Une carrière brisée, mais le vice-amiral Mark Norman sera bientôt décoré comme «lanceur d’alerte»

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«Reconnaître ce qui est bien», déclarait le vice-amiral Mark Norman, à des membres de l’équipage du NCSM St. John’s, en 2014. (Archives/FAC)

La cheffe du Bloc québécois, Martine Ouellet, a annoncé cette semaine qu’elle remettra prochainement la médaille de l’Assemblée nationale au vice-amiral Mark Norman, en guise de reconnaissance pour avoir tiré la sonnette d’alarme en 2015 alors qu’il était vice-chef d’état-major lorsque le gouvernement Trudeau hésitait à confirmer le contrat octroyé par le gouvernement précédent au chantier naval Davie, pour la conversion du navire marchand Astérix en navire de ravitaillement.

La Gendarmerie royale du Canada allègue que le vice-amiral Mark Norman a violé le Code criminel en coulant des informations confidentielles à des dirigeants de Chantier Davie, qui s’inquiétait du retard d’Ottawa dans l’approbation finale du Projet Resolve, prévoyant la conversion d’un navire marchand en ravitailleur pour la Marine royale canadienne.

Or, un an après que le chef d’état-major de la Défense, le général Jonathan Vance eut relevé de ses fonctions son numéro 1, le vice-chef d’état-major de la Défense, le vice-amiral Mark Norman, aucune résolution de la situation n’est encore à l’horizon et le vice-amiral Norman n’est toujours officiellement accusé de rien du tout.

Pour Martine Ouellet, qui ne croit pas en ces accusations, le vice-amiral semble tout simplement «faire l’objet de représailles parce qu’il s’est tenu debout».

La femme politique québécoise, qui voit en Mark Norman un lanceur d’alerte, considère qu’il a eu raison d’attirer l’attention sur ce contrat que le gouvernement Trudeau voulait remettre en question alors que la Marine royale canadienne avait grandement besoin de navires de ravitaillement pour remplir ses obligations et que les échéanciers pour la construction de nouveaux navires semblaient de plus en plus lointains.

Martine Ouellet qui, tout en œuvrant sur la scène fédérale comme cheffe du Bloc québécois, est aussi députée indépendante à l’Assemblée nationale du Québec, a fait cette annonce alors qu’elle tenait un point de presse mercredi matin en compagnie d’Ann Gingras, présidente du Conseil central de Québec Chaudière-Appalaches (CSN), à l’occasion de la visite du premier ministre Justin Trudeau à Québec pour presser le chef du gouvernement canadien d’accorder la construction du navire de ravitaillement Obélix et avec le projet de constructions des brise-glaces «en attendant que soit réparée l’injustice flagrante qui a été commise dans le cadre de l’octroi des contrats de la stratégie maritime du Canada évaluée à 100 milliards $: moins de 1 % au Québec au lieu des 23 % qui aurait dû lui revenir».

Prix de consolation, on apprend ce matin qu’Ottawa tendra au moins une bouée de sauvetage au chantier Davie qui se verrait confier la restauration de quatre brise-glace. Le porte-parole du chantier Davie, Frédérik Boisvert, parlant sur les ondes de RDI d’espoir et de «l’amorce d’une nouvelle relation entre le Chantier Davie et le gouvernement du Canada».

La souveraineté du Canada compromise selon le sénateur libéral Colin Kenny

Par ailleurs, dans une lettre à l’intention du gouvernement Trudeau, le sénateur Colin Kenny, reconnu pour son expertise en matière de défense, affirme que le Canada ne pourra assurer adéquatement la défense de sa souveraineté dans les eaux de l’Atlantique et du Pacifique au cours de la prochaine décennie alors que la Marine royale canadienne n’a actuellement à sa disposition qu’un seul navire de ravitaillement – l’Astérix, construit par la Davie – , tandis que le chantier naval Seaspan de Vancouver ne pourra livrer les deux navires que lui a commandés Ottawa en 2011 pas avant 2026 ou 2028.

La location de navires étrangers n’apparaît pas non plus à ses yeux comme adéquate: «Sans nos propres ravitailleurs, le seul soulagement immédiat était de quêter à d’autres pays et de tenter de louer ce que nous avons perdu. Nous n’avons réussi qu’à obtenir des locations de 40 jours du Chili (Pacifique) en 2015 et de 40 jours de l’Espagne (Atlantique) en 2016. Ce soutien anémique en ravitaillement (80 jours sur 2190 jours opérationnels) a empêché le gouvernement de déployer un groupe opérationnel naval et de soutenir les opérations à l’étranger pendant la majeure partie des trois dernières années».

Il presse le gouvernement de confier au chantier naval Davie la construction de trois autres navires de ravitaillement, à un prix fixe, de manière que le Canada puisse avoir deux de ces navires sur chacune des deux côtes d’ici 2019 et deux autres navires supplémentaires trois ans plus tard.

«Le gouvernement doit prendre des mesures décisives et faire construire les trois prochains navires ravitailleurs au chantier naval Davie et permettre à Seaspan de poursuivre la construction de brise-glaces de classe polaire pour la Garde côtière canadienne. Cela protégera les emplois de Seaspan tout en offrant au Canada la capacité de réapprovisionner efficacement la flotte navale au cours des 40 prochaines années. De plus, cela permettra aux contribuables d’économiser des milliards de dollars et de réduire les risques pour les Canadiens en veillant à ce que la Marine dispose des navires ravitailleurs dont elle a besoin le plus rapidement possible», affirme le sénateur dans sa lettre.

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