Après la «Posture» américaine: l’Allemagne appelle à se mobiliser pour le désarmement nucléaire

Par ses deux récents votes aux Nations unies, le Canada a appuyé un traité interdisant un ingrédient clé dans la fabrication d'armes nucléaires, tout en s'opposant au nom du réalisme à une dénucléarisation complète de la planète.(Photo Sputnik)
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Le ministre allemand des Affaires étrangères, Sigmar Gabriel, a appelé les Européens à prendre l’initiative dans le domaine du désarmement nucléaire après le dévoilement le 3 février de la Posture nucléaire américaine.(Photo Sputnik)

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Sigmar Gabriel, a appelé dimanche les Européens à prendre l’initiative dans le domaine du désarmement nucléaire après l’annonce par les Etats-Unis de leur intention de se doter de nouvelles armes nucléaires de faible puissance.

« Comme à l’époque de la Guerre froide, nous en Europe sommes particulièrement mis en danger » par « une relance de la course aux armes nucléaires », a déclaré M. Gabriel.

« C’est précisément la raison pour laquelle nous devons en Europe lancer de nouvelles initiatives pour le contrôle de l’armement et le désarmement ».

M. Gabriel réagissait à la nouvelle « posture nucléaire » rendue publique vendredi par le Pentagone. Dans ce rapport, le Pentagone expose ce qu’il considère comme des menaces nucléaires à l’encontre des Etats-Unis et les réponses à y apporter au cours des années à venir.

Les Etats-Unis veulent notamment développer de nouvelles armes nucléaires de faible puissance, afin de répondre à « l’expansion des capacités (nucléaires) de la Russie ». Une annonce qui fait craindre aux experts une relance de la prolifération et un risque plus élevé de conflit nucléaire.

M. Gabriel a reconnu que l’annexion de la Crimée par la Russie avait débouché sur une « perte spectaculaire de confiance envers la Russie » en Europe comme aux Etats-Unis et que les « signes d’un réarmement russe, non seulement en armes conventionnelles, mais aussi en armes nucléaires, étaient évidents ».

Mais au lieu de développer de nouvelles armes, il est impératif d’assurer « le respect inconditionnel des traités existants de contrôle de l’armement », a estimé le ministre.

Berlin oeuvrera « avec ses alliés et partenaires » en faveur du désarmement dans le monde, a-t-il assuré.

« Notre objectif à long terme doit continuer à être un monde sans armes nucléaires », a souligné M. Gabriel.

La question des armes nucléaires a été un sujet sensible en Allemagne, allié historique des Etats-Unis et membre de l’Otan, à l’époque de la Guerre froide. Le Pentagone avait déployé en Allemagne des missiles à têtes nucléaires dans le cadre d’un dispositif destiné à contrecarrer la menace d’une invasion soviétique de l’Europe occidentale.

Le chef des sociaux-démocrates (SPD), Martin Schulz, rival malheureux d’Angela Merkel aux élections de septembre 2017, a appelé au cours de la campagne électorale à un retrait des dernières armes nucléaires américaines déployées en Allemagne.

La Russie, la Chine, la Corée du Nord et l’Iran, tous considérés comme des menaces dans le rapport du Pentagone, ont condamné ce document.



Pékin accuse Washington d’avoir une «mentalité de Guerre froide»

Après Moscou, qui dénonce le «caractère belliqueux» de la posture nucléaire américaine, et Téhéran, pour qui Washington menace d’anéantir l’humanité, Pékin accuse l’administration américaine d’avoir une «mentalité de Guerre froide»

La Chine a dénoncé dimanche le dernier rapport du Pentagone sur la politique nucléaire américaine, se déclarant «fermement opposée» à un document qui lance «des supputations au hasard» sur les intentions de Pékin.

Bien qu’il se focalise essentiellement sur la Russie, le rapport évoque aussi un manque de transparence dans l’arsenal nucléaire chinois.

La Chine, dit la «Posture» [le rapport intitulé «National Posture Review], s’est dotée de nouvelles capacités nucléaires, allant d’un nouveau missile balistique intercontinental mobile à un nouveau sous-marin lanceur d’engins, «avec très peu sinon aucune transparence quant à ses intentions».

Le Pentagone lance «des supputations au hasard» sur les intentions de la Chine et exagère la menace représentée par sa force nucléaire, a déclaré dans un communiqué le porte-parole du ministère chinois de la Défense Ren Guoqiang.

La Chine est «fermement opposée» à ce rapport. Elle a «toujours maintenu ses propres forces nucléaires au niveau minimum requis par sa sécurité nationale», a-t-il ajouté, soulignant que les États-Unis avaient le plus important arsenal nucléaire du monde.

«Nous espérons que les États-Unis abandonneront cette mentalité de Guerre froide».

Le président chinois Xi Jinping a annoncé l’année dernière qu’il rêvait de voir son pays se doter d’une « armée de classe mondiale » à l’horizon 2050.

La Chine n’a participé à aucun conflit depuis une courte guerre contre le Vietnam en 1979. Mais elle renforce sa présence à l’international et inquiète ses voisins.

Selon l’Institut international de recherche pour la paix de Stockholm (Sipri), elle possède 270 têtes nucléaires contre 6800 pour les États-Unis.

Pékin martèle de longue date que la Chine ne fera jamais usage en premier de ses armes nucléaires. « La Chine adhère toujours au principe de « non-emploi en premier » des armes nucléaires, quelles que soient les circonstances », a ajouté M. Ren.

Dans son rapport, le Pentagone dit vouloir se doter de nouvelles armes nucléaires de faible puissance en réponse au réarmement de la Russie.

Moscou a dénoncé le « caractère belliqueux» et «antirusse» du rapport, avertissant qu’il allait prendre «les mesures nécessaires» pour assurer sa sécurité face aux États-Unis.