Ghouta orientale: l’impuissance de la communauté internationale

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Un secouriste transporte un garçon après l’avoir dégagé des décombres à Hamouria, dans la région rebelle de la Ghouta orientale, cible des bombardements du régime, le 9 janvier 2018 (Archives/Abdulmonam Eassa/AFP)

Face à l’écrasement sous les bombes du régime syrien du fief rebelle de la Ghouta, dans la banlieue de Damas, la communauté internationale s’émeut mais peine à adopter une position commune qui pourrait mettre fin aux bombardements, qui touchent surtout des civils.

Si plusieurs organismes des Nations unies, sans réel pouvoir politique, condamnent cette sanglante campagne entamée le 5 février, qui a fait près de 200 morts depuis dimanche et semble être le prélude à une attaque terrestre contre la dernière position des rebelles syriens près de la capitale, les grandes puissances ont attendu longuement pour réagir et se sont contentées de déclarations convenues.

Le département d’Etat américain s’est dit mardi « extrêmement préoccupé ». « La fin de la violence doit débuter dès maintenant », a exhorté la porte-parole Heather Nauert devant la presse.

« La situation en Syrie se dégrade considérablement » et « s’il n’y a pas d’élément nouveau, nous allons vers un cataclysme humanitaire », a déclaré de son côté le chef de la diplomatie française Jean-Yves le Drian.

Fidèle allié du régime syrien, Moscou a estimé, par la voix de son ambassadeur auprès des Nations unies, que la proposition de « trêve humanitaire » d’un mois lancée par le coordinateur régional du bureau des affaires humanitaires de l’ONU pour la crise en Syrie, Panos Moumtzis, n’était « pas réaliste », donnant ainsi à Damas le feu vert pour poursuivre ses pilonnages intensifs, à l’aviation et à l’artillerie.

« Ce ciblage des civils innocents et des infrastructures doit cesser immédiatement », a déclaré lundi M. Moumtzis. « La situation humanitaire dans la Ghouta orientale est hors de contrôle. Il est impératif de mettre un terme à cette souffrance humaine insensée ».

Pour le directeur exécutif de l’ONG de défense des droits de l’homme Human Rights Watch (HRW), Kenneth Roth, « il ne faut pas prétendre, alors qu’Assad assiège les civils de la Ghouta orientale et les bombarde sans relâche, y compris leurs hôpitaux, qu’il s’agit d’une guerre : c’est un massacre. Et (le président russe Vladimir) Poutine rend cela possible ».

« Et l’Iran est-il complice de ces crimes de guerre ? », s’interroge-t-il dans deux tweets mardi.

En utilisant dix fois, depuis le début du conflit en 2011, son droit de veto au Conseil de sécurité des Nations unies pour protéger Damas, la Russie a empêché toute pression internationale crédible sur le régime syrien, et l’a soutenu intensément sur le champ de bataille, au point de lui faire entrevoir pour les semaines ou les mois à venir la possibilité d’une victoire totale sur la rébellion.

Pour l’universitaire français Jean-Pierre Filiu, professeur à Sciences Po-Paris, « le silence de la communauté internationale est d’autant plus choquant que les tueries en cours dans la Ghouta se déroulent à quelques kilomètres des bureaux de l’ONU à Damas ».

« Quant au président Macron, qui avait pourtant proclamé qu’il serait +intraitable+ sur la question de l’accès humanitaire aux zones de combat, sa passivité est pour le moins troublante », juge-t-il auprès de l’AFP.

Pour l’ONU, les possibilités d’accès à la Ghouta orientale – où les cas de malnutrition, surtout infantile, sont nombreux – sont « tristement inadéquates ». Depuis début décembre, un seul convoi d’aide humanitaire a pu pénétrer dans l’enclave, le 14 février, pour porter secours à 7.200 personnes, alors que la population prisonnière est estimée à près de 400.000 âmes.

De passage à Paris la semaine dernière, le vice-président des Casques Blancs – secouristes bénévoles qui portent assistance aux civils victimes du conflit – Abdulrahman Almawwas, a estimé que se rejouait dans la Ghouta le scénario qui avait vu la chute, fin 2016, des quartiers rebelles de la ville d’Alep (nord) aux mains des forces du régime.

« Ils ont commencé par viser les hôpitaux, exactement comme ce qui s’est passé à Alep », a-t-il dit. « L’heure n’est plus aux paroles, aux lignes rouges, aux conférences ou aux réunions : il faut des actions réelles ».



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