Dommages collatéraux dans le «combat contre les jeans» au CMR du Canada

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Le «combat contre les jeans» fait des victimes à Kingston alors que près de 1 000 élèves-officiers du Collège militaire royal du Canada ont été punis parce qu’un nombre indéterminé de leurs camarades de classe portent des jeans pendant leurs heures d’absence du campus.

Il semble que la direction du Collège ait décidé de punir l’ensemble du corps des élèves-officiers, même si l’idée même de punition collective répugnent aux Canadiens et qu’une punition qui touche un aussi grand nombre de personnes à la fois n’est pas habituelle, même dans les Forces armées canadiennes.

Et tant pis pour les «dommages collatéraux». Quelques fautifs et tous sont punis.

Seuls les civils n’ont pas été touchés par la «punition de groupe».

Le «combat contre les jeans»

En quittant le Collège après les heures d’étude ou d’entraînement, les élofs doivent porter une tenue «chic décontractée», soit une chemise et un pantalon, mais pas de jeans.

Devant l’irrespect de cette règle par un nombre indéterminé d’élèves officiers, la direction du Collège a décidé de retirer à tous les élofs le privilège de quitter le campus, et la punition pourrait être prolongée «en fonction du comportement des élofs».

Les élofs ont été confinés aux terrains du collège où ils subissent une série d’inspections des vêtements et des chambres et se sont vus imposer des corvées de nettoyage pour ne pas avoir respecté les règles vestimentaires à l’extérieur du campus. Les élèves rapportent qu’ils ont aussi dû défiler vendredi, mais que, dans le cadre cette punition de groupe qui a commencé le 1er mars et doit se terminer le 9 mars, ils n’ont pas été autorisés à enfiler des gants ou à porter un chapeau, même si le temps était glacial.

Au yeux de certains élèves officiers, qui se sont exprimé sous couvert d’anonymat, une telle punition pour le port de jeans montre que les Forces canadiennes sont complètement déconnectées des réalités de la société moderne. «Ces mesures ridicules de la part du directeur des élèves sont extrêmement dommageables pour la santé et le bien-être de tout le monde ici», a déclaré un élof, «Le CMRC a eu de graves problèmes de suicide dans le passé et ce genre de choses [les punitions de groupe]nous démontre bien pourquoi», a été jusqu’à dire le jeune élève officier.

Mais, pour le directeur des élèves, ceux qui «ont soutenu passivement ou activement la violation de la règle ont échoué en tant que leader ou simplement en appuyant ou en omettant de condamner ceux qui l’enfreignaient» et méritent donc d’être punis.

Une valeur bien militaire poussée à l’extrême: on réussit tous ensemble, ou on échoue tous ensemble.

Le colonel Chris Ayotte, directeur des élèves officiers au Collège militaire royal du Canada, cité dans le Ottawa Citizen, a déclaré pour sa part que la question ne portait pas que sur les jeans, mais plutôt sur la capacité des officiers en formation à suivre les ordres. «L’une des choses que nous essayons de faire est de nous assurer que nos jeunes officiers comprennent l’importance de suivre les ordres légaux», a-t-il expliqué. «Cela nous a non seulement permis de réussir dans nos emplois quotidiens dans l’armée en garnison au Canada, mais c’est certainement extrêmement important dans le cadre d’opérations et dans des situations difficiles. Vous ne pouvez pas choisir les règles ou les politiques que vous respecterez ou non.»

Pour Rory Fowler, un ancien juriste des Forces canadiennes, cité lui aussi dans le quotidien de la capitale fédérale, l’armée a toutefois franchi une ligne rouge avec sa «punition de groupe». «Quand un élof enfreint les règles, il peut se voir retirer certains privilèges», explique Fowler, un lieutenant-colonel à la retraite aujourd’hui au bureau d’avocats de Kingston Cunningham Swan. «Vous pouvez punir l’élof qui a enfreint les règles, mais pas tout le monde.»

Fallait-il vraiment sortir l’artillerie ?

Chose certaine, si les punitions collectives sont acceptables dans certains pays, ce n’est certainement pas le cas au Canada et la direction du Collège aurait peut-être dû y réfléchir deux fois avant de recourir dans ce combat à une mesure aussi extrême et apparemment contraire au valeurs de la société canadienne dont les Forces armées canadiennes doivent aussi être le reflet.

Recourir ainsi à «l’artillerie lourde» dans un «combat contre les jeans», [punir près de 1 000 personnes pour le comportement de certains d’entre eux]portera fort probablement, hélas, bien des Canadiens à s’interroger sur le leadership des dirigeants du Collège dont certains, apparemment, n’ont pas été intimidés outre mesure par la visite d’aide de l’état-major spéciale convoquée en 2016 pour évaluer le climat et le cadre de formation, ni impressionnés par le rapport subséquent en mars 2017 qui évoquait pourtant abondamment la lourdeur du leadership qui affligeait le Collège.



Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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