Qu’est-ce qu’un ancien combattant? Qu’est-ce qu’un vétéran?

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De militaire à… ? (Anciens Combattants Canada)

Loin de moi l’intention de créer une polémique, mais dernièrement j’ai eu des discussions très enrichissantes sur les définitions d’un ancien combattant et d’un vétéran des Forces armées canadiennes. Le constat général est qu’il est difficile d’en arriver à des définitions arrêtées qui font consensus. Je me questionne depuis.

Il faut admettre qu’au Canada, le ministère des Anciens combattants a coupé court au débat sur les définitions liées au statut d’ancien combattant ou de vétéran. Leur définition est large, inclusive et les deux thèmes (en français) semblent être considérés comme des synonymes. En fait, un vétéran/un ancien combattant se veut être «tout ancien membre des Forces armées canadiennes libéré avec mention honorable qui a réussi son entraînement de base est un ancien combattant, ou un vétéran selon la définition donnée dans la Loi sur les mesures de réinsertion et d’indemnisation des militaires et vétérans des Forces canadiennes». Dans cette dernière Loi, la définition de «vétéran» se limite à un «ex-militaire».

La logique du ministère des Anciens combattants est de reconnaître le risque que les militaires prennent en revêtant l’uniforme et en prêtant le serment d’allégeance. Ainsi tous les ex-militaires sont considérés égaux et cela qu’ils aient fait la Seconde Guerre mondiale, la guerre de Corée, Chypre, la Bosnie-Herzégovine, la guerre d’Afghanistan ou qu’ils n’aient pas participé à de missions opérationnelles. Cependant, il faut convenir qu’il existe une «méchante différence» entre un militaire qui a obtenu une libération volontaire quelques semaines après avoir complété sa qualification militaire de base à Saint-Jean-sur-Richelieu et celui qui a fait une carrière de 30 ans avec huit affectations et huit missions opérationnelles ou encore celui qui a été libéré médicalement après une sérieuse blessure en Afghanistan. Je me questionne toujours. Est-ce que cette définition ne serait pas trop inclusive? Ne devrait-il pas y avoir des critères toujours inclusifs, mais plus précis, plus détaillés, plus arrêtés?



Il serait sans doute intéressant de connaître les explications historiques et logiques de la traduction du mot «veteran» en anglais à celui d’ancien combattant en français. Un «veteran» ne devrait-il pas être en français un vétéran? La définition du ministère des Anciens combattant du Canada colle, à mon sens, davantage à celle d’un vétéran qui est une personne qui a servi au sein des Forces armées canadiennes et qui a obtenu une libération.

Pour ce qui est de l’ancien combattant, que je traduirais en anglais comme étant un «war veteran» ou encore un «combat veteran», la participation à un combat ou à une guerre est nécessaire. Évidemment, les choses se compliquent en tentant de préciser les définitions. Est-ce qu’un militaire des FAC qui a participé à une mission de maintien de la paix et qui était «menotté» par des règles d’engagement très strictes est une personne qui a participé à un combat ou à une guerre? Est-ce qu’un militaire qui a déployé au Rôle 3 – Unité médicale multinationale au terrain d’aviation de Kandahar et qui n’est jamais sorti de la base est une personne qui a participé à un combat ou à une guerre? Est-ce que la participation au combat ou à la guerre doit être active ou passive?

Qu’on le veuille ou non, il existe au sein des Forces armées canadiennes de perceptions qui diffèrent en fonction des professions militaires et des rôles lors des missions opérationnelles. Si nous demandons à un fantassin de nous définir, selon ses conceptions, ce que représentent un ancien combattant et un vétéran, il a fort à parier qu’elles seront différentes de celles du commis ou médic. D’ailleurs, à ce sujet, les travaux de Sarah Dentry-Travis sur la construction des rôles et sur l’identité des soldats canadiens dans le cadre d’un déploiement sont très intéressants et démontrent les multiples perceptions (intérieur/extérieur de la base, les motifs de sortie de la base, armes de combat et métiers de soutien, etc.). De mon point, il est légitime de nous questionner, à savoir s’il n’y avait pas lieu de différencier un ancien combattant (qui implique la notion de combat ou de guerre) et un vétéran?

Pour ajouter à la complexité du débat sur les définitions, il est important de noter que la Loi sur l’emploi dans la fonction publique du Canada propose sa propre définition d’un ancien combattant. Le point f de l’annexe (définitions) de la Loi concerne les membres des FAC et établit qu’il faut avoir servi trois ans dans les FAC et avoir libéré honorablement pour obtenir la qualité d’ancien combattant.

Aux États-Unis, selon le US Department of Veteran Affairs, un «veteran» est «une personne qui a servi dans le service militaire actif et qui a été libérée dans des conditions autres que déshonorantes». Cette définition, aussi très large et inclusive, ne fait aucunement référence à la notion de temps.

En France, un ex-militaire qui désire obtenir la carte de combattant et jouir des privilèges qui s’y rattachent doit remplir certaines conditions. Pour les ex-militaires de l’ère moderne, ils doivent entre autres avoir participé à une opération extérieure et avoir été présents sur les lieux pour une période de quatre mois.

Alors qu’est-ce qu’un ancien combattant? Qu’est-ce qu’un vétéran? Devrait-on ou non distinguer les statuts de vétéran et d’ancien combattant?

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Libéré volontairement en 2014 avec le rang de major, Dave Blackburn est docteur en sociologie de la santé et est professeur régulier à l’Université du Québec en Outaouais (UQO) où le champ de la santé mentale et les Forces armées canadiennes figure dans ses domaines de recherche.

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