Fort d’un raz de marée dans les urnes, Poutine reste au Kremlin jusqu’en 2024

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Le président russe Vladimir Poutine fête sa victoire attendue à la présidentielle, le 18 mars 2018 à Moscou. (Kirill KUDRYAVTSEV/AFP)

Vladimir Poutine a été réélu dimanche pour un quatrième mandat à la tête de la Russie, fort d’un score aux allures de raz de marée toutefois marqué par les accusations de fraude de l’opposition.

Avec un score dépassant 76% selon des résultats encore partiels, il est conforté comme l’homme incontournable de son pays, qu’il a replacé au premier rang sur la scène internationale au prix d’un climat de Guerre froide.

Alimentée par le conflit syrien, la crise ukrainienne ou les accusations d’ingérence russe dans l’élection de Donald Trump, la confrontation Est-Ouest s’est encore accentuée depuis que Londres accuse Moscou d’avoir empoisonné un ex-espion russe au Royaume-Uni, ce que Vladimir Poutine a qualifié dimanche de « grand n’importe quoi ».

Après dépouillement de 90% des bulletins, le président russe a obtenu 76,4% des suffrages, bien plus que les 63,6% obtenus en 2012 et que tous les sondages de ces dernières semaines, selon la Commission électorale.

Il devance le candidat du Parti communiste Pavel Groudinine, qui ne récolterait que 12% des voix, devant l’ultranationaliste Vladimir Jirinovski, autour de 6%, et la journaliste proche de l’opposition libérale, Ksénia Sobtchak (1,5%)

Devant des centaines de partisans réunis à deux pas du Kremlin, celui qui restera au pouvoir jusqu’en 2024, année où il fêtera ses 72 ans, a remercié les Russes et dit voir dans cette large victoire « la confiance et l’espoir de notre peuple ».

« Nous allons travailler tout aussi dur, d’une manière tout autant responsable et efficace », a-t-il ajouté, voyant dans sa victoire « la reconnaissance du fait que beaucoup de choses ont été faites dans des conditions très difficiles ».

Le taux de participation était de presque 60% à 15H00 GMT, selon la Commission électorale, présageant un chiffre définitif décevant par rapport à 2012 (65%) et aux efforts déployés par le Kremlin pour mobiliser des électeurs et mobiliser une élection dont l’issue ne faisait aucun doute.

Première puissance à féliciter le chef du Kremlin, la Chine, par la voix du président Xi Jinping –lui-même réélu samedi à l’unanimité à la tête de l’Etat par le parlement– a salué lundi une relation sino-russe « à son meilleur niveau historique », à ses yeux un « un exemple pour l’édification d’un nouveau type de relations internationales ».

L’opposition, et en premier lieu l’adversaire le plus acharné du pouvoir Alexeï Navalny, interdit de participation et qui avait appelé au boycott, ont accusé les autorités d’avoir gonflé le taux de participation grâce à de nombreuses fraudes, en bourrant les urnes ou en organisant le transport massif d’électeurs vers les bureaux de vote.

« La victoire de Poutine avec plus de 70% (des voix) a été décidée d’avance », a expliqué à la presse l’opposant, qui a prévenu qu’il continuerait à appeler à des manifestations, « seul moyen de mener une lutte politique en Russie ».

Après le vote, son coordinateur de campagne, Ivan Jdanov, a estimé que le boycott auquel il avait appelé « a eu du succès », et ce « en dépit de tout ce qu’ils ont fait », évaluant la participation à 55% à 17H00 GMT, fondée sur les données recueillies par les 33.000 observateurs envoyés par Navalny dans tout le pays.

L’ONG Golos, spécialisée dans la surveillance des élections, a dressé sur son site internet une carte des fraudes faisant état de plus de 2.700 irrégularités, tels que bourrages d’urnes, votes multiples ou entraves au travail des observateurs.

La présidente de la Commission électorale, Ella Pamfilova, a estimé pour sa part que les irrégularités constatées « ont été relativement modestes », ajoutant que le scrutin avait été transparent.



– ‘Pas juste’ –

« Il est déjà clair que l’élection n’était pas juste », a estimé le candidat du Parti communiste, Pavel Groudinine, cité par l’agence de presse Interfax.

En Crimée, péninsule ukrainienne annexée par la Russie il y a tout juste quatre ans, Vladimir Poutine a obtenu près de 92% des voix tandis que son score dépasse les 93% en Tchétchénie, république russe du Caucase tenue d’une main de fer par Ramzan Kadirov, selon des chiffres préliminaires.

Pour encourager les électeurs à participer au scrutin, les autorités ont mené des campagnes massives d’information et d’incitation, facilitant le vote hors du lieu de résidence mais aussi, selon des médias, en faisant pression sur les fonctionnaires ou les étudiants pour aller voter.

Des militants de l’opposition ont notamment fait état dimanche d’électeurs amenés en bus dans les bureaux de vote par la police ou de coupons de réduction pour des produits alimentaires distribués aux Russes se rendant aux urnes.

– Vote bloqué en Ukraine –

Si la campagne électorale a été atone, sa dernière semaine a été marquée par un regain de tension entre Moscou et les Occidentaux après l’empoisonnement en Angleterre de l’ex-agent double russe Sergueï Skripal et de sa fille.

Quasiment muet sur cette affaire lors de la campagne électorale, le président russe a assuré, dans sa première conférence de presse après l’élection, qu’accuser la Russie était « du grand n’importe quoi » mais que Moscou est « prêt à coopérer » avec Londres à l’enquête.

Symboliquement, le scrutin se tenait quatre ans jour pour jour après la ratification du rattachement de la Crimée, à l’issue d’une opération militaire et d’un référendum jugé illégal par Kiev et les Occidentaux.

Plus de 1.200 bureaux de vote avaient ouvert en Crimée mais beaucoup de Tatars, une communauté musulmane qui s’est largement opposée à l’annexion, ne comptaient pas se rendre aux urnes.

En représailles à la tenue de la présidentielle en Crimée, Kiev a empêché le vote des Russes résidant en Ukraine. Des dizaines de policiers, ainsi que des militants nationalistes, ont bloqué dimanche l’accès aux consulats russes dans plusieurs grandes villes.

En 2024, au terme de son quatrième mandat, Vladimir Poutine aura dirigé la Russie pendant un quart de siècle et sera septuagénaire. Prendra-t-il sa retraite? Cherchera-t-il à rester au pouvoir?

Dans un pays qui n’a jamais connu d’alternance politique normale, la question de la fin de sa carrière et de la désignation d’un éventuel successeur ne s’est jamais autant posée qu’au début de ce quatrième mandat. Voici quelques scénarios possibles pour 2024.

– Départ –

Sauf réforme constitutionnelle, Vladimir Poutine ne pourra pas être à nouveau candidat en 2024: la Constitution russe interdit de briguer plus de deux mandats consécutifs.

En 2024, il fêtera ses 72 ans et pourrait alors décider de quitter le Kremlin après 24 ans au pouvoir.

Dans un entretien avec la chaîne de télévision américaine NBC, Vladimir Poutine a dit avoir songé à un potentiel successeur dès 2000: « Cela ne fait pas de mal d’y penser mais en fin de compte, c’est le peuple russe qui décidera », a-t-il déclaré.

Mais pour l’instant, le président russe s’est bien gardé de donner la moindre indication sur la personne à qui il pense éventuellement pour prendre sa succession.

En 2008, Vladimir Poutine qui ne pouvait se représenter après deux mandats consécutifs, avait laissé sa place à son actuel Premier ministre Dmitri Medvedev, avant de revenir au Kremlin en 2012, ce qui ne fait pas pour autant de ce dernier un dauphin en puissance.

La vie politique russe est marquée par une lutte feutrée entre deux clans rivaux, les « siloviki », issus de l’armée et des services de sécurité, et les représentants d’une mouvance plus libérale liée aux milieux d’affaires.

« La lutte est déjà en cours », assure à l’AFP l’analyste indépendant Nikolaï Petrov, ajoutant que « personne ne va attendre passivement, chaque groupe va tenter de promouvoir ses intérêts. »

Le président ne partira pas sans avoir désigné de successeur, assure M. Petrov.

– Alternance –

S’il souhaite rester au pouvoir, Vladimir Poutine pourrait être tenté de reproduire le scénario de 2008, lorsqu’il avait propulsé à la présidence Dmitri Medvedev et était devenu Premier ministre pendant quatre ans tout en gardant la main sur les domaines clés du pays.

Il pourrait renoncer à ce scénario en raison de son âge: en 2030, quand un retour au Kremlin se ferait dans le respect de la Constitution, il aura 78 ans.

Dimanche, au cours d’une conférence de presse après l’annonce de sa victoire, interrogé sur un éventuel nouveau mandat en 2030, Vladimir Poutine a semblé écarter une telle hypothèse : « Il me semble que ce que vous dites est un peu ridicule. Faisons les comptes: je vais rester là jusqu’à 100 ans ? Non ! »

– Présidence à vie –

Doté d’une forte popularité, omniprésent dans les médias russes, Vladimir Poutine a bâti l’autorité de l’Etat en formant une « verticale du pouvoir » dépendant de lui seul.

Il a cependant démenti vouloir s’accrocher au pouvoir lors d’un entretien avec la NBC, diffusé le 9 mars.

« Je n’ai jamais modifié la Constitution (…) et je n’ai aucune intention de faire ce genre de choses aujourd’hui », a-t-il déclaré.

Vladimir Poutine a ainsi laissé entendre qu’il n’envisageait pas de régner indéfiniment et de suivre l’exemple du président chinois Xi Jinping, qui a obtenu la suppression de la limitation des mandats présidentiels.

Interrogé par l’AFP, l’analyste Dmitri Orechkine reste sceptique: « Je ne crois pas qu’il refusera le pouvoir en 2024, même s’il en a vraiment assez ». « Il ne peut pas partir parce qu’il ne croit pas que qui que ce soit pourra alors le protéger ».

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