Entrevue avec Richard Giguère: réflexions sur la guerre du futur [audio]

Le brigadier-général (ret.) Richard Giguère (Christian Picard/45eNord)
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Le brigadier-général (ret.) Richard Giguère (Défense nationale)

Suite à la 9e rencontre Université/Défense, 45eNord a eu l’occasion de s’entretenir avec le brigadier-général (ret.) Richard Giguère et d’obtenir ses réflexions sur le futur de la guerre. Pour lui, même si ce futur est difficile à cerner, nous y sommes déjà et le plus grand défi reste de préserver la place centrale de l’homme dans les activités militaires.

M. Giguère est actuellement président de l’Institut militaire de Québec, professeur invité et membre des Hautes études internationales (HEI) et du Centre sur la sécurité internationale (CSI) de l’Université Laval. Dans sa carrière militaire, il aura notamment assumé des postes de haut-commandement en Afghanistan en 2004 et en 2010, en plus de servir au Quartier général de la Défense nationale et de commander le Secteur du Québec de la Force opérationnelle interarmées.

L’entrevue a été éditée pour des raisons de clarté.

Christian Picard : Les questionnements qu’on a vus aujourd’hui, plusieurs existaient déjà dans le passé. Sur l’intelligence artificielle, c’était déjà évoqué lorsque les drones sont devenus à la « mode » il y a une dizaine d’année. L’idée du « super soldat », c’était une notion qu’on voyait déjà durant la Deuxième guerre mondiale et la guerre du Vietnam. En quoi poser ces questions est différent aujourd’hui?

Richard Giguère : On assiste vraiment, et on l’a entendu avec certains panélistes, à des avancées technologiques assez remarquables dans les dernières années. Comment les ordinateurs s’améliorent, les moyens de communications, l’accès à ces données par de plus en plus de personnes… Oui ce débat, ça fait longtemps qu’il est discuté, mais il est encore plus aigu en cette période-ci, en raison de tous ces vecteurs qui arrivent en même temps. Quelqu’un a dit que le futur est aujourd’hui, c’est vrai. On est rendu à se poser ce genre de questions.

CP : Est-ce qu’on entrevoit aujourd’hui la cinquième génération de guerres?

RG : Il y a un débat [à savoir si on n’a pas déjà dépassé la quatrième génération], c’est un concept qui a été écrit dans les années 90 et on est 20 ans plus tard. On n’est pas capable de le qualifier, mais on est certainement rendu là. Le concept des guerres de quatrième génération est un très bon concept pour comprendre ce qui est arrivé, mais on est dans une autre période, qu’il reste à qualifier. Ça bouge tellement rapidement que les gens qui écrivent des documents là-dessus sont presque déjà dépassés. C’est le défi, mais on est rendu ailleurs.

CP : Vous avez parlez en introduction de conférence que le défi est de réussir à se projeter dans le futur pour savoir à quoi va ressembler la guerre de demain. Si vous aviez un seul défi ou technologie qu’il faudrait observer avec plus d’attention, ça serait quoi?

RG : Ce qui me préoccupe, et c’était un des thèmes de la journée, c’est la déshumanisation du champ de bataille. Malgré les sirènes technologiques dont on entend parler, il faut toujours recentrer la personne au centre de ces débats. Oui, la technologie il y en a toujours eu, on voit des choses qu’on voyait dans des films de science-fiction, mais je demeure convaincu que les conflits sont des opérations menées par des hommes. Qu’on cherche à déshumaniser à outrance le champ de bataille, pour moi c’est un problème. Les conflits sont politiques à la base, il y a toujours une essence humaine là-dedans. Il faut lever les drapeaux qui s’imposent pour ne pas perdre de vue la centralité de l’Homme dans ces futurs conflits. C’est nous qui créons le futur : on a la responsabilité de le créer, mais on a aussi la responsabilité d’en demeurer responsable.