John Bolton, un néoconservateur va-t-en-guerre pour conseiller Trump

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John Bolton, le nouveau conseiller à la sécurité nationale, ici photographié le 22 février 2018 à la convention conservatrice (Archives/ Alex WONG/AFP)

John Bolton, le futur conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, est un néoconservateur connu pour ses positions très dures à l’égard de l’Iran ou de la Russie, voire va-t-en-guerre contre la Corée du Nord.

Cet avocat de formation de 69 ans aux fines lunettes et à l’épaisse moustache blanches ne mâche pas ses mots: durant son passage mouvementé de 18 mois comme ambassadeur des Etats-Unis aux Nations unies sous la présidence de George W. Bush en 2005-2006, il avait marqué l’organisation mondiale sans toujours faire preuve de diplomatie.

Son nom avait été cité pour devenir secrétaire d’Etat ou conseiller à la sécurité nationale — déjà — aux débuts de la présidence Trump.

Laissé de côté, John Bolton, un des chefs de file des « faucons » unilatéralistes au sein des républicains, ne s’est pas privé, depuis l’arrivée du milliardaire à la Maison Blanche début 2017, de dispenser ses conseils sur ses dossiers fétiches, l’Iran et la Corée du Nord, profitant de la tribune que lui offre son poste de chroniquer sur Fox News, la chaîne préférée du président.

Il tient donc sa revanche, au moment où Donald Trump semble vouloir mettre son équipe de politique étrangère au diapason avec son slogan « America First », « l’Amérique d’abord ».

« L’ambassadeur Bolton représente le pire de l’aventurisme américain en politique étrangère », a réagi Diplomacy Works, un centre de réflexion, d’anciens de l’administration démocrate de Barack Obama, dénonçant son goût pour « l’interventionnisme militaire ».

Au contraire, le sénateur républicain Lindsey Graham a salué le choix présidentiel, « une bonne nouvelle pour les alliés de l’Amérique et une mauvaise nouvelle pour les ennemis de l’Amérique ».

Ses positions seront-elles aussi tranchées à la tête de l’équipe chargée d’aider Donald Trump a forger sa politique de sécurité nationale? Et seront-elles suivies par le président?

Plusieurs ministres israéliens ont salué vendredi la nomination de John Bolton, un « ami », comme conseiller américain à la sécurité nationale, tandis qu’une dirigeante palestinienne s’est alarmée du choix d’un vieil adversaire de la cause palestinienne pour ce poste influent.

« Le président Trump continue de nommer de véritables amis d’Israël aux postes les plus hauts placés. John Bolton fait partie des plus éminents d’entre eux », a indiqué dans un communiqué la ministre de la Justice Ayelet Shaked.

« L’ administration Trump s’avère être la plus amicale qu’Israël ait jamais connue », a ajouté Mme Shaked, membre du Foyer juif, parti nationaliste religieux.

Le ministre de l’Education Naftali Bennett, chef du Foyer juif, a qualifié sur Twitter de « formidable » la nomination de M. Bolton, « un spécialiste extraordinaire des questions de sécurité, un diplomate expérimenté et un ami fidèle d’Israël ».

« Il est sans conteste possible l’ami d’Israël depuis des années, il l’a montré au poste d’ambassadeur américain auprès des Nations unies », a abondé le ministre de l’Environnement Zeev Elkin, membre du Likoud, le parti de droite du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Les commentateurs israéliens mettent en exergue les positions intransigeantes de M. Bolton vis-à-vis de l’Iran, bête noire du gouvernement Netanyahu, et en particulier son opposition farouche à l’accord sur le nucléaire iranien conclu en 2015 entre Téhéran et les grandes puissances. M. Netanyahu est lui-même un grand pourfendeur de cet accord.

– ‘Solution à trois États’ –

Les commentateurs relevaient aussi les propos passés de M. Bolton selon lesquels la solution dite à deux Etats, c’est-à-dire la création d’un Etat palestinien coexistant avec Israël, était « morte » ou « plus viable ».

Cette solution reste la référence de la communauté internationale.

« La seule logique sous-tendant la demande d’un Etat palestinien, c’est l’impératif politique des adversaires d’Israël d’affaiblir et d’encercler l’Etat juif », disait M. Bolton en 2014, préconisant une « solution à trois Etats » dans laquelle la Cisjordanie serait rattachée à la Jordanie et la bande de Gaza à l’Egypte.

La Cisjordanie, occupée par Israël depuis 1967, et bande de Gaza, des territoires palestiniens séparés géographiquement par le territoire israélien et politiquement par deux autorités rivales, sont supposées former un futur Etat palestinien.

M. Bolton a aussi salué la décision du président Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël, qui rompt avec des décennies de diplomatie américaine et de consensus international.

Les Palestiniens, qui revendiquent Jérusalem-Est annexée par Israël comme capitale de l’Etat auquel ils aspirent, ont vu dans cette décision le comble du parti pris pro-israélien de l’administration Trump. Ils ont gelé tous les contacts avec les officiels américains.

L’administration Trump est censée présenter prochainement son plan de paix entre Israéliens et Palestiniens. Mais l’état des relations entre Américains et Palestiniens suscitent des interrogations sur la possibilité que ce plan soit mort-né.

Hanane Achraoui, haute dirigeante de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), a vu dans la nomination de M. Bolton une nouvelle manifestation de partialité américaine.

« L’hostilité de cet homme envers les Palestiniens remonte à loin, à l’époque où il était aux Nations unies et défendait l’impunité israélienne », a-t-elle dit à l’AFP.

En nommant M. Bolton, la Maison Blanche « s’allie aux extrémistes sionistes, aux chrétiens fondamentalistes et aux racistes blancs », selon elle. « Tout ceci annonce une réalité désastreuse pour la Palestine et la région ».



– Frappes « légitimes » contre Pyongyang? –

Comme le futur chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo et l’ambassadrice à l’ONU Nikki Haley, John Bolton fait partie de ceux qui plaident pour « sortir de l’accord iranien » signé en 2015 par les grandes puissances avec Téhéran pour l’empêcher de se doter de l’arme nucléaire.

Une position qui va dans le sens des promesses de campagne de Donald Trump, qui menace de s’en retirer si ce texte n’est pas renforcé.

Il est aussi un partisan déclaré des guerres « préventives » — il fut l’un des artisans de l’invasion de l’Irak en 2003. Une position qui résonne fortement à l’approche du sommet historique entre Donald Trump et le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un.

Le futur conseiller n’a pas caché son scepticisme quant aux possibilités de dissuasion nucléaire classique avec Pyongyang, « comme avec l’Union soviétique au temps de la guerre froide ». « Cette position est profondément biaisée », a-t-il dit récemment sur Twitter, plaidant plutôt de montrer les muscles de l’armée américaine aux Nord-Coréens.

Dans une tribune fin février dans le Wall Street Journal, il s’est fait encore plus clair: « il est parfaitement légitime pour les Etats-Unis de répondre » à « la menace » représentée par une Corée du Nord nucléaire « en frappant les premiers », a-t-il écrit. « Combien de temps doit attendre l’Amérique avant d’agir pour éliminer cette menace? »

Sur la Russie et son président fraîchement réélu Vladimir Poutine, John Bolton, partisan de sanctions beaucoup plus larges que celles, symboliques, récemment annoncées par l’administration américaine, risque en revanche de ne pas être sur la même longueur d’onde que le président, plus rarement enclin à critiquer Moscou.

Né le 20 novembre 1948 dans un milieu modeste de la banlieue de Baltimore, dans le Maryland, John Bolton, diplômé de la prestigieuse université de Yale, s’était fait remarquer durant ses études par ses positions anticommunistes, notamment pendant la guerre du Vietnam.

Avant sa nomination à l’ONU, il avait occupé différents postes gouvernementaux sous les présidences de Ronald Reagan et de George Bush père. Au département d’Etat, il avait été chargé des relations avec les organisations internationales (1989-1993). Avant cela, il avait travaillé au ministère de la Justice (1985-1989) et à l’agence américaine pour le développement USAID (1981-1983).

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