À force de vouloir accommoder à tout le monde, nous oublions qui nous sommes!

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Parmi les villes du Québec que nous avons contacté afin qu’elles offrent la gratuité du stationnement sur leur territoire afin de reconnaître les sacrifices des anciens combattants et afin d’encourager l’intégration sociale et communautaire de ces hommes et de ces femmes, la Ville de Gatineau faisait sans contredit partie du lot où nous fondions un grand espoir.

Cet espoir était fondé sur la proximité avec la capitale nationale, la forte présence d’installations militaires dont un régiment centenaire de blindés sur son territoire et le fait que Gatineau se veut une terre d’accueil pour bon nombre d’ancien combattant ainsi que sur la présence de nombreuses organisations de vétérans qui regorgent de vitalité et qui contribuent à l’épanouissement de la ville.

Disons-le sans détour, cet espoir est parti en fumée lorsque nous avons reçu le 7 mars dernier, une lettre signée par le président du comité exécutif de la Ville de Gatineau et conseiller du district Carrefour-de-l’hôpital, Monsieur Gilles Carpentier. Ce dernier s’est vu confié notre requête par le maire Monsieur Maxime Pedneaud-Jobin.

Dans sa lettre, Monsieur Carpentier nous indique qu’il ne recommandera pas de donner une suite à notre requête. Les principales raisons évoquées sont la complexité d’accorder un tel privilège, les nombreuses demandes provenant de différents groupes pour ce type de requête et le fait de ne pas vouloir créer un précédent et une inégalité envers les autres groupes. Monsieur Carpentier souligne aussi que la réception et l’évaluation des nombreuses demandes alourdiraient considérablement le travail déjà sollicité du service.

Sérieusement!

La complexité d’accorder un tel privilège? Vraiment, c’est si complexe que ça? L’agent de stationnement n’a qu’à faire trois ou quatre pas de plus pour aller voir de ses yeux si la voiture possède ou non une plaque d’immatriculation avec un coquelicot. Si oui, l’agent continue son chemin en allant vers la prochaine voiture. Si non, il donne une contravention comme il le fait déjà. Rien de plus! Il n’y a rien de complexe là-dedans!

La Ville de Gatineau reçoit combien de demandes par année de groupes faisant la requête de la gratuité du stationnement? 2 demandes? 10 demandes? 100 demandes? 1000 demandes? Après tout, les citoyens et les citoyennes payent justement des taxes municipales pour opérer les services municipaux et le traitement de telles requêtes représentent l’une de leurs tâches. Dans ce contexte, il n’y a aucun alourdissement pour les services.

En refusant notre requête d’une manière aussi cavalière, la Ville de Gatineau vient de nous faire la démonstration que les élus ne comprennent rien des réalités des anciens combattants.



Quels sont les «autres» groupes qui pourraient faire des requêtes similaires? Quels sont les «autres» groupes qui possèdent un statut officiellement reconnu par les paliers fédéral et provincial de gouvernement ? Quels sont les «autres» groupes au sein de notre société dont nous prenons le temps de nous souvenir une fois par année? Quels sont les «autres» groupes qui ont permis et qui permettent toujours au Canada, au Québec et à toutes les municipalités du Québec dont Gatineau de s’épanouir dans un esprit de liberté, en protégeant nos droits et nos valeurs? Certes, il y a définitivement très peu «d’autres» groupes qui en ont fait autant pour sauvegarder ce que nous avons comme société, comme nation, ce que nous sommes comme peuple et ce que nous voulons être.

Si «d’autres» groupes désirent obtenir la gratuité du stationnement ou tout autre privilège pour favoriser leur intégration sociale et communautaire, leur retour à la vie civile et pour obtenir une reconnaissance pour leurs actions, nous n’avons aucun problème avec cela.

Que le groupe en question fasse la démonstration du «pourquoi» qu’un tel privilège se doit de leur être accordé et que la ville évalue la requête. Je doute très fortement que le nombre de requêtes annuelles fasse en sorte qu’elle engorge les services municipaux de la Ville de Gatineau. Dans certaines situations, il n’y a pas de problème à créer des précédents et surtout si cela peut contribuer à améliorer l’état des choses.

Les anciens combattants: un groupe diversifié à l’image de la société

De plus, il ne faut pas perdre de vue que les anciens combattants sont l’un des «groupes» les plus diversifiés de notre société. En fait, ils représentent une image concrète de la société canadienne et québécoise.

Les anciens combattants sont des hommes et des femmes qui ont exercé différentes professions, qui ont participé à des missions domestiques au Canada, à des missions de maintien de la paix partout dans le monde, à des missions de combat ou qui ont servi au sein des Forces armées canadiennes. Ils sont natifs de tous les coins du Canada, ils sont francophones ou anglophones, ils proviennent des nations autochtones du Canada, ils sont des immigrants, ils sont hétérosexuels, homosexuels ou bisexuels et surtout ils ont tous un point en commun celui d’avoir servi notre pays, défendu ses valeurs, ses droits, ses libertés, sans concession et parfois au prix de leur santé physique et mentale.

Alors, créer un précédent pour les anciens combattants serait à ce point néfaste pour la Ville de Gatineau? Qui peut être contre le patriotisme? Les élus ont-ils des craintes qu’en accordant un tel privilège aux anciens combattants, les «autres» groupes édifient un dossier visant à démontrer cette injustice effroyable et l’amènent jusqu’à la Cour suprême du Canada?

Je tiens à rappeler à Monsieur Carpentier que d’autres villes du Québec ont accordé ce privilège aux anciens combattants et d’autres villes le feront prochainement. Il n’y a pas eu d’émeutes ou de manifestations dans les rues pour crier haut et fort à l’injustice et à l’inégalité. Tout au contraire, ces gestes par ces municipalités ont été extrêmement bien accueillis. De surcroît, les services municipaux de ces villes fonctionnent encore adéquatement depuis l’attribution de ce privilège et l’appliquent sans trop de difficulté.

À force de vouloir accommoder tout le monde, nous finissions par oublier qui nous sommes

À force de vouloir accommoder tout le monde, nous finissions par oublier qui nous sommes. C’est pathétique lorsque nous pensons que notre devise est: « Je me souviens »! Nous finissions par oublier que des hommes et des femmes, (les anciens combattants, les vétérans, les ex-militaires) qui ont donné leur vie ou leur santé pour conserver nos conditions de vie, pour qu’il n’y ait pas de guerre sur notre territoire et pour que le Canada soit et demeure l’un des meilleurs pays au monde. Les élus de Gatineau semblent avoir clairement oublié de nombreux pans forts importants de notre histoire et de l’actualité des vingt dernières années.

Pourtant, il nous semble qu’en 2018, les anciens combattants ne devraient plus avoir à démontrer ou à prouver leurs contributions au développement de notre nation et de nos communautés.

Dans tous les cas, à Gatineau, les anciens combattants devront le faire, car leurs contributions à notre société (pendant leur service et après lorsqu’ils redeviennent des civils) ne sont pas reconnues à leur juste valeur.

Pas besoin de vous dire que cette décision, qui est le fruit d’une analyse selon Monsieur Carpentier, nous donne un goût amer en bouche. Au fait, nous aimerions bien connaître les barèmes et la méthodologie utilisés pour conduire la dite analyse, car nos propres études et celles de certaines organisations de vétérans de l’Outaouais n’arrivent pas aux mêmes conclusions. De notre point de vue, les raisons évoquées par la Ville de Gatineau pour refuser cette requête font preuve d’un manque d’ouverture et de reconnaissance à l’égard des anciens combattants. Personnellement, je considère cela grandement déplorable !

Libéré volontairement en 2014 avec le rang de major, Dave Blackburn est docteur en sociologie de la santé et est professeur régulier à l’Université du Québec en Outaouais (UQO) où le champ de la santé mentale et les Forces armées canadiennes figure dans ses domaines de recherche.

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