H.R. McMaster, un général respecté qui a échoué à dompter Trump

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Le général américain H.R. McMaster et le président Donald Trump à Palm Beach, aux États-Unis, le 20 février 2017. (AFP/NICHOLAS KAMM)

Un an à la Maison Blanche de Donald Trump a permis au général H.R. McMaster, auteur d’un ouvrage de référence sur la guerre du Vietnam qui rend les hésitations de la classe politique de Washington responsables de la pire défaite militaire américaine, de confirmer sa théorie.

Le président a annoncé jeudi d’un tweet le départ de son conseiller à la sécurité nationale, dernier en date à quitter une administration marquée par le chaos, les luttes intestines et la confusion.

Dans un communiqué qui annonçait sa démission et sa retraite de l’armée, M. McMaster a remercié le président Trump et s’est dit « reconnaissant pour l’amitié et le soutien des membres du Conseil de sécurité ».

Herbert Raymond McMaster, 55 ans, avait quitté le Pentagone le 20 février 2017 pour remplacer au pied levé l’ancien chef du renseignement militaire américain Michael Flynn, forcé à la démission après seulement 22 jours à son poste en raison de ses contacts illicites avec des responsables russes pendant la campagne électorale.

Son arrivée à la Maison Blanche avait fait naître l’espoir que Donald Trump, le milliardaire néophyte en diplomatie, était entre de bonnes mains.

H.R. McMaster était auréolé de son image de combattant héroïque – il a participé à une bataille clé de la guerre du Golfe en 1991 à la tête d’une unité de blindés – et d’intellectuel respecté pour son livre « Dereliction of Duty » (« Ils ont manqué à leur devoir »), qui explique comment les hésitations et les mensonges des élus à Washington ont fait commettre des erreurs à l’armée américaine sur le terrain dans les années 1960.

Le triumvirat qu’il formait avec le chef de la diplomatie Rex Tillerson, lui-même évincé la semaine dernière, et le ministre de la Défense Jim Mattis était considéré comme capable de diriger le navire Trump d’une main ferme.

Le général McMaster apparaissait suffisamment « faucon » pour s’entendre avec le président américain. Il avait ainsi adopté une position plus dure que celle de ses collègues sur la Corée du Nord, estimant que la « dissuasion traditionnelle » risquait de ne pas fonctionner avec le régime de Pyongyang.

Sur les relations avec Moscou, il déclarait fin 2017 que « la géopolitique est de retour, et elle revient en force après ce congé que nous avons pris de l’Histoire pendant l’après Guerre Froide ».

Mais comme Jim Mattis et Rex Tillerson, il a résisté au penchant de Donald Trump pour l’unilatéralisme. On lui attribue ainsi le fait que le président américain n’ait pas encore dénoncé l’accord nucléaire iranien.

Il a réussi à stabiliser le Conseil à la sécurité nationale de la Maison Blanche, en rétablissant les liens que Michael Flynn avait rompus avec les ministères concernés, et en isolant les alliés de Flynn et de Steve Bannon, le stratège de campagne de Donald Trump, aujourd’hui lui aussi en disgrâce.

Au suivant… Les spéculations vont bon train à Washington pour tenter de deviner quel sera le prochain nom sur la déjà très longue liste de membres de l’équipe de Donald Trump plus ou moins forcés de partir par le président américain. Voici les principaux:

– H.R. McMaster, conseiller à la sécurité nationale –

Le général trois étoiles a été remplacé à son poste de son conseiller à la sécurité nationale par le très conservateur John Bolton le 22 mars. Dans un tweet, Donald Trump a annoncé ce départ attendu, tant la position de McMaster était affaiblie. En février, le président l’avait réprimandé – déjà sur Twitter – après que McMaster avait estimé « irréfutables » les preuves d’une ingérence de Moscou dans l’élection américaine.

– Rex Tillerson, secrétaire d’Etat –

L’ancien PDG d’ExxonMobil a été limogé de son poste de chef de la diplomatie le 13 mars, après des mois de tensions et d’humiliations de la part de M. Trump sur la stratégie diplomatique américaine, que ce soit sur l’Iran ou la Corée du Nord. Censé porter la parole des Etats-Unis, l’ancien patron était souvent coupé des processus de décision. L’un de ses proches a d’ailleurs expliqué qu’il n’avait pas parlé au président avant son éviction, annoncée sur Twitter.

– Gary Cohn, conseiller économique –

Gary Cohn était le principal conseiller économique du président. Mais ce partisan du libre-échange a préféré quitter son poste après avoir été désavoué sur la question du protectionnisme

Cet ancien patron de la banque d’investissement Goldman Sachs a quitté son poste de conseiller économique principal du président le 6 mars pour protester contre la décision du dirigeant d’imposer de nouveaux droits de douane sur les importations d’acier et d’aluminium, ultime goutte d’eau après plusieurs désaccords de fond entre lui et M. Trump.

– Steve Bannon, stratège –

Steve Bannon a aidé Donald Trump à remporter la Maison Blanche. Leur relation s’est détériorée en quelques mois, jusqu’à la rupture

Le « président Bannon », comme était surnommé ce discret mais très influent conseiller de l’ombre, a joué un rôle crucial dans la dernière ligne droite de la présidentielle remportée par Donald Trump, lorsqu’il a donné un virage résolument populiste à la campagne du milliardaire.

Proche de l’extrême droite, sa cohabitation avec d’autres ténors à la Maison Blanche a tourné à la guerre interne mais, même hors de Pennsylvania Avenue, il a assuré qu’il continuerait à se battre « pour Trump ». Il a démissionné le 18 août après 210 jours à son poste.

– Reince Priebus, secrétaire général –

Ancien président du parti républicain, le discret Reince Priebus avait hérité du rôle stratégique de « chief of staff », le secrétaire général de la Maison Blanche. Mais il n’a jamais réussi à imposer la discipline parmi les collaborateurs du président. Il a quitté le navire le 31 juillet après 189 jours, face au manque de soutien de son chef.

– Sean Spicer, porte-parole –

Il avait probablement le travail le plus délicat de la Maison Blanche: sous-titrer pour la presse et le monde entier les propos du président Trump, parfois brouillon, souvent provocateur, toujours imprévisible. Dès le premier jour, la tâche est apparue complexe, voire intenable. Il a quitté les arcanes du pouvoir après 182 jours, le 21 juillet.

– Michael Flynn, le conseiller –

L’ancien général Michael Flynn n’a tenu que 22 jours au poste très stratégique de conseiller à la sécurité nationale. Il est depuis empêtré dans l’enquête du procureur spécial sur la Russie, Robert Mueller

L’ex-conseiller à la sécurité nationale n’a tenu que 22 jours. Ancien chef du renseignement militaire américain très apprécié de Donald Trump, Michael Flynn a fait les frais, le 13 février, de l’affaire russe, dont il est l’un des principaux protagonistes. Il avait été remplacé par H.R. McMaster.



Rappelé à l’ordre –

Cela lui a valu des critiques des républicains ultra-conservateurs, qui l’ont notamment accusé d’être un gauchiste, un ennemi d’Israël et un ami de l’Iran.

Mais ses efforts pour organiser l’exécutif n’ont pas suffi, explique Heather Hurlburt, une experte du centre de recherche New America.

« Le problème, c’est qu’on a un président qui ne fait pas confiance au processus politique et qui adore opposer ses conseillers les uns aux autres ».

La conception que Donald Trump a de la politique étrangère « a fait sortir bon nombre d’entre nous de notre zone de confort, y compris moi », avait ainsi avoué le général McMaster au New York Times.

Au fil des mois, le général chauve et bougon a perdu sa capacité à influencer le président, avec lequel le courant n’est jamais vraiment passé.

Selon les médias américains, Donald Trump n’aimait pas le ton professoral de H. R. McMaster, préférant les manières plus respectueuses de Jim Mattis ou du directeur de la CIA Mike Pompeo, qu’il a choisi pour succéder à Rex Tillerson à la tête de la diplomatie américaine.

Le président américain l’avait ainsi rappelé à l’ordre publiquement en février dans le cadre de l’enquête russe, après que son conseiller à la sécurité nationale avait estimé « irréfutables » les preuves d’une ingérence de Moscou dans l’élection américaine.

« Le général McMaster a oublié de dire que les résultats de l’élection de 2016 n’ont pas été affectés ou modifiés par les Russes », avait taclé Donald Trump sur Twitter, où il a également annoncé, un mois plus tard, le départ de son conseiller.

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