Turquie-USA: les milices kurdes et Gülen, principaux points de discorde

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Des rebelles syriens soutenus par la Turquie à un checkpoint dans la ville syrienne de Azaz sur la route menant à Afrine (nord-ouest de la Syrie), le 27 janvier 2018. (Archives/Ozan Kose/AFP)

La Turquie et les Etats-Unis, bien qu’alliés historiques au sein de l’Otan, ont connu plusieurs désaccords, mais les divergences sur le prédicateur Fethullah Gülen, et surtout la question des milices kurdes syriennes, empoisonnent leurs relations.

– Kurdes –

En septembre 2011, six mois après le début de manifestations pacifiques contre le régime syrien réprimées dans le sang, Ankara, encouragé par les Etats-Unis, lâche Bachar al-Assad et soutient la rébellion. En 2013, l’Otan déploie des batteries antimissiles Patriot en Turquie pour protéger le pays d’éventuels tirs de missiles.

Fin 2014, malgré les pressions, l’armée turque refuse d’aider les combattants kurdes qui défendent Kobané, frontalière de la Turquie, face au groupe Etat islamique (EI). Ankara craint de voir émerger en Syrie une région autonome tenue par les milices kurdes proches du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), actif depuis 1984 sur le sol turc.

Mais en 2015, la Turquie, rattrapée par le conflit avec un attentat meurtrier attribué à l’EI, rejoint la coalition antijihadistes dirigée par les Etats-Unis. C’est le début pour la Turquie d’une « guerre contre le terrorisme » visant simultanément le PKK et l’EI.

En août 2016, la Turquie lance une opération dans le nord de la Syrie, visant à lutter contre l’EI, mais aussi à combattre les milices kurdes YPG (Unités de protection du peuple kurde). Les YPG, qu’Ankara considère comme l’extension du PKK, sont la principale composante de l’alliance kurdo-arabe combattant l’EI en Syrie et soutenue par Washington.

Le 14 janvier 2018, la coalition annonce la création d’une « force frontalière » composée notamment de combattants kurdes, un projet qui suscite la colère de la Turquie. Le 20, celle-ci lance l’opération « Rameau d’olivier » contre les YPG dans l’enclave syrienne d’Afrine, renforçant les tensions déjà vives entre Ankara et Washington.

– Gülen –

Dans la nuit du 15 au 16 juillet 2016, une tentative de coup d’Etat commise par une faction au sein de l’armée bouleverse la situation politique en Turquie, ainsi que ses relations extérieures. Elle est imputée par les autorités turques au prédicateur islamiste auto-exilé aux Etats-Unis Fethullah Gülen, qui nie toute implication.

Le président Recep Tayyip Erdogan appelle, en vain, Washington à extrader le prédicateur.

En octobre 2017, nouvelles tensions après l’inculpation d’un employé turc du consulat général américain à Istanbul. L’employé est notamment accusé d' »espionnage », de tentative de renverser le gouvernement et de liens avec les réseaux de Gülen. Washington suspend la quasi-totalité des services de délivrance des visas depuis la Turquie. Ankara réplique avec une mesure similaire.

Les restrictions ont été levées fin décembre par les deux pays.

– Droits de l’Homme –

En avril 2016, Barack Obama avait dénoncé « le chemin très inquiétant » pris par Recep Tayyip Erdogan en matière de liberté de la presse en Turquie, au lendemain de sa rencontre avec son homologue turc à Washington.

En juin 2017, le département d’Etat exhorte la Turquie à respecter les procédures judiciaires après l’arrestation du responsable d’Amnesty International. Il estime que celui-ci n’est « que le dernier d’une série de défenseurs des droits de l’Homme, journalistes, d’universitaires et de militants arrêtés en Turquie ».

Après le putsch avorté de 2016, Ankara a lancé des purges d’une ampleur inédite visant initialement les partisans présumés de Gülen. Les purges se sont élargies notamment aux milieux prokurdes et critiques, touchant des responsables politiques, des journalistes ou des enseignants.

Et l’arrestation d’au moins deux employés turcs des missions diplomatiques américaines en Turquie a récemment déclenché une crise des visas, dont le gel réciproque n’a pris fin qu’en décembre. Les Etats-Unis dénoncent aussi l’incarcération de plusieurs Américains, dont Serkan Golge, un scientifique de la Nasa condamné début février à sept ans et demi de prison pour appartenance aux réseaux Gülen.

Le département d’Etat américain s’est dit « très préoccupé » par une condamnation « sans preuve crédible ».



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