Trump cherche «désespérément» à saboter l’accord sur le nucléaire iranien, déclare Javad Zarif

0
Le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif, le 15 avril 2015 à Lisbonne(Archives/Patricia De Melo Moreira/AFP)

Le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif a accusé vendredi le président américain Donald Trump de chercher « désespérément » à saboter l’accord sur le nucléaire iranien qui selon lui « ne peut être renégocié ».

« La politique de Trump et l’annonce faite ce jour représentent des tentatives désespérées de saboter un accord multilatéral solide », a déclaré M. Zarif sur Twitter.

Il réagissait à l’ultimatum lancé par le président américain au moment où il confirmait la suspension des sanctions contre l’Iran levées dans le cadre de l’accord. M. Trump a prévenu que c’était « la dernière suspension qu’il signerait ».

« Le JCPOA (ou Plan d’action conjoint) ne peut être renégocié: plutôt que de répéter la même rhétorique, les Etats-Unis doivent agir en pleine conformité — comme le fait l’Iran », a ajouté M. Zarif, faisant référence à l’accord sur le nucléaire conclu en 2015 entre Téhéran et les grandes puissances (Chine, Russie, Etats-Unis, France, Allemagne et Royaume-Uni).

Il a accusé Washington de « violation malveillante » de trois sections de l’accord, y compris le paragraphe 26 qui appelle les États-Unis à agir « en bonne foi pour soutenir le JCPOA » et permettre que l’Iran puisse profiter de la levée des sanctions.

L’Iran estime que le maintien des sanctions américaines pour des dossiers, autres que le nucléaire, comme les droits de l’Homme et le programme balistique, ont empêché l’Iran de profiter des nombreux bénéfices attendus de l’accord.

M. Zarif a affirmé que l’hostilité de M. Trump à l’accord et à l’Iran en général constitue également une violation de l’engagement à « s’abstenir de toute politique pouvant affecter directement ou indirectement la normalisation des relations commerciales et économiques avec l’Iran », comme prévu par le paragraphe 29.

Réduction des capacités nucléaires –

Téhéran s’engage à réduire ses capacités nucléaires (centrifugeuses, stock d’uranium enrichi…) pendant plusieurs années.

Le but est de rendre quasiment impossible la possibilité pour l’Iran de fabriquer une bombe atomique, tout en assurant à Téhéran, qui dément toute visée militaire, le droit de développer une filière nucléaire civile.

Conformément à ce qui est prévu par l’accord, l’Iran a réduit à 5.060 le nombre de ses centrifugeuses en activité servant à enrichir l’uranium (contre 10.200 au moment de la signature de l’accord) et s’engage à ne pas dépasser ce nombre pendant 10 ans.

Téhéran a également accepté de modifier son réacteur à eau lourde d’Arak, sous le contrôle de la communauté internationale, de manière à rendre impossible la production de plutonium à usage militaire dans cette installation.

Selon les termes de l’accord, ces différentes mesures font passer à un an ce que les spécialistes appellent le « breakout time » : le temps qu’il faudrait à Téhéran pour fabriquer une bombe atomique. Au moment de la signature de l’accord, cette durée était estimée à deux ou trois mois.

– Contrôle –

L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) est chargée de contrôler régulièrement tous les sites nucléaires iraniens, avec des prérogatives considérablement accrues.

L’Iran a accepté un « accès » limité de l’AIEA à des sites non nucléaires, notamment militaires.

Dans rapport dévoilé fin août 2017, l’AIEA a notamment attesté que Téhéran n’a pas enrichi d’uranium à des degrés prohibés, ni constitué de stocks illégaux d’uranium faiblement enrichi ou d’eau lourde, ni « poursuivi » la construction de son réacteur à eau lourde d’Arak.

Le 13 novembre, l’AIEA a indiqué que l’Iran respectait bien ses engagements.

– Levée des sanctions –

L’accord, entériné par le Conseil de sécurité de l’ONU le 20 juillet 2015, est entré en vigueur le 16 janvier 2016, ouvrant la voie à une levée partielle des sanctions internationales contre l’Iran.

Les embargos de l’ONU sur les armes conventionnelles et sur les missiles balistiques sont maintenus jusqu’en 2020 et 2023 respectivement. Cependant, le Conseil de sécurité peut accorder des dérogations au cas par cas.

De nombreuses sanctions internationales ont été depuis levées, ouvrant notamment la porte aux investissements étrangers.

Les États-Unis restent pour l’instant dans l’accord historique de 2015 sur le nucléaire iranien mais Donald Trump a lancé vendredi un ultimatum aux Européens afin qu’ils l’aident à le durcir dans les prochains mois s’ils veulent éviter un retrait pur et simple de Washington.

Le président américain a confirmé la suspension des sanctions économiques contre l’Iran levées dans le cadre de l’accord mais la Maison Blanche a prévenu qu’il s’agit « de la dernière suspension qu’il va signer ».

« C’est la dernière chance », a lancé Donald Trump dans un communiqué, exigeant un « accord » avec les Européens pour « remédier aux terribles lacunes » du texte, dont il est un grand pourfendeur alors que tous les autres signataires le défendent mordicus car il est censé empêcher l’Iran de se doter de l’arme atomique.

Les commentaires sont fermés.