiffre continue de grimper d’année en année.

Pourquoi?

Parce que pour bien des vétérans, le cannabis leur permet d’avoir une qualité de vie qu’ils n’osaient plus espérer. De la même façon que le thé vert est bénéfique pour le système, que le gingembre apaise l’estomac, le cannabis, lui, est efficace sur le cerveau, autant pour la douleur physique que mentale: après tout, les émotions sont une réponse chimique du cerveau, non?

Avant d’aller plus loin, posons-nous une seule question: pourquoi un vétéran, malgré toute la conception négative qu’il en a résultant de son service militaire, se tourne-t-il vers le cannabis médical?

La réponse est simple et réside dans deux facteurs: la première, de plus en plus constatent les impacts directs chez leurs frères et sœurs d’armes. Même si au Québec (contrairement au reste du Canada) on n’en parle pas tout haut, on en parle tout bas.

En deuxième lieu, et c’est probablement l’aspect important: il cherche à se soulager de l’emprise des pilules et surtout, des effets secondaires qui s’accumulent au fil des mois.

J’apprécie que les psychiatres questionnent le processus d’obtention d’une prescription à laquelle les vétérans doivent se soumettre. Mais en même temps, il faudrait être capable d’admettre qu’on fait de nos militaires et de nos vétérans des petites machines à bonbons à qui ont prescrit des quantités phénoménales de p’tites pilules à ingurgiter quotidiennement. Nombreux sont ceux qui ont trouvé la bonne dose de pilules et c’est tant mieux: c’est ce que tout le monde devrait pouvoir vivre. Mais pour ceux qui sont pris dans la danse du cocktails de pilules, la qualité de vie peut dégénérer rapidement…

Les effets secondaires des «pilules»

Et justement, quels sont les effets secondaires dont on me parle le plus? Elles sont toutes aussi nombreuses que variées. Les plus populaires portent sur:

1)La sécurité:

Certains vétérans ne prennent pas leur pilules pour dormir la nuit quand ils ont des enfants à la maison, par crainte de ne pas se réveiller en cas d’urgence. Ils estiment que la vapeur mental prend trop de temps à se dissiper avant d’être fonctionnels.

2)La vie sexuelle:

Pour les femmes, c’est la libido qui est à moins 150. Souvent, elles notent la frustration qu’engendre l’incapacité à atteindre l’orgasme ou de son manque d’intensité. Pour les hommes, c’est la cerise sur le Sunday de monsieur pour qui les capacités érectiles ne sont les plus les mêmes: parfois, leur libido est à zéro (ce qu’ils n’ont jamais connu…), parfois, la tête et le cœur veulent plus que le corps: entre la difficulté à obtenir une érection, la conserver..et être capable d’éjaculer, ils sont souvent frustrés car l’intensité n’est pas la même et est loin d’être satisfaisante. Ils cachent leur frustration derrière un traditionnel «ma femme ne s’en plaint pas, elle!» (Les messieurs sont gênés d’en parler et ils sont toujours contents de réaliser que, ben oui, c’est normal et surtout, qu’ils sont loin d’être seuls)

3)L’impact biologique:

Indéniablement, certaines douleurs entraînent la prise de médication qui finissent par scrapper l’estomac et le système digestif et pour compenser, d’autres anti-ci et anti-ça viennent se rajouter au cocktail quotidien afin d’être capable d’avoir du plaisir à manger. Quand le syndrome du colon irritable embarque dans le portrait, c’est aussi la peur de ne pas être capable de se soulager ailleurs que dans ses pantalons, pris dans le trafic de Montréal… Pour d’autres, c’est l’apparition d’engourdissement aux extrémités, une jambe qui sautille de nervosité continuellement, des besoins de dormir incontrôlables en voiture…

4)L’impact social et affectif:

Ça, c’est le sentiment d’être mort en-dedans qui garde quelqu’un bien ancré avec ses démons et qui empêche toute thérapie de faire du sens, qui l’empêche de ressentir des émotions positives parce qu’on veut diminuer l’intensité de sa colère, de son anxiété, de sa douleur physique. Parce que jouer avec la chimie du cerveau impacte sur tout ce qu’il est et par conséquent, aussi sur ses relations.

Un bien meilleur contrôle avec le cannabis

Évidemment, comme n’importe quel autre médicament, le cannabis médical ne convient pas à tout le monde. Il est vrai, aussi, que d’autres profitent de cet avantage pour se «geler» et fuir la réalité: ceux-là, sont des «consommateurs». Et malheureusement, il est vrai que certains vétérans se servent de leur avantage afin d’en faire la revente.

Mais ce n’est qu’une minorité, car pour ceux qui ont osé s’investir dans une démarche de rétablissement cohérente et qui se sont éduqués, le cannabis médical permet de voir naître des succès, petits d’abord, mais qui changent une vie: des douleurs physiques qui sont davantage contrôlées; une réduction de l’anxiété, une meilleure qualité de sommeil, etc…

Le cannabis médical est un outil de rétablissement et de maintien qui offre l’avantage de pouvoir contrôler et gérer sa médication en fonction des besoins: c’est vrai pour les vétérans et c’est vrai pour n’importe quel individu. Surtout, ces gens sont passés de 10-20-30 pilules à quelques unes.

Mon ex-mari est passé de 9 à…0!

Maintenant que la table est mise, le vif du sujet pourra être abordé. Dans le prochain texte, je parlerai du processus d’obtention de sa prescription de cannabis médical (comment ça se passe) et des défis vécus par les familles.

À vous et à votre famille,

Merci de votre service.

Jenny Migneault est une activiste, militante et «advocate». Elle est également membre du comité aviseur sur les familles d'Anciens Combattants Canada et a recu la Mention élogieuse de l'Ombudsman des vétérans. Elle est actuellement en tournée pan-canadienne pour mieux comprendre les enjeux touchant les familles des militaires et des vétérans.

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