Les Services de santé des FAC – Un système bien organisé et performant

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Les Services de santé des FAC – Un système bien organisé et performant, quand on le compare aux services de santé de l’ensemble des Québécois.

La semaine dernière, j’ai eu vent qu’un […], (je cherche le meilleur qualificatif pour décrire ce type d’individu, dans mon Saguenay natal, on l’identifierait sans problème comme un «gigon») […] qu’un «gigon» n’avait pas apprécié mon dernier billet sur le site 45eNord.ca où je me questionnais sur les définitions des termes « ancien combattant » et « vétéran ». Sachez que je n’ai absolument aucun problème avec les lecteurs du 45eNord.ca, les militaires, les vétérans et les familles tout particulièrement, qui ne sont pas d’accord avec mes propos et qui me le font savoir dans le respect et dans une perspective constructive. D’ailleurs, c’est justement ce qui stimule les idées, les débats et qui nous amène à tenter d’améliorer l’état des choses.

Par contre, j’ai de la misère avec ceux et celles qui lisent et qui comprennent à moitié, qui manquent de respect, qui attaquent ma famille et qui ne réfléchissent pas plus loin que le bout de leur nez avant d’écrire des absurdités sur le Facebook.

Le «gigon» en question, qui n’a vraisemblablement pas lu le texte entier, était tellement réactif ou impulsif qu’il m’a supplié de m’automutiler et de ne jamais me reproduire afin que la terre puisse mieux s’en porter. Je vous évite la citation intégrale, car elle comportait presque autant de fautes que de mots. Réaction très exagérée si vous voulez mon avis ou encore synonyme d’un malaise personnel plus profond que mon texte, surtout lorsqu’il s’agit d’un texte qui lançait des questionnements plutôt que prendre des positions arrêtées. Mais bon! Heureusement, soyez rassuré, je ne l’ai pas écouté, je ne me suis pas automutilé et pour ce qui est de la reproduction, il est trop tard, je suis déjà «passé» à l’acte. Mes fils sont merveilleux et je suis convaincu qu’ils contribueront à faire un monde meilleur !

Cependant, vendredi dernier, les souhaits de ce «gigon» ont manqué être exaucés. En sortant de la maison avec mon fils de 20 mois dans mes bras, j’ai mis les pieds sur une mince couche de glace à peine visible. Vlan, les deux pieds m’ont parti et en tentant de protéger le petit, mon coude et ma tête ont absorbé le choc. Mon fils s’en est tiré avec quelques pleurs résultant du choc de cette violente chute. Pour ma part, j’ai le coude qui a «ouvert» lors de l’impact et j’ai eu un solide mal de tête.

J’ai donc dû me diriger vers l’urgence de l’hôpital le plus près de chez moi après avoir constaté la sévérité et la profondeur de la blessure. Des points de suture étaient, sans l’ombre d’un doute, nécessaires pour refermer la lésion.

Il s’agissait de ma première expérience dans une urgence d’un hôpital «civil» du réseau québécois de services de santé depuis ma libération des Forces canadiennes en 2014.

Wow! Quelle expérience!

Tout d’abord, en arrivant, la salle est bondée de personnes qui semblent toutes plus malades les unes que les autres. Ensuite, il y a un écran qui indique que le taux d’occupation actuelle de l’urgence est de 144 %. Un petit calcul peu savant m’amène rapidement à conclure que 44 % de plus que la capacité maximale se traduit en nombre d’heures supplémentaires d’attente et que ce 44 % peut fluctuer à la hausse au courant de la journée. J’en conclus que j’aurai à passer de nombreuses heures dans cette salle peu invitante.

Je poursuis mon aventure en prenant un ticket de la machine distributrice afin d’être éventuellement rencontré au triage par une infirmière. J’ai «tiré» le #41. Je prends donc place pour attendre mon tour. Pendant que j’attends, de nombreuses autres personnes se pointent à l’urgence et prennent un ticket. À un moment donné, je me rends compte que les numéros supérieurs au mien sont appelés avant moi au triage. Je ne comprends pas, mais je reste assis en bon «patient» et j’attends mon tour. Environ une heure et quelques poussières après mon arrivée, j’entends à l’interphone: «Numéro 41 au triage! Numéro 41 au triage!» Sans faire ni un ni deux, je m’y rends où je suis accueilli par une sympathique infirmière qui malgré tout semble dépassée par le chaos qui règne dans la salle d’attente.



Vous devez savoir que je n’ai pas un seul mot de travers à dire sur la qualité des services que cette infirmière m’a offerts. Elle a nettoyé ma blessure avec professionnalisme et par la suite, elle a constaté les dommages. J’avais, en effet, besoin de plusieurs points de suture, d’une radiographie pour constater si j’avais ou non une fracture et d’une observation pour mon coup à la tête. Étant prêt à quitter la salle de triage pour retourner à la salle d’attente de l’urgence, j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai posé «LA» question. «D’après vous, combien de temps cela devrait-il prendre pour avoir les points de suture et une radiographie?» Elle me regarde en voulant presque dire «pauvre gars, tu n’as aucune idée de ce qui se passe ici!». Elle me lance timidement «un minimum de 8 à 12 heures»! Je n’ai pas osé lui demander le maximum.

Vraiment de 8 à 12 heures d’attente pour quelques points de suture et une radiographie! Il me semble que c’est une attente assez longue pour ce type de procédures! Pour être franc, je crois que l’annonce d’une telle attente pour être traitée m’a fait plus mal à la tête que la chute elle-même! Désespéré, je retourne m’asseoir dans la salle d’attente et dans la cacophonie de ce système de santé en déroute, mal organisé et cela bien qu’il vienne d’être «réformé», je me ferme les yeux et je me laisse aller dans mes pensées.

Je me souviens à quel point j’étais bien traité lorsque j’étais en uniforme et que je devais me rendre à un centre de services de santé des Forces armées canadiennes. Je me souviens de la qualité et de la rapidité des services. Imaginons que je fasse la même chute quelques années auparavant, je me serais rendu à la parade des malades du Centre de services de santé des FAC d’Ottawa et j’aurais sans aucun doute été traité dans la matinée. En fait, le plus frappant pour moi, lorsque nous comparons le système de santé des FAC et celui du Québec, est la saine organisation et l’efficacité des procédures et des services du premier par rapport au second. Ayant le nez trop collé sur la réalité, je n’ai jamais, durant ma carrière militaire, véritablement pris le temps d’apprécier l’excellence du système de santé des FAC. Je lève mon chapeau aux femmes et aux hommes (militaires et civils) des Services de santé des FAC qui font en sorte que le système fonctionne adéquatement, qu’il est performant et qu’il répond aux besoins de la population militaire. Il s’agit certes d’un travail d’équipe qui va du médecin-chef, des commandants, des gestionnaires, du personnel administratif et jusqu’aux professionnels de tous les domaines et de tous les rangs, mais je tiens à souligner tout mon respect et toute mon appréciation à ceux et celles qui travaillent dans l’ombre et qui assurent la saine organisation et gestion des Services de santé des FAC.

Il n’y a rien de parfait dans la vie, toutefois, si je me permets une comparaison, et ce dans les souliers du patient, entre mes expériences passées dans les cliniques des FAC et cette expérience dans un hôpital régional, il n’y aucun comparable. L’expérience «client» ou «patient» n’est pas du même ordre. C’est le jour et la nuit !

Soudainement, les puissantes sirènes de l’ambulance qui fait son entrée dans le garage de l’urgence me font lever les yeux. Je regarde et j’aperçois un homme en crise, attaché sur une civière, qui hurle avec toute la force de ses cordes vocales. J’ai alors une pensée pour tous les vétérans qui souffrent d’une blessure de stress opérationnel et qui ont un besoin d’assistance immédiate. Ça doit être «l’enfer» pour eux de se rendre à l’urgence ! Je suis empathique à leur situation.

Poursuivant mes réflexions, cela me ramène à une idée lancée il y a de cela quelques mois et qui touche l’accessibilité aux services de santé des FAC pour les vétérans. Cela vaudrait la chandelle que le gouvernement du Canada évalue la faisabilité de cette possibilité et si cette mesure permettrait de générer des économies aux contribuables canadiens. Dans cet ordre d’idées, le gouvernement fédéral annonçait la semaine dernière la nécessité de «débourser une somme additionnelle de 800 millions $ pour s’occuper de militaires ou d’anciens militaires qui ont été blessés ou qui sont tombés malades alors qu’ils étaient dans l’armée». Un montant de ces 800 millions de dollars, ne pourrait-il pas être utilisé pour couvrir les sommes supplémentaires qu’engendrait l’accès des vétérans aux Services de santé des FAC? Je crois que cette possibilité mérite d’être évaluée.

En attendant, une chose est claire, si comme société, nous utilisons la notion «d’attente» comme l’un des critères d’efficacité de la réforme du réseau québécois de la santé alors force est de constater qu’il s’agit d’un échec monumental. J’invite donc le ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec à réagir rapidement aux multiples problématiques causées par sa réforme. Ce n’est pas «normal» d’attendre de 8 à 12 heures pour une blessure ouverte qui demande des points de suture! Comme ce n’est pas plus «normal» d’attendre des mois sinon des années pour rencontrer une spécialiste de la santé mentale! Devant quoi, j’ai bien peur que le ministre se retrouve au chômage le 1er octobre prochain lors de l’élection provinciale.

Alors chers militaires, appréciez les services de santé dont vous avez accès, car vous allez, comme moi et comme bien d’autres ex-militaires, frapper un mur lorsque vous aurez à vous rendre à la salle d’urgence d’un hôpital civil. Ce n’est pas de la tarte, aux bleuets de surcroît, je vous en passe un papier!

Libéré volontairement en 2014 avec le rang de major, Dave Blackburn est actuel candidat conservateur dans la circonscription de Pontiac aux élections fédérales de 2019, docteur en sociologie de la santé et professeur régulier à l’Université du Québec en Outaouais (UQO) où le champ de la santé mentale et les Forces armées canadiennes figure dans ses domaines de recherche.

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