Guterres s’inquiète de tensions similaires à la Guerre froide

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Un missile balistique à portée intermédiaire missile Jupiter doté de l’arme nucléaire, comme ceux que les États-Unis avaient déployé en Italie dans les années soixante, pendant les année de guerre froide avec l’Union soviétique (Archives/US Air Force)

Le secrétaire général des Nations unies a estimé jeudi que les tensions actuelles entre les Etats-Unis et la Russie commençaient à ressembler à celles de la Guerre froide, après l’annonce de l’expulsion de dizaines de diplomates russes par des pays occidentaux.

« Je pense que nous arrivons à une situation qui est similaire, dans une large mesure, à ce que nous avons vécu pendant la Guerre froide », a indiqué Antonio Guterres devant la presse.

Au total, plus de 140 diplomates russes en Europe, en Amérique du Nord, en Ukraine ou en Australie sont touchés par une mesure d’expulsion dans une action coordonnée, en soutien à Londres qui accuse Moscou d’avoir empoisonné un ex-espion double russe au Royaume-Uni.

Et Moscou a annoncé jeudi en représailles l’expulsion de 60 diplomates américains et la fermeture du consulat des Etats-Unis à Saint-Pétersbourg, des mesures identiques à celles prises par Washington dans le cadre de l’affaire Skripal.

M. Guterres a précisé être « très inquiet » concernant l’absence de mécanisme pour apaiser les tensions, comme des canaux de partage d’informations entre Washington et Moscou qui ont été démantelés avec la fin de la Guerre froide.

« Je crois qu’il est temps d’avoir des précautions de ce type, garantissant une communication efficace, garantissant une capacité à empêcher l’escalade », a ajouté le patron de l’ONU.

Le président américain Donald Trump a autorisé ce qui a été décrit comme la plus importante expulsion de diplomates russes en poste aux Etats-Unis, ainsi que la fermeture du consulat de Seattle.

Son prédécesseur Barack Obama avait expulsé 35 agents russes en décembre 2016 pour punir Moscou de son ingérence dans l’élection présidentielle américaine.



Expulsions de diplomates entre l’Est et l’Ouest: de nombreux précédents

Les expulsions de diplomates ont marqué à plusieurs reprises dans l’histoire les crises entre l’Union soviétique, puis la Russie, d’un côté, et les puissances occidentales de l’autre.

La Russie va expulser 60 diplomates américains et fermer le consulat des Etats-Unis à Saint-Pétersbourg, en riposte aux mesures américaines, et s’apprête à prendre des dispositions analogues à l’égard d’autres pays occidentaux, a déclaré jeudi le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov.

Les Etats-Unis ont annoncé lundi l’expulsion de 60 « espions » russes et la fermeture du consulat russe à Seattle dans le cadre de mesures de rétorsion après l’empoisonnement le 4 mars de l’ex-agent russe Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia sur le sol britannique.

Au total, plus de 140 diplomates russes en Europe, en Amérique du Nord, en Ukraine ou en Australie sont touchés par une mesure d’expulsion dans une action coordonnée, Londres accusant Moscou d’avoir empoisonné l’ex-espion russe.

– Septembre 1971: Londres expulse 105 diplomates et officiels soviétiques, Moscou refusant de clarifier les activités de 440 de ses ressortissants au Royaume-Uni. En représailles, 18 Britanniques sont expulsés d’URSS.

– Avril 1983: 47 diplomates soviétiques en poste en France sont expulsés dans le cadre de l’affaire Farewell (nom de code de Vladimir Vetrov, un ingénieur soviétique en poste à la mission commerciale soviétique à Paris de 1965 à 1970). Moscou ne procède à aucune expulsion de Français en retour.

– Novembre 1983: La Grenade expulse 49 diplomates soviétiques, peu après l’intervention des troupes américaines sur l’île.

– Septembre 1985: le gouvernement britannique demande à 25 membres de l’ambassade soviétique de quitter le pays après la défection à Londres de l’espion soviétique Oleg Gordievsky, le plus haut gradé du KGB jamais ramené dans les filets occidentaux. Moscou réagit en expulsant 25 Britanniques. Le Foreign office décide alors une seconde vague d’expulsions de six Soviétiques, suivie par l’expulsion du même nombre de Britanniques d’URSS.

– Automne 1986: l’Amérique de Ronald Reagan et l’Union soviétique de Mikhaïl Gorbatchev se livrent pendant plusieurs semaines à une « guerre des diplomates », à coups d’expulsions croisées.

Mi-septembre, Washington exige le départ de 25 membres de la mission soviétique à l’ONU. Moscou réplique en expulsant cinq diplomates américains.

Un mois plus tard, Washington expulse 55 autres diplomates soviétiques en poste aux Etats-Unis. Cinq d’entre eux sont soupçonnés d’espionnage et les 50 autres sont expulsés pour rétablir la parité avec le nombre de diplomates américains en URSS. Moscou renvoie cinq Américains supplémentaires et retire tout le personnel soviétique travaillant pour les représentations américaines en URSS, perturbant fortement leur fonctionnement.

– Juin 1988: Ottawa expulse ou déclare persona non grata 19 Soviétiques. Moscou prend les mêmes mesures à l’encontre de treize diplomates canadiens.

– Mars 2001: Washington annonce l’expulsion d’une cinquantaine de diplomates russes dont quatre déclarés persona non grata. Ces derniers sont accusés d’avoir été en contact avec Robert Hansenn, un agent du FBI arrêté pour avoir travaillé pendant une quinzaine d’années pour Moscou. En réponse, Moscou décide d’expulser exactement le même nombre de diplomates que Washington.

– Juillet 2007: Londres restreint les visas pour les responsables russes et expulse quatre diplomates face au refus de Moscou d’extrader Andreï Lougovoï, principal suspect du meurtre d’Alexandre Litvinenko. Cet agent russe devenu opposant au Kremlin, a été empoisonné en novembre 2006 à Londres au polonium-210, substance radioactive très toxique.

Moscou expulse à son tour quatre diplomates britanniques, interrompt la coopération dans la lutte antiterroriste, et arrête des délivrances de visas aux fonctionnaires britanniques.

– Décembre 2016: l’administration démocrate de Barack Obama expulse 35 agents russes pour punir Moscou de son ingérence dans la présidentielle américaine, juste avant l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche. Dans un premier temps, Vladimir Poutine choisit de ne pas riposter, laissant d’abord sa chance au nouveau président américain. Mais devant l’absence d’amélioration dans les relations, la guerre des sanctions est relancée: les deux pays réduisent réciproquement le nombre de leurs diplomates.

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