Syrie: quatrième jour de raids meurtriers sur la Ghouta orientale

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De la fumée s’élève sur la ville rebelle de Erbine, dans la Ghouta orientale assiégée, après une frappe, le 2 janvier 2018. (Archives/AFP/ABDULMONAM EASSA)

L’aviation du régime syrien a déversé mercredi, pour le quatrième jour consécutif, bombes et barils d’explosifs sur le fief rebelle de la Ghouta orientale près de Damas, tuant près de 40 civils malgré les protestations internationales pour stopper le bain de sang.

Cette nouvelle campagne aérienne, la plus dévastatrice contre cette région depuis le début de la guerre il y a près de sept ans, a été déclenchée dimanche, en prélude à une offensive terrestre du régime, selon un journal proche du pouvoir de Bachar al-Assad.

Elle a coûté la vie à 310 civils, dont 72 enfants et 45 femmes, et blessé plus de 1.500 autres selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Plusieurs hôpitaux ont été mis hors service et les destructions sont énormes dans cette vaste région, dont les quelque 400.000 habitants sont soumis à un siège asphyxiant du régime depuis 2013, avec des cas de malnutrition et de personnes affamées.

Le Comité international de la Croix Rouge (CICR) a réclamé l’accès au bastion rebelle pour porter secours aux blessés », qui selon l’organisation « succombent simplement parce qu’ils ne sont pas traités dans les temps ».

Mercredi, de nouvelles frappes ont tué au moins 38 civils dont quatre enfants et blessé plus de 250, a précisé l’OSDH. Les raids ont ciblé plusieurs localités principalement Hammouriyé et Kfar Batna. Outre des bombes, les avions ont largué des barils d’explosifs, une arme qui tue de manière aveugle et dont l’utilisation est dénoncée par l’ONU et des ONG.

Selon un correspondant de l’AFP à Hammouriyé, de nombreux immeubles résidentiels ont été détruits dans les frappes et presque personne ne s’aventurait à l’extérieur.

A l’exception des secouristes qui recherchent des survivants dans les décombres et ont réussi à retirer cinq enfants vivants des ruines.

En outre, des habitants ont creusé des ouvertures sous leurs maisons pour se protéger des bombes.

Depuis plusieurs jours, les habitants de la Ghouta orientale, enclave rebelle près de la capitale syrienne, vivent dans la terreur, cloitrés dans des sous-sols et des abris, mais non loin de là, dans le Vieux Damas, les rues sont aussi désertes.

Si l’enclave rebelle subit un déluge de feu, la peur s’est également emparée d’une partie de la population damascène en raison des frappes de représailles des insurgés.

« Il y une vraie crainte que le régime entre (dans la Ghouta), d’autant que nous n’avons aucune porte de sortie (…) Désormais, il nous reste plus que ces caves » pour nous abriter, affirme Abou Mohamad Al-Afa, un habitant de la localité de Douma, dans la Ghouta orientale.

« La peur est aussi présente dans ces abris » où s’entassent des dizaines de personnes, ajoute cet homme âgé de 39 ans. « La peur est immense », insiste-t-il.

« On n’ose pas sortir des abris, la situation est très, très dramatique (…) Les avions sont au-dessus de nous et les explosions autour de nous (…) Où allons-nous partir avec nos enfants? », renchérit Khadija, 53 ans, qui a aussi trouvé refuge dans un sous-sol.

– ‘Dans des cimetières’ –

Si la Ghouta orientale, un ancien verger de Damas acquis à la rébellion en 2012, a subi plusieurs épisodes de bombardements intensifs, le régime syrien et son allié russe semblent aujourd’hui plus que jamais déterminés à y mater les groupes rebelles.

Certains habitants craignent une offensive similaire à celle menée fin 2016 à Alep (nord), durant laquelle plusieurs centaines de civils avaient été tués et blessés, et les groupes rebelles expulsés, entraînant une reprise par le régime de la deuxième ville du pays.

« Nous nous cachons dans des cimetières. C’est comme creuser sa tombe avant de mourir », lance Amal al-Wouhaibi, une habitante de Douma.

« Peut-être que ce serait mieux finalement qu’ils entrent » dans la Ghouta, ajoute cette femme âgée de 35 ans, en référence aux troupes du régime.

Usés par des années de siège, certains habitants sont désormais prêts à n’importe quelle solution pourvu que leur situation prenne fin, affirme Oum Mohamed, une enseignante.

« Certains habitants disent qu’ils ne voient pas d’inconvénient à ce que le régime entre dans la Ghouta, l’essentiel pour eux est que leur fils ou leur époux soit en sécurité, qu’ils puissent enfin vivre en sécurité », dit-elle.

Mais d’autres préfèrent se battre jusqu’au bout. « Ils affirment qu’on n’a pas combattu durant sept ans pour finalement céder notre terre et envoyer nos enfants et nos vieux à l’abattoir », ajoute l’enseignante, vêtu d’un manteau noir, un voile sur la tête.

– Obus ‘jours et nuits’ –

Le régime a intensifié depuis dimanche ses frappes contre cette dernière poche de résistance près de Damas, qu’il assiège depuis 2013. Au moins 310 civils, dont plus de 40 enfants, y ont été tués en quatre jours.

Plusieurs instances internationales ont condamné la campagne du régime contre la Ghouta, en vain.

A quelques kilomètres de Douma, l’heure est aussi à la peur, alors que les roquettes en provenance de la Ghouta s’abattent quotidiennement par dizaines sur Damas, notamment sur le vieux quartier de la ville.

Mardi, 13 civils ont péri dans ces frappes rebelles, poussant de nombreux Damascènes à rester chez eux, tandis que plusieurs écoles ont fermé.

« On veut que l’armée nous sauve de cette situation, quelque soit le moyen (…) Nous n’en pouvons plus de ces obus qui s’abattent sur nous jours et nuits », lance Ibrahim, un habitant du quartier de Bab Charki.

« Nous n’osons plus envoyer nos enfants à l’école. La peur règne désormais en maître », ajoute l’homme âgé de 51 ans.

Avec les informations sur une offensive imminente du régime contre la Ghouta orientale, plusieurs habitants de Damas ont confié à l’AFP se préparer à quitter la ville, par peur de plus grandes représailles des rebelles.

Karim a ainsi décidé de se réfugier avec sa famille dans son village natal situé sur le littoral, « jusqu’au retour du calme ».

La rue de Bab Touma dans le vieux quartier de Damas –dont les cafés et les restaurants sont d’habitude bondés–, est, quand à elle, déserte depuis plusieurs jours. Seuls quelques noctambules prennent encore le risque de s’y aventurer.

– ‘Creuser sa tombe’ –

Dans un hôpital de Douma, une autre ville de la Ghouta, une infirmière raconte l’admission mardi d’une femme enceinte de six mois, retirée des décombres. « Elle était grièvement blessée. Nous avons déclenché un accouchement par césarienne, mais ni l’enfant ni la mère n’ont pu être sauvés », a confié Maram à l’AFP.

« Nous nous cachons dans des cimetières. C’est comme si on creusait notre tombe avant même de mourir », raconte de son côté Amal al-Wouhaibi, une habitante de Douma.

L’OSDH a rapporté que l’aviation de la Russie, alliée du régime de Bachar al-Assad, avait participé le même jour aux raids sur la Ghouta orientale. Mais Moscou a démenti.

La nouvelle campagne aérienne a commencé le jour où le régime a renforcé ses positions autour de cette région. Selon le quotidien syrien Al-Watan, les frappes « sont un prélude à une opération d’envergure (terrestre), laquelle peut commencer à tout moment ».

Le régime cherche à reprendre la Ghouta orientale, d’où les rebelles tirent des obus parfois meurtriers sur la capitale. Elle est le dernier bastion contrôlé par les rebelles près de Damas.

Le régime a réussi à reprendre plusieurs localités rebelles des environs de Damas, en vertu d’accords qui se traduisent par l’évacuation des combattants en échange de la fin des bombardements et sièges.

Avant la Ghouta orientale, plusieurs zones rebelles, comme la vieille ville de Homs en 2012 ou Alep en 2016, ont été écrasées par des bombardements et un siège asphyxiant imposé par le régime pour forcer les insurgés à déposer les armes et les civils à fuir.

– Impuissance –

Déclenché le 15 mars 2011, le conflit en Syrie a fait plus de 340.000 morts. Après avoir d’abord opposé les rebelles au régime, il s’est complexifié avec l’implication de groupes jihadistes et de puissances étrangères.

Grâce à l’intervention militaire en 2015 de la Russie, le régime Assad, qui était en mauvaise posture, a réussi à reprendre le contrôle de plus de la moitié du territoire, multipliant les victoires face aux rebelles et jihadistes.

Les frappes du régime sur la Ghouta ont repris malgré les protestations de la communauté internationale qui de nouveau a montré son impuissance sur le conflit syrien.

L’Allemagne a appelé Moscou et Téhéran à forcer le régime à respecter le cessez-le-feu. « Sans le soutien de ses deux alliés, le régime Assad n’en serait pas là aujourd’hui ».

Les bombardements de civils « doivent cesser maintenant », a appelé de son côté le coordinateur de l’ONU pour l’aide humanitaire en Syrie, Panos Moumtzis.

Washington a dénoncé les « tactiques » du régime consistant à « assiéger et affamer ».

Sur un autre front de la guerre, les forces prorégime ont poursuivi leur déploiement dans la région d’Afrine (nord-ouest) pour venir en aide à une milice kurde syrienne (YPG, Unités de protection du peuple) cible depuis un mois d’une offensive militaire de la Turquie voisine.

La Turquie a affirmé qu’elle considérait comme une « cible légitime » tout groupe qui viendrait en aide aux YPG, une « organisation terroriste » selon elle.



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