Offensive turc: Washington sommé de se retirer, ne fournirait plus d’armes aux Kurdes syriens

Des blindés turcs le 26 janvier 2018 à la frontière syrienne dans le cadre de l'opération menée par la Turquie contre la milice kurde YPG. (AFP/Ozan Kose)
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Des blindés turcs le 26 janvier 2018 à la frontière syrienne dans le cadre de l’opération menée par la Turquie contre la milice kurde YPG. (AFP/Ozan Kose)

Les États-Unis ont « confirmé » à la Turquie, qui a aussi sommé Washington de se retirer de Minbej, qu’ils ne fourniraient plus d’armes à une milice kurde combattue par Ankara dans le nord de la Syrie, lors d’un nouvel entretien téléphonique à haut niveau, a affirmé samedi la présidence turque.

Selon la présidence turque, le conseiller à la sécurité nationale du président américain H.R. McMaster et le porte-parole du président turc Ibrahim Kalin se sont entretenus vendredi soir, au surlendemain d’une conversation téléphonique entre Donald Trump et Recep Tayyip Erdogan.

Lors de cet entretien, d’après le compte-rendu de la présidence turque, « il a été confirmé qu’il ne serait plus livré d’armes » à la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG), visée depuis une semaine par une offensive d’Ankara dans le nord-ouest de la Syrie.

Par ailleurs, selon Ankara, le responsable turc a « souligné la nécessité de prendre en compte les préoccupations sécuritaires légitimes de la Turquie ».

[toggle title= »DANS LES HÔPITAUX D’AFRINE, L’OFFENSIVE TURQUE FAIT CRAINDRE UNE TRAGÉDIE » load= »hide »]

Allongé sous une couverture grise, l’oeil tuméfié et le crâne enroulé d’un bandage, l’homme blessé dans les bombardements turcs fait le V de la victoire. A Afrine, cible d’une offensive d’Ankara dans le nord syrien, hôpitaux et secouristes s’attendent au pire.

« Les médicaments et les aides humanitaires sont bientôt épuisés », met en garde Khalil Sabri Ahmed, directeur du principal hôpital de la ville d’Afrine, qui reçoit depuis une semaine les civils blessés dans l’offensive de la Turquie.

En Syrie ravagée depuis 2011 par une guerre meurtrière, Ankara a lancé le 20 janvier une opération militaire avec des rebelles syriens alliés. L’objectif: chasser la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG) de la région d’Afrine, située à la frontière.

Dans le principal hôpital de la ville, les couloirs sont silencieux et ceux qui les empruntent –infirmières, femmes et enfants– affichent un visage grave, a constaté un reporter collaborant avec l’AFP.

Allongée dans un lit en fer, le pied dans le plâtre, une fillette est encouragée à raconter son calvaire devant les caméras. Cheveux en bataille, elle reste murée dans son silence, le visage impassible et les yeux tristes, observant calmement son entourage, une perfusion reliée au bras.

Ici, un patient emmitouflé dans un épais pullover a sombré dans un profond sommeil, sous une couverture. Un peu plus loin, une infirmière mesure la tension d’un vieil homme à la mine renfrognée et aux cheveux blancs.

Guirlandes et décorations de Noël sont encore accrochées aux murs.

– ‘Capacités faibles’ –

Depuis une semaine, les localités d’Afrine près de la frontière sont la cible d’un pilonnage intensif. Un grand nombre de blessés ont été transférés vers la ville du même nom, relativement épargnée par les combats.

Sur le terrain, les responsables médicaux craignent de ne plus pouvoir prodiguer de soins, la menace de pénuries de médicaments planant toujours.

« Les civils sont les plus touchés », insiste M. Ahmed. Son hôpital accueille les cas les plus graves, qui nécessitent une intervention chirurgicale ou un suivi délicat.

Au moins 36 civils ont été tués dans les bombardements turcs depuis le début de l’offensive, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

M. Ahmed explique qu’à la frontière, des « abris médicaux » ont fait leur apparition pour soigner les blessés, après que « les centres médicaux ont été bombardés ».

Bordée au nord et à l’ouest par la Turquie, et par des régions contrôlées par des rebelles syriens pro-Ankara au sud et à l’est, Afrine est reliée au monde extérieur par une seule route, contrôlée par des insurgés et menant à Alep, deuxième ville de Syrie.

« Nos capacités sont faibles en raison de ce siège, si la pression s’accentue, ce sera très difficile à supporter », poursuit M. Ahmed, qui lance un appel aux organisations internationales pour recevoir des aides, et surtout pour l’arrêt de « l’agression » turque.

L’Unicef a tiré la sonnette d’alarme, rapportant la mort d’au moins 11 enfants. « La guerre est régie par des lois, et tous les jours ces lois sont transgressées en Syrie », déplore-t-il dans un communiqué.

– ‘Tragédies humanitaires’ –

L’ONU avait déjà fait état de quelque 5.000 personnes déplacées par l’offensive en cours, la plupart au sein même de la région où vivent plus de 300.000 personnes dont 120.000 déplacés.

« La violence est si intense que les familles sont confinées dans les sous-sol de leur immeubles. La plupart des magasins sont fermés, les services de protection des enfants soutenus par l’Unicef ont dû être suspendus », selon l’agence onusienne.

Dans l’hôpital d’Afrine, un homme au crâne dégarni remonte le manche de sa chemise et de son pull. L’infirmière lui pique le bras: il est venu donner son sang. A ses côtés, un autre homme attend la fin du prélèvement.

« Nous espérons que les organisations internationales vont lancer des initiatives humanitaires pour nous envoyer des aides », plaide de son côté un directeur du croissant rouge kurde, Nouri Cheikh Qanbar, qui évoque de « graves tragédies humanitaires ».

Ces derniers jours, devant les morgues d’Afrine où reposent les corps des victimes, les mêmes scènes se répètent. Inlassablement, des femmes crient et pleurent la perte d’un proche, rapporte un autre journaliste collaborant avec l’AFP.

Les yeux humides, un homme qui a pourtant perdu un fils appelle à la retenue. « Ne pleurez pas, ce sont des martyrs, ils nous ont précédés au Paradis.« [/toggle]

Samedi dernier, la Turquie a lancé une offensive terrestre et aérienne dans la région syrienne d’Afrine contre les YPG. Ce groupe, considéré comme « terroriste » par Ankara, est le fer de lance sur le terrain de la coalition antijihadistes emmenée par Washington qui combat le groupe Etat islamique (EI) dans le nord de la Syrie.

Cette opposition sur les YPG empoisonne depuis des mois les relations entre la Turquie et les Etats-Unis, deux alliés au sein de l’Otan. Un entretien mercredi entre MM. Trump et Erdogan n’avait pas permis d’apaiser les tensions.

Au contraire, signe du fossé grandissant entre les deux pays, les deux administrations avaient livré des versions considérablement divergentes de la conversation.

Vendredi, au surlendemain de cet entretien, M. Erdogan avait vivement critiqué les Etats-Unis et affirmé que l’offensive turque en Syrie se poursuivrait vers l’est et notamment vers la ville de Minbej, où des centaines de militaires américains sont déployés.

Et samedi, la Turquie a appelé samedi les Etats-Unis à se retirer d’une ville du nord de la Syrie, affichant sa détermination à poursuivre et élargir son offensive contre une milice kurde alliée de Washington.

[toggle title= »SYRIE:LA TURQUIE APPELLE LES ÉTATS-UNIS À SE RETIRER DE MINBEJ » load= »hide »]

La Turquie a appelé samedi les Etats-Unis à se retirer d’une ville du nord de la Syrie, affichant sa détermination à poursuivre et élargir son offensive contre une milice kurde alliée de Washington.

« Il faut qu’ils (les Etats-Unis) se retirent immédiatement de Minbej », ville située à une centaine de km à l’est de la région d’Afrine où Ankara mène depuis samedi son opération, a déclaré le chef de la diplomatie turque Mevlüt Cavusoglu.

Au huitième jour de cette offensive terrestre et aérienne contre la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG) qui préoccupe plusieurs pays occidentaux, le président turc Recep Tayyip Erdogan s’est dit résolu à « écraser comme un rouleau compresseur » toute menace.

La Turquie mène depuis le 20 janvier une offensive dans la région d’Afrine (nord-ouest de la Syrie) contre les YPG. Si Ankara considère ce groupe comme « terroriste », il est l’allié de la coalition antijihadistes qui combat le groupe Etat islamique (EI).

Samedi, les combats entre les forces turques et les YPG ont repris dans le nord-ouest de la région d’Afrine, tandis que l’aviation et l’artillerie d’Ankara continuaient leur pilonnage.

Une semaine après son déclenchement, l’opération baptisée « Rameau d’olivier » a renforcé les tensions déjà vives entre Ankara et Washington.

Vendredi, M. Erdogan avait menacé d’étendre à Minbej, et plus à l’est, jusqu’à la frontière irakienne, l’offensive actuelle d’Ankara en Syrie, au risque d’entrer en confrontation directe avec les forces américaines.

Dans ce contexte de tensions, la présidence turque a rapporté samedi que le conseiller à la sécurité nationale du président américain H.R. McMaster et le porte-parole de M. Erdogan, Ibrahim Kalin, s’étaient entretenus vendredi soir au téléphone.

D’après la présidence turque, M. McMaster a « confirmé » à M. Kalin que les Etats-Unis ne fourniraient plus d’armes aux YPG lors de cet entretien qui s’est tenu après une autre conversation téléphonique, mercredi, entre M. Erdogan et Donald Trump.

Cette question empoisonne depuis des mois les relations entre ces deux partenaires au sein de l’Otan, Ankara reprochant à Washington de soutenir ce groupe lié au Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) qui livre une guérilla meurtrière en Turquie.

Signe du fossé qui s’élargit, les gouvernements turc et américain ont livré des comptes-rendus considérablement divergents de l’entretien téléphonique entre MM. Erdogan et Trump mercredi.

« Il faut que les Etats-Unis rompent totalement avec (les YPG), qu’ils récupèrent les armes qu’ils leur ont données », a déclaré samedi M. Cavusoglu.

Faisant fi des appels des Etats-Unis à la « retenue », M. Erdogan a déclaré samedi que son pays écraserait « comme un rouleau compresseur (…) toutes les organisations terroristes ».

Sur le terrain, les bombardements turcs ont repris, « mais à un rythme moins intensif, en raison du mauvais temps », a indiqué l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

A Azaz, ville située à 20 km à l’est d’Afrine et tenue par des rebelles syriens soutenus par Ankara, les détonations sporadiques de l’artillerie turque se font entendre, selon une correspondante de l’AFP. Fusil automatique en bandoulière, des rebelles patrouillent.

Une semaine après son déclenchement, environ 15.000 personnes ont manifesté samedi à Cologne (ouest de l’Allemagne) contre l’offensive. La police a dispersé le rassemblement après que des symboles du PKK eurent été brandis.

D’après l’OSDH, les affrontements dans la région d’Afrine ont fait depuis samedi plus de 110 morts dans les deux camps et 38 civils ont été tués, pour la plupart dans des bombardements turcs.

Selon l’Unicef, au moins 11 enfants sont morts dans des bombardements à Afrine, dont le principal hôpital a indiqué être bientôt à court de médicaments.

L’armée turque, qui dément toute frappe contre des civils, a indiqué que trois de ses soldats avaient été tués et 30 blessés dans les combats.

Evoquée depuis plusieurs mois, l’intervention turque à Afrine a été précipitée par l’annonce de la création prochaine par la coalition luttant contre les jihadistes emmenée par Washington d’une « force frontalière » incluant notamment des YPG.

Plusieurs pays, dont l’Allemagne et la France, ainsi que l’Union européenne, ont exprimé leur préoccupation face à l’intervention turque qui complique davantage encore la situation en Syrie, où la guerre a fait plus de 340.000 morts depuis 2011.[/toggle]

Plusieurs pays, dont l’Allemagne et la France, ainsi que l’Union européenne, ont exprimé leur préoccupation face à l’intervention turque qui complique davantage encore la situation en Syrie, où la guerre a fait plus de 340.000 morts depuis 2011.

Pendant ce temps, au moins un millier de kurdes manifestaient samedi à Cologne, dans l’ouest de l’Allemagne, pour protester contre l’offensive turque visant une milice kurde dans le nord de la Syrie, alors que Berlin redoute une importation du conflit dans le pays où vivent un million de Kurdes et une communauté turque forte de trois millions de personnes.

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Au moins un millier de kurdes manifestaient samedi à Cologne, dans l’ouest de l’Allemagne, pour protester contre l’offensive turque visant une milice kurde dans le nord de la Syrie, alors que Berlin redoute une importation du conflit dans le pays.

La police de Cologne a avancé le chiffre provisoire d’un millier de personnes au début de la manifestation, peu après 09H00 GMT. Selon un journaliste de l’AFP, ils étaient plusieurs milliers.

Les organisateurs ont tablé sur environ 20.000 personnes pour ce rassemblement sous haute surveillance qui sera encadré par plus de 2.000 policiers afin d’éviter tout débordement.

Les « risques de conflit sont considérables », a prévenu le chef de la police de Cologne, Uwe Jacob.

Les manifestants, rassemblés place Ebert, dans le centre de Cologne, brandissaient des pancartes réclamant la « Liberté pour le Kurdistan » ou d’autres proclamant « Honte à toi, l’Europe », selon un journaliste de l’AFP.

Une manifestation dans le nord du centre-ville était ensuite prévue.

Ankara a lancé samedi ses troupes dans l’enclave d’Afrine, dans le nord-ouest de la Syrie, contre les Unités de protection du peuple (YPG), une milice kurde jugée terroriste par Ankara mais soutenue par Washington dans le cadre de la coalition contre le groupe Etat islamique (EI). Et vendredi, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a promis d’intensifier l’offensive, en dépit des appels internationaux à la retenue.

Depuis, l’inquiétude monte en Allemagne, où les autorités redoutent une importation du conflit sur leur territoire où vivent environ un million de kurdes et quelque 3 millions de personnes turques ou d’origine turque, ce qui en fait la plus grande diaspora turque dans le monde.

Des échauffourées entre membres des deux communautés et des actes de vandalisme contre des mosquées turques ont d’ores et déjà eu lieu ces derniers jours.

« La Turquie a commencé une guerre d’agression contraire au droit international », a martelé samedi le co-président de la Communauté kurde d’Allemagne, Mehmet Tanriverdi, dans le journal régional Heilbronner Stimme.

L’appel à manifester contre l’offensive turque avait été lancé par Nav-Dem, une association jugée par les services de renseignements allemands comme proche du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), classé parmi les organisations terroristes par les Etats-Unis et l’Union européenne et interdit depuis 1993 en Allemagne.[/toggle]

*Avec AFP