Ottawa vend seize hélicos à l’armée des Philippines accusée d’atrocités

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L’hélicoptère Bell 412EPI de Bell Helicopter. (Belle Helicopter)

Après la vente controversée de blindés à l’Arabie saoudite, c’est aujourd’hui la vente à l’armée des Philippines de 16 hélicoptères Bell fabriqués dans une usine de Mirabel dans les Laurentides, qui suscitent des inquiétudes chez les défenseurs des droits de l’Homme.

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Mise à jour du 09/02/2018 à 17h45

Le président des Philippines, Rodrigo Duterte, a ordonné vendredi l’annulation d’un contrat d’achat de 16 hélicoptères canadiens Bell pour 235 millions $US, au lendemain de critiques du gouvernement canadien sur la situation des droits de l’Homme dans cet archipel.

Mise à jour du 07/02/2018 à 16h30

Le gouvernement canadien ordonne un nouvel examen d’un contrat de vente conclu entre Bell Helicopter et les Philippines après qu’un dirigeant militaire philippin eut affirmé que les 16 appareils concernés pourraient servir à des opérations militaires internes, rapporte aujourd’hui La Presse Canadienne. Le ministre du Commerce international, François-Philippe Champagne, en a fait l’annonce peu avant la période des questions, mercredi, alors que des organisations humanitaires et les néo-démocrates s’inquiétaient de ce contrat.

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Dans le foyer de la Chambre, le ministre canadien a affirmé qu’à l’époque où le contrat entre Bell Helicopter et le gouvernement philippin avait été signé, en 2012, «les faits indiquaient» que les appareils devaient être utilisés à des fins de recherche et de sauvetage».Mais, depuis, le major-général Restituto Padilla, chef des plans militaires des Philippines, a déclaré à Reuters que les 16 hélicoptères seraient également utilisés pour les «opérations militaires de sécurité interne».

Près de 4 000 Philippins ont été tués par la police dans la guerre contre la drogue depuis juin 2016. Des groupes de défense des droits de l’homme accusent la police d’avoir perpétré des meurtres illégaux, organisé des scènes de crime et falsifié des accusations.«Les droits de l’homme sont un élément clé de notre politique étrangère et de notre politique commerciale », a déclaré le ministre du Commerce international du gouvernement libéral qui avait juré de se montrer plus prudent après l’affaire de la vente ds blindés à l’Arabie saoudite.

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Alors que le régime du président Rodrigo Duterte est accusé par des groupes de défense des droits de l’homme d’avoir tué des civils et d’avoir commis d’autres atrocités dans le cadre d’une guerre contre deux groupes rebelles, Bell Helicopter a annoncé aujourd’hui au Salon aéronautique de Singapour la signature d’un contrat d’achat avec le ministère de la Défense nationale des Philippines pour 16 hélicoptères Bell 412EPI par l’armée de l’air philippine (PAF).

Les 16 hélicoptères Bell 412EPI, entièrement configurés et dotés de fonctions avancées, sont acquis dans le cadre des plans de modernisation des Forces armées des Philippines (PFA) et achetés par le ministère de la Défense nationale dans le cadre d’un contrat de gouvernement à gouvernement avec la Corporation commerciale canadienne (CCC), une société d’État du gouvernement du Canada qui contribue à l’expansion du commerce du Canada en aidant les exportateurs canadiens à avoir accès aux marchés publics étrangers grâce à ce mécanisme de passation de contrats de gouvernement à gouvernement.

La Corporation commerciale canadienne n’a pas dévoilé quelle était la valeur du contrat, mais des informations indiqueraient que le gouvernement des Philippines a mis de côté près de 300 millions CAD pour l’achat, rapportait de son côté La Presse Canadienne.

Le Bell H-13 Sioux, une variante de l’emblématique Bell 47, fut le premier hélicoptère à entrer en service avec l’armée de l’air des Philippines en 1955», souligne pour sa part l’entreprise dans le communiqué qui annonce la vente des 16 hélicoptères Bell 412EPI.«La Force aérienne philippine a opéré des variantes du Bell UH-1H depuis la fin des années 1960, et depuis 1994 quand ils ont reçu leurs deux premiers Bell 412. Plus récemment, Bell Helicopter a livré huit hélicoptères 412EP aux Philippines en 2015.», ajoute l’entreprise.

«Nous sommes honorés que le Bell 412 puisse continuer à servir les Philippines à travers l’armée de l’air des Philippines pour de nombreuses années à venir. Faire partie des forces armées des Philippines est un privilège et une responsabilité que nous prenons très au sérieux chez Bell Helicopter», a déclaré Sameer A. Rehman, directeur général de Bell Helicopter Asie Pacifique. «Les hélicoptères de Bell ont été un élément clé de la Force aérienne des Philippines par le passé et nous sommes impatients de mettre ces aéronefs en service rapidement pour servir les citoyens des Philippines.»

La plateforme Bell 412 a eu aussi la faveur de la Garde côtière canadienne, qui a récemment pris livraison de l’ensemble des sept Bell 412EPI, a également noté l’entreprise.

Les hélicoptères seront utilisés pour une variété de missions telles que les secours en cas de catastrophe, la recherche et le sauvetage, le transport de passagers et le transport utilitaire, déclare Bell Helicopter.

L’usine dans les Laurentides où sont fabriqués les hélicoptères emploie 900 personnes, mais, bien que l’entente représente une autre victoire pour l’industrie de la défense canadienne à la suite de la vente de huit autres hélicoptères à d’autres pays de l’Asie du Sud-Est en 2015, elle a aussi suscité des inquiétudes de la part de groupes de défense des droits de l’homme.

Les groupes de défense des droits humains affirment que les preuves de violations des droits de l’homme par l’armée des Philippines dans son combat contre des militants islamistes et des rebelles communistes dans le pays abondent et réclament une suspension des ventes militaires au régime philippin.

Le premier ministre Justin Trudeau n’avait d’ailleurs pas manqué d’une visite aux Philippines en novembre de soulever des inquiétudes sur les droits de l’homme, tout particulièrement à l’égard des gestes qui auraient été commis dans le cadre de la répression meurtrière du controversé président philippin dans sa lutte à la drogue.

Avant toute vente de matériel militaire, Ottawa est tenu de faire un examen des droits de l’homme avant d’approuver la transaction, mais, comme on la vu lors de l’affaire de la vente de blindés à l’Arabie saoudite que des groupes voulaient faire invalider, c’est ensuite à l’exécutif de prendre la décision d’accorder ou non la licence d’exportation.

Dans ce cas-ci, au moment d’écrire ces lignes, on ne savait pas si un tel examen avait eu lieu.



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