Les États-Unis réagissent face à l’érosion de leur suprématie militaire

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Le secrétaire à la Défense, James N. Mattis, a annoncé la nouvelle Stratégie de défense nationale dans un discours prononcé à l’École d’études internationales avancées Johns Hopkins, à Washington, le 19 janvier 2018. (Graphique DoD)

Constatant « l’érosion » de leur suprématie militaire face à la Chine ou à la Russie, les États-Unis veulent moderniser leurs structures de défense et « partager le fardeau » de la sécurité mondiale avec leurs alliés, qu’ils souhaitent voir dépenser davantage pour la défense.

« Mon intention est d’engager des changements urgents à grande échelle », affirme le ministre américain de la Défense Jim Mattis dans sa nouvelle « Stratégie de défense nationale » publiée vendredi.

Le président américain Donald Trump avait présenté le mois dernier sa nouvelle « Stratégie de sécurité nationale« , et ce document signé par M. Mattis en est la déclinaison militaire. M. Trump avait alors souligné que « des puissances rivales, la Russie et la Chine, essayaient de remettre en cause l’influence, les valeurs et la richesse de l’Amérique ».

Pour le sous-secrétaire à la Défense chargé de la stratégie Elbridge Colby, « le problème que ce document cherche à identifier et à régler, c’est l’érosion de notre avantage militaire ».

« Ce qu’il reconnait, c’est que la Chine et la Russie en particulier ont oeuvré assidument depuis plusieurs années à développer leurs capacités militaires », a-t-il précisé à la presse, notant que pendant ce temps, les États-Unis se consacraient à la « lutte contre le terrorisme et les États voyous ».

Le document d’une cinquantaine de pages, dont seul un « sommaire » d’une dizaine de pages a été rendu public par le Pentagone, accuse la Chine d’avoir usé de « tactiques économiques prédatrices pour intimider ses voisins tout en militarisant la mer de Chine ».

Quant à la Russie, elle est dénoncée pour avoir « violé les frontières de pays voisins », une allusion à l’annexion de la péninsule ukrainienne de Crimée par Moscou en 2014 suivie par la guerre dans l’Est de l’Ukraine.

Ces accusations risquent de provoquer une nouvelle fois de fortes réactions à Moscou et Pékin, qui avaient dénoncé en décembre le caractère « impérialiste » et la « mentalité de Guerre froide » de la stratégie nationale de Donald Trump.

Pourtant, a souligné M. Colby, « il ne s’agit pas d’une stratégie de confrontation, mais d’une stratégie qui reconnait la réalité d’une concurrence » militaire accrue de ces deux grandes puissances.

L’Iran et la Corée du Nord, que Washington classe dans la catégorie des États « voyous », « déstabilisent leur région en cherchant à acquérir l’arme nucléaire et en soutenant le terrorisme », est-il précisé. Mais la lutte contre le terrorisme, si elle reste « importante », n’est plus la priorité.

Pour répondre à cet environnement plus incertain, les États-Unis ont décidé d’être moins prévisibles et moins rigides. « Nous devons être conscients de cette réalité concurrentielle et ne pas répondre aux attentes », a souligné M. Colby.

Il n’a pas précisé comment Washington voulait surprendre ses adversaires mais le document du Pentagone stipule que les États-Unis doivent être « stratégiquement prévisibles mais opérationnellement imprévisibles », pour pousser les adversaires dans des situations défavorables et contrarier leurs efforts.

De plus, Washington cherche à obtenir de ses alliés « un partage plus juste des responsabilités », a souligné M. Colby.

Pour un meilleur « partage du fardeau », le document propose de « fortifier » l’Otan. « Nous attendons de nos alliés européens qu’ils respectent leur promesse d’augmenter leurs budgets de défense et de modernisation pour renforcer l’alliance face à nos soucis de sécurité communs », est-il précisé.

Les États-Unis souhaitent depuis longtemps que leurs alliés de l’Otan consacrent une plus grande part de leur budget à la défense.

La nouvelle stratégie militaire américaine ne mentionne absolument pas le changement climatique, que le prédécesseur de Donald Trump, Barack Obama, considérait comme un véritable enjeu de sécurité nationale. Depuis, le républicain a annoncé le retrait des États-Unis de l’accord de Paris sur le climat signé par près de 200 pays.

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