Pence débute en Égypte une première tournée sous tension au Proche-Orient

0
Le vice-président américain Mike Pence rencontre le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi au palais présidentiel au Caire le 20 janvier 2018.
(Khaked Desouki/Pool/AFP)

Le vice-président américain Mike Pence a rencontré le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi samedi au Caire lors de son premier déplacement au Proche-Orient, une tournée sous tension après la décision controversée de Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël.

L’avion du vice-président a atterri peu après 15H30 locales (13H30 GMT). M. Pence, accompagné notamment de son épouse Karen, a rencontré M. Sissi au palais présidentiel.

Selon la presse locale, les conversations ont porté sur la sécurité dans la région, la coopération entre les deux pays et l’avenir de l’aide américaine à l’Égypte.

Un dîner est également prévu. Puis, le vice-président américain se rendra en Jordanie, avant de rejoindre dimanche soir Israël, dernière étape de sa tournée.

Initialement prévu fin décembre, ce déplacement avait été repoussé après la décision unilatérale du président Trump sur Jérusalem, un choix qui a rompu avec des décennies de diplomatie américaine et avec le consensus de la communauté internationale sur cette question épineuse du conflit israélo-palestinien.

Cette fois, malgré la persistance des crispations doublée d’un contexte politique explosif aux Etats-Unis, la visite a été maintenue.

« Les rencontres du vice-président avec les dirigeants d’Egypte, de Jordanie et d’Israël font partie intégrante de la sécurité nationale de l’Amérique », avait argué vendredi la porte-parole de Mike Pence.

Sa visite au Caire survient au lendemain de l’annonce par M. Sissi, un allié des Etats-Unis qui dirige l’Egypte d’une main de fer, de son intention de briguer un nouveau mandat en mars 2018. M. Sissi avait destitué en 2013 le président islamiste Mohamed Morsi démocratiquement élu.

Mais le contexte principal reste toutefois l’annonce américaine sur Jérusalem, qui a provoqué un tollé général dans la région et la colère des Palestiniens.

– ‘Pas bienvenue’ –

En réaction, ces derniers clament que les Etats-Unis ne peuvent plus prétendre à un rôle de médiateur dans le processus de paix que Donald Trump rêvait de relancer.

Samedi, le porte-parole du Hamas, Fawzi Barhoum, a estimé que la visite de M. Pence au Proche-Orient « n’est pas la bienvenue ». « Nous estimons qu’il n’y a aucune raison pour l’accueillir et le recevoir », a-t-il ajouté.

Le statut de Jérusalem est l’une des pierres d’achoppement du processus de paix avec Israël, au point mort depuis 2014. Les Palestiniens entendent faire de Jérusalem-Est, la capitale de l’Etat auquel ils aspirent. La partie orientale de la ville sainte est occupée par Israël qui l’a annexée, une annexion jugée illégale par l’ONU.

Les relations entre Washington et les Palestiniens ont encore été aggravées par la décision des Etats-Unis, cette semaine, de « geler » plus de la moitié de leurs versements prévus à l’agence de l’ONU pour les réfugiés de Palestine (UNRWA). Cette agence aide les plus de cinq millions de Palestiniens enregistrés comme réfugiés dans les Territoires, en Jordanie, au Liban ou en Syrie, depuis la création de l’Etat d’Israël et les conflits qui ont suivi.

Les Palestiniens ont fait savoir qu’ils boycotteraient la visite de Mike Pence, qui ne rencontrera pas le président Mahmoud Abbas, contrairement à ce qui était initialement prévu en décembre.

– Prudence égyptienne –

La décision américaine sur Jérusalem avait provoqué des manifestations dans de nombreux pays arabes et musulmans, dont l’Egypte, où le grand imam d’Al-Azhar a annoncé en décembre son refus de recevoir M. Pence.

Le pape des coptes (chrétiens) d’Egypte, Tawadros II, a lui aussi refusé de rencontrer le vice-président américain, arguant que M. Trump a « fait fi des sentiments de millions d’Arabes ».

Mais les régimes arabes alliés de Washington sont tiraillés entre leur opinion publique hostile et leur puissant partenaire américain. C’est le cas notamment de l’Egypte et de la Jordanie, qui ont établi des liens géopolitiques ou de dépendance financière vis-à-vis de Washington. L’Egypte qui a connu la destitution de deux présidents depuis 2011 se trouve en proie à une crise économique aiguë.

L’aide militaire américaine, qui atteint 1,3 milliard de dollars par an, est jugée cruciale par le régime de M. Sissi d’où la réaction prudente du Caire à l’annonce d’un futur transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem: l’Egypte avait alors estimé que ce choix risquait de « compliquer » la situation.

Après l’Egypte, et la Jordanie, M. Pence doit se rendre en Israël lundi et mardi pour des entretiens qui s’annoncent chaleureux avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président Reuven Rivlin.

Toutefois, son discours au Parlement israélien sera boycotté par une coalition des partis arabes qui le qualifient d’homme « dangereux et messianique ».

M. Pence doit également se rendre au Mur des Lamentations dans la Vieille ville de Jérusalem et au mémorial de l’Holocauste Yad Vashem.

Les commentaires sont fermés.