Réserve: recrutement à la 2e Division portée par les opérations médiatisées et les nouvelles initiatives

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Le 15 juillet 2015, avait lieu l’inauguration officielle des nouveaux locaux du CRFC Québec situés dans l’écoquartier d’Estimauville (Archives/MDN)

Les Forces armées canadiennes semblent avoir réussi à renverser une tendance devenue inquiétante en parvenant enfin l’an dernier à augmenter le nombre de personnes en uniforme, particulièrement dans la Réserve, bien qu’il lui reste encore beaucoup à faire pour combler tous les vides dans les rangs et atteindre les objectifs ambitieux que lui a fixés le pouvoir politique.

Mais ici, avec près de la moitié des objectifs atteints, le capitaine Kevin O’Connor, responsable du recrutement à la 2e Division du Canada, qui comprend toutes les unités de la force régulière et de la réserve de la province de Québec, n’a pas caché son optimisme en raison des nouvelles initiatives de l’Armée canadienne, qui est depuis avril responsable du recrutement pour la réserve.

L’Armée canadienne, enfin maître de son recrutement, a en effet a entrepris une série d’initiatives afin de renforcer considérablement la Première Réserve, ce qui comprend la croissance et l’amélioration du recrutement, un examen de la rémunération et des avantages sociaux et des occasions de perfectionnement professionnel.

L’Armée met en œuvre un programme d’emplois d’été à temps plein (EETP) afin de renforcer la capacité opérationnelle de la Première Réserve, et d’en assurer la santé et la viabilité à long terme, explique-t-elle.

Elle emploiera des soldats qui s’identifient comme disponibles et leur fournira un emploi et une formation prévisibles pour assurer la croissance et la stabilité au sein de la Réserve de l’Armée canadienne et en soutien aux efforts de recrutement et de rétention,

À la 2e Division du Canada, le recrutement semble avoir été portée par la nouvelle procédure d’enrôlement rapide et l’ensemble des nouvelles initiatives prises pour renforcer le recrutement que par la visibilité que lui a donné cette année les deux opérations domestiques hautement médiatisées que furent l’Opération LENTUS et l’Opération ÉLÉMENT.

Résultats des campagnes de recrutement pour la réserve de la 2e Division

Résultat de la campagne 2016/17 (31 mars 2017) : 94% (864/922)

Résultat de la campagne 2015/16 (31 mars 2016) : 80% (673/840).

Résultat de la campagne 2014/15 (31 mars 2015) : 94% (753/820).

Et  la campagne lancée en avril 2017 devrait avoir d’excellents résultats encore alors que, à mi-chemin, elle a déjà atteint près de la moitié de ses objectifs. Selon le capitaine O’Connor, la deuxième moitié de la campagne, avec de nouvelles journées portes-ouvertes prévues pour le printemps, devraient être encore plus facile maintenant que les nouvelles mesures comme le processus accéléré d’enrôlement, sont bien en place et ont été rodées.

Les résultats de la 2e Division en ce qui a trait à la réserve pour la campagne de recrutement de l’année 2017-2018 s’annoncent donc  prometteurs tant du côté du 34 GBC à Montréal que du 35 GBC à Québec.

Un processus simplifié et de l’argent en plus

Lors de, non pas une, mais deux Journées portes ouvertes en octobre 2017, la réserve de l’Armée canadienne était en mode recrutement ici, comme à travers tout le pays. (45eNord.ca)

Cette année, ce gouvernement mal aimé des militaires les a véritablement courtisé: par un changement dans la Loi de l’impôt sur le revenu en faveur des militaires, ceux-ci sont sont désormais exemptés, rétroactivement au 1er janvier 2017, de l’impôt fédéral sur le revenu lorsque déployés dans le cadre d’opérations internationales nommées, ce qui n’avait jamais encore été fait.

Les militaires ont obtenu aussi une augmentation de plus de 6% de la solde et d’environ 5% de certaines indemnités d’environnement et indemnités spéciales. De plus, un paiement forfaitaire couvrant les trois années passées leur a été versé fin juin afin de compenser l’augmentation rétroactive du taux.

Pour les réservistes, ça a été aussi l’année de la mise en place du processus accéléré qui simplifie l’enrôlement.

Ce nouveau processus permet l’enrôlement des candidats dans la Réserve de l’Armée canadienne en quelques semaines plutôt qu’en plusieurs mois. Les réservistes continuent d’être assujettis aux mêmes exigences sur le plan médical, de la sécurité, de la condition physique et des aptitudes. Mais les étapes du recrutement sont synchronisées durant deux visites, ce qui accélère le processus tout en assurant le maintien de normes de qualité élevées. Pour ce faire, les ressources ont été décentralisées et un plus grand pouvoir conféré aux groupes-brigades de réserve.

Ici, trois mois après que l’Armée ait ainsi assumé la pleine responsabilité du recrutement et de l’enrôlement au sein de ses unités de réserve, les cellules de recrutement du 34e et 35e Groupe-brigade du Canada comptaient déjà plus de 184 nouvelles recrues, soit plus de 16% de l’objectif de recrutement pour 2017-2018.

Et la rétention

Mais la rationalisation du système de recrutement n’est pas tout et les commandants, réalistes, ne crieront pas victoire tant que la lutte contre l’attrition ne sera pas gagnée.

Au rythme actuel, il pourrait donc s’écouler plusieurs années avant que les forces armées atteignent les objectifs amibitieux que leur a assignés le pouvoir politique.

Le programme d’emplois d’été à temps plein (EETP) devrait en outre être également une opportunité de rétention. Il est non seulement disponible pour les nouvelles recrues, mais également pour les réservistes actuels qui se sont joints aux Forces armées canadiennes depuis 2015,

Comme du personnel-cadre, des instructeurs et des formateurs seront requis pour appuyer le programme, cette initiative devrait représenter également une occasion de rétention et une opportunité d’emploi d’été à temps plein pour plusieurs réservistes.

À compter du 1er mai 2018 et chaque année par la suite, la 2e Division du Canada offrira donc le programme d’EETP à tout membre de la Première réserve pendant les quatre premières années de leur service afin de renforcer la réserve, nous indiquent les responsables de la Division.

L’argent, la simplification du processus de recrutement la promesse d’un emploi d’été ne seraient rien si on ne retenait pas les recrues en leur offrant des rôles stimulants.

De nouveaux rôles et un facteur «cool»

Le ministre de la Défense avait pour sa part laissé savoir dès le dévoilement de la nouvelle politique qu’il entendait leur attribuer de nouveaux rôles dans les domaines de la recherche et sauvetage en milieu urbain avec équipement léger, la Défense chimique, biologique, radiologique et nucléaire, les capacités de combat (pelotons de tir direct, de mortier et de pionniers), les cyberopérateurs, les spécialistes du renseignement, les équipes de sécurité navale et les linguistes.

À la 2e Division, on insiste pour dire que des responsabilités claires pour appuyer la mission de l’Armée offrent à la Première Réserve l’occasion de grandir et de s’intégrer encore plus étroitement et de manière transparente dans l’ensemble des opérations, et on met l’accent sur le «souffle nouveau [qui]sera accordé à l’intégration de nouvelles capacités et de rôles plus spécialisés pour les unités de réserve.»

Déjà, fait-on valoir à la 2e Division, «plusieurs capacités ont d’ailleurs déjà établies et ont démontrées leur viabilité» (activités d’influence et groupe-compagnie d’intervention dans l’Arctique).

Et les unités qui démontrent un haut niveau de performance seront récompensées par la croissance, nous indique-t-on «Toutes les unités de la réserve continueront toutefois leur croissance et les tâches de la mission s’étendront aux unités dynamiques.

Les réservistes ne devraient plus jamais être perçus comme de simples «soldats de fin de semaine», mais comme un élément essentiel sur lequel s’appuient nos Forces armées. Mieux encore, être réserviste, ce sera peut-être dorénavant , tout simplement «cool». Imaginez la tête des amis de nos réservistes quand ceux se mettront à leur parler de sauvetage en milieu urbain ou de Défense chimique, biologique, radiologique et nucléaire…

À l’échelle de tout le Canada, les nouveaux chiffres montrent qu’il y avait environ 450 militaires de plus à la fin mars 2017 que l’année précédente à la même date, dont environ la moitié étaient des membres de la force régulière et l’autre moitié des réservistes.

Cela représente la première véritable croissance du nombre de personnes en uniforme depuis plusieurs années, alors que l’augmentation des taux d’attrition et de recrutement, exacerbée par les compressions budgétaires des conservateurs vers la fin de leur mandat, avaient progressivement fait fondre les effectifs.

Mais les forces armées sont toujours à court d’environ 2 000 membres pour la force régulière et 5 300 pour la réserve, et ce sans même tenir compte des objectifs ambitieux formulés par le gouvernement Trudeau lors du dévoilement de la nouvelle politique de défense le 7 juin 2017.

La nouvelle politique de défense prévoyait, et prévoit toujours, que l’effectif de la Force régulière sera accru de 3 500 militaires (pour atteindre 71 500 au total); l’effectif de la Première Réserve, lui, doit être accru de 1 500 militaires (pour atteindre 30 000 au total);

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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