Kim Jong Un à Pékin: les spéculations vont bon train

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Un passant regarde à la télévision dans une gare de Séoul le 27 mars 2018 des informations évoquant une possible visite en Chine du dirigeant nord-coréen Kim Jong Un. (Jung Yeon-je/AFP)

Kim Jong Un a-t-il effectué une visite éclair en Chine avant une possible rencontre avec Donald Trump? Tout semble accréditer mardi l’hypothèse d’un entretien entre le numéro un nord-coréen et son homologue chinois Xi Jinping, même si Pékin comme Pyongyang se gardent de toute confirmation.

Si elle était avérée, cette visite serait historique: il s’agirait de la première à l’étranger de Kim Jong Un depuis qu’il a succédé à son père Kim Jong Il fin 2011. Elle constituerait aussi un retour spectaculaire de la diplomatie chinoise sur le devant de la scène avant un possible sommet Kim-Trump.

Alors que la Chine applique les sanctions internationales contre le programme nucléaire nord-coréen, Kim Jong Un n’a encore jamais officiellement rencontré le président chinois Xi Jinping, les deux pays étant pourtant des alliés historiques.

La Chine a parue marginalisée par l’annonce d’un prochain sommet entre M. Kim et le président américain Donald Trump, après des mois de rhétorique guerrière entre Pyongyang et Washington. Si Kim Jong Un se trouve bien à Pékin, cela remettrait clairement la Chine au centre du jeu diplomatique.

« Les Chinois s’inquiètent d’être mis à l’écart au cas où les Nord-Coréens passeraient un accord avec les Américains qui ne refléterait pas nécessairement les intérêts de la Chine », observe le sinologue Bill Bishop qui publie la lettre d’information Sinocism.

– Rien sans la Chine –

Pour Kim Jong Un, venir à Pékin serait une façon de s’assurer du soutien chinois avant de se retrouver face à Donald Trump.

« Kim Jong Un n’est rien sans la Chine », observe à Pékin le politologue indépendant Hua Po. « Il sait qu’il ne peut pas s’en sortir sans la Chine et qu’il est impossible de faire confiance aux Américains ».

Mais conformément à une tradition bien établie, Pékin se refusait à confirmer la visite du dirigeant nord-coréen, la porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Hua Chunying, se contentant mardi après-midi de promettre des informations le moment venu.



La Chine et la Corée du Nord « ont une tradition de relations amicales et nous maintenons des contacts normaux », s’est-elle bornée à indiquer lors d’une conférence de presse régulière.

Presqu’au même moment, des journalistes de l’AFP ont vu un convoi officiel se diriger vers la gare de Pékin. L’agence de presse japonaise a ensuite affirmé qu’un train qui aurait amené M. Kim à Pékin avait quitté la gare, à peine 24 heures après son arrivée dans la capitale chinoise.

La télévision japonaise NNN a diffusé lundi des images d’un train vert aux bandes jaunes entrant en gare, similaire à celui qu’empruntait Kim Jong Il qui n’aimait pas prendre l’avion et voyageait à bord d’un train blindé.

Ses visites à Pékin étaient systématiquement révélées par les médias chinois a posteriori, une fois que le dirigeant avait regagné son pays.

Le train nord-coréen arrivé cette semaine à Pékin ressemblait singulièrement à celui de l’ancien dirigeant Kim Jong Il, sa couleur vert olive et ses bandes jaunes déclenchant force spéculations pour savoir si son fils et successeur Kim Jong Un se trouvait à bord.

Le père du numéro un actuel avait peur de l’avion. Il a emprunté des trains ultra sécurisés durant les sept visites qu’il a effectuées en Chine et ses trois voyages en Russie, pendant son règne de 1994 à 2011.

D’après la version officielle nord-coréenne, il se trouvait à bord d’un train pour une visite de terrain lorsqu’il est mort en 2011 d’une crise cardiaque.

Selon la presse sud-coréenne, la dynastie Kim dispose de plusieurs trains spéciaux quasiment identiques, produits par une usine de Pyongyang.

Ils sont composés en général de deux locomotives et de 17 à 21 wagons et ne peuvent dépasser les 60 kilomètres par heure.

Ils sont protégés par des blindages, équipés de téléphones satellite et d’écrans de télévision, et comportent des salles de conférences, chambres à coucher et zones réservées aux réceptions, rapporte le quotidien Chosun.

Ils transportent des véhicules blindés et des petits hélicoptères en cas d’urgence, d’après la presse.

Pour des raisons de sécurité, trois trains identiques étaient déployés pour chaque voyage à l’étranger de Kim Il Sung, le père fondateur de la Corée du Nord, et de Kim Jong Il.

Celui qui a été vu en gare de Pékin ressemblait particulièrement à celui qu’avait emprunté Kim Jong Il en 2010 pour rejoindre la capitale chinoise, indique le quotidien Joongang.

Les wagons dans lesquels ont voyagé Kim Il Sung et Kim Jong Il trônent au mausolée Kumsusan de Pyongyang où reposent également leurs dépouilles.

– ‘Très inhabituel’ –

Devant la gare de Pékin, un témoin a confirmé un déploiement exceptionnel des forces de l’ordre lundi après-midi.

« C’était très inhabituel. Il y avait beaucoup de policiers dehors et le long de la route devant la gare », a indiqué le vendeur d’un magasin situé à proximité. « L’intérieur de la gare était bloqué aussi », a-t-il raconté à l’AFP.

Mardi matin, la sécurité était draconienne devant la résidence diplomatique de Diaoyutai, où Kim Jong Il descendait lors de ses visites à Pékin. Un photographe de l’AFP a vu un convoi officiel sortir de la résidence sous escorte policière.

Kim Jong Un doit rencontrer avant fin avril son homologue sud-coréen Moon Jae-in sur la ligne de démarcation qui sépare les deux Etats depuis la fin de la guerre de Corée en 1953. Il doit ensuite rencontrer Donald Trump avant fin mai, mais le lieu et la date de ce sommet n’ont toujours pas été confirmés.

La Chine et la Corée du Nord sont traditionnellement alliées depuis la Guerre froide. Mais les relations se sont tendues ces dernières années en raison du soutien de Pékin aux sanctions de l’ONU, destinées à enrayer les programmes balistique et nucléaire de Pyongyang.

Pour autant, la Chine reste le principal soutien diplomatique de la Corée du Nord et son plus important partenaire commercial.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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