Le Canada enverra au Mali une force opérationnelle aérienne de 6 hélicoptères (VIDÉO)

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Le ministre de la Défense Harjit Sajjan, et sa collègue des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, ont annoncé aujourd’hui le déploiement prochain d’une force opérationnelle aérienne forte de six hélicoptères accompagnés du personnel nécessaire auprès de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) pour une période de 12 mois.

Il s’agit un deuxième engagement conjoint du Canada, le premier étant l’envoi au Centre de soutien régional des Nations Unies à Entebbe, en Ouganda, d’un aéronef C‑130 pour offrir une capacité de transport aérien tactique, annoncé à Vancouver en novembre 2017 et dont les préparatifs en vue du déploiement sont actuellement en cours, comme la confirmé le ministre Sajjan.

La composition de la force opérationnelle

La force opérationnelle aérienne canadienne annoncée aujourd’hui comprendra, elle, deux hélicoptères Chinook pour assurer une capacité urgente de transport et de logistique pour la MINUSMA, et quatre hélicoptères Griffon pour assurer une escorte et une protection armées. Les hélicoptères pourront également servir pour des évacuations médicales.

Le CH-147F Chinook est un hélicoptère de transport moyen à lourd polyvalent de type évolué. Il sert à transporter de l’équipement et du personnel pour les opérations au pays et à l’étranger.

Les nouveaux Chinook possèdent une capacité d’autoprotection supérieure, notamment:

  • des systèmes de protection antimissile perfectionnés
  • des systèmes d’alerte laser etradar
  • une protection contre les éclats
  • des mitrailleuses d’autodéfense
  • des capteurs électro optiques et infrarouges améliorés

Le 450e Escadron tactique d’hélicoptères est le domicile des hélicoptères Chinook CH-147F des Forces canadiennes. L’escadron est basé à la BFC Petawawa, en Ontario, et relève de la 1re Escadre Kingston, en Ontario.

Le CH‑146 Griffon, lui, se retrouve sur plusieurs bases. Au Québec, on en retrouve à Valcartier, Saint-Hubert et Bagotville. Il est un hélicoptère utilitaire de transport tactique (HUTT) dont le rôle primaire est d’assurer le transport tactique des troupes et du matériel, mais une variété d’armement de défense peut aussi être montée pour les missions lors de déploiement.

Il peut atteindre une vitesse de 260 kilomètres à l’heure.

Outre l’armement de défense, le Griffon peut aussi être muni:

  • d’un dispositif infrarouge à balayage frontal au pod ou en nacelle (FLIR)
  • d’un système d’imagerie électro-optique Wescam MX-1
  • d’un puissant projecteur Nitesun
  • et de planchers et sièges blindés

Compte tenu du déploiement en Irak et des nombreux entraînements en cours en vue d’autres missions, il reste à voir d’où proviendront les Griffons que le Canada enverra à la MINUSMA. Il serait par contre étonnant qu’ils proviennent de Bagotville, qui n’en a que trois, qui nécessiteraient en outre des modifications puisqu’ils sont actuellement en configuration recherche et sauvetage.

Bref, tout ce qu’on sait pour l’instant est… qu’on ne sait pas encore d’où partiront les hélicoptères.

Promotion de l’égalité des sexe dans les déploiements

Par ailleurs, de nombreux employés des Forces armées canadiennes accompagneront la force opérationnelle pour offrir du soutien. Le ministre Sajjan n’a pas précisé le nombre de personnes qui seront envoyées au Mali dans le cadre de cette mission, mais, avec les deux Chinook et les quatre Griffons, si on compte le personnel navigant et le personnel au sol, le chiffre devrait tourner autour de 200-250 personnes.

Cela représenterait environ le tiers des 600 militaires que le premier ministre canadien Justin Trudeau avait promis de déployer peu de temps après son arrivée au pouvoir, à l’automne 2015, mais Ottawa a réitéré son intention d’atteindre cet objectif à terme à travers une série « d’engagements conjoints » dans plusieurs pays.

Le ministre a aussi indiqué que le Canada est résolu à promouvoir l’égalité entre les sexes dans ses déploiements, tel qu’annoncé à la réunion 2017 de l’ONU sur le maintien de la paix à Vancouver en novembre 2017 lors du dévoilement de l’Initiative Elsie – un projet pilote qui vise à accroître rapidement le nombre de policières et de femmes militaires déployées dans le cadre d’opérations de maintien de la paix des Nations Unies.

«L’engagement conjoint annoncé aujourd’hui permet au Canada d’offrir son expertise pour bâtir un monde plus sûr et plus pacifique. Nous sommes résolus à améliorer l’efficacité des opérations de la paix des Nations Unies, ce que nous faisons en travaillant avec les pays partenaires pour accroître la participation utile des femmes au moyen de l’Initiative Elsie sur la participation des femmes aux opérations de paix, en mettant en œuvre les Principes de Vancouver pour mettre un terme au recrutement et à l’utilisation d’enfants‑soldats, et en offrant de la formation spécialisée pour répondre aux besoins des Nations Unies», a expliqué la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland.

Le déploiement pourrait avoir lieu dès cet été

Au cours de la réunion de Vancouver en novembre dernier, le Canada s’était engagé à améliorer l’efficacité des opérations de paix de l’ONU de diverses manières, notamment en fournissant une force de réaction rapide ainsi que l’équipement connexe; une force opérationnelle aérienne composée d’hélicoptères polyvalents armés de taille moyenne; le transport aérien tactique de soutien nécessaire pour combler les lacunes des Nations Unies quant à leur capacité à transporter du personnel, de l’équipement et des fournitures à leurs missions.

Ainsi, le Canada contribuera aux efforts de 57 pays partenaires de la MINUSMA visant à instaurer un climat de paix et de stabilité au Mali et au Sahel. L’annonce d’aujourd’hui s’ajoute aux programmes importants de développement, de paix et de sécurité que le gouvernement mène dans la région, précise également Ottawa.

Au cours des prochains jours, le gouvernement enregistrera donc son engagement auprès de l’ONU, et les Forces armées canadiennes (FAC) lanceront le processus de planification en collaboration avec l’ONU, leurs partenaires et le pays hôte.

La date du déploiement sera ensuite fixée après consultations avec l’ONU, a précisé le ministre Sajjan, mais Krystia Freeland a annoncé lors de la conférence de presse qu’il pourrait avoir lieu aussi tôt que cet été si les préparatifs et la planification avancent selon les plans.

L’opposition conservatrice à Ottawa veut un vote au parlement

L’opposition conservatrice s’interroge sur les raisons motivant le gouvernement à aller au Mali. (45eNord.ca)

Estimant pour sa part la mission de paix mal préparée et dangereuse, le Parti conservateur réclame la tenue d’un débat et d’un vote au Parlement avant le déploiement de troupes dans ce qu’il considère être une zone de guerre et donc une mission de combat.

Et si les libéraux refusent de consulter le Parlement, les conservateurs compte proposer la tenue d’un débat d’urgence dès cette semaine sur cette mission.

«Le Mali est une zone de guerre. Il n’y a pas de paix à protéger. Mais qu’on ne dise pas maintenant qu’on envoie des troupes dans une mission de paix des Nations unies. Les gens vont croire que ce sont des Casques bleus. Ce n’est pas cela du tout. Que va-t-on faire là-bas ? C’est la grande question sans réponse. Nous avons besoin d’un débat à la Chambre des communes», a ainsi déclaré ce matin le porte-parole conservateur en matière d’Affaires étrangères, Pierre Paul-Hus, tout de suite après l’annonce.

Son collègue James Bezan, porte-parole conservateur en matière de défense, a souligné que les règles d’engagement sont totalement différentes lorsqu’il s’agit d’une mission de paix de l’ONU et lorsqu’il s’agit d’une mission de combat. Le gouvernement, selon le critique conservateur, doit clarifier quels sont les objectifs de cette mission et quelles seront les règles d’engagements que devront observer les soldats canadiens.

Une mission qui ne sera pas de tout repos

Créée en 2013, la MINUSMA compte environ 12.000 Casques bleus dont plus de 162 ont été tués dans le cadre des opérations au Mali, ce qui en fait actuellement la mission de maintien de la paix de l’ONU la plus dangereuse dans le monde.

« Nous avons été prudents dans notre décision d’entreprendre cette mission (…) et nous entendons prendre le temps de bien réfléchir » pour planifier ce déploiement. « La vie de chaque Canadien est précieuse », a déclaré ce matin Mme Freeland.

Le nord du Mali, où des attaques djihadistes se poursuivent, était tombé au printemps 2012 sous la coupe de groupes liés à Al-Qaïda. Ces groupes ont été en grande partie chassés par une opération militaire française lancée en janvier 2013.

Mais des zones entières du pays échappent encore au contrôle des forces maliennes, françaises et de la MINUSMA, régulièrement visées par des attaques, malgré la signature en mi-2015 d’un accord de paix, censé isoler définitivement les djihadistes.

Mais les groupes djihadistes ont depuis étendu leurs attaques au centre et le sud du Mali et le phénomène gagne les pays voisins, en particulier le Burkina Faso et le Niger.

En riposte, le Mali, ainsi que le Tchad, le Burkina Faso, le Niger et la Mauritanie, réunis au sein de l’organisation régionale G5 Sahel, ont lancé novembre une nouvelle force conjointe, qui doit monter en puissance pour atteindre au moins 5.000 hommes d’ici le printemps.En parallèle, 4.000 militaires français combattent les djihadistes au Mali.

Le déploiement au Mali sera la mission de Casques bleus canadiens la plus importante en Afrique depuis bien des années.

Le Canada ne compte actuellement qu’une vingtaine de Casques bleus dans le monde, lui qui avait été à l’origine des missions de maintien de la paix lors de la crise de Suez dans les années 1950, méritant le prix Nobel de la paix au premier ministre (libéral) de l’époque, Lester B. Pearson.

Celui-là même qui allait plus tard faire de Pierre-Elliot Trudeau, père de Justin, son ministre de la Justice avant qu’il ne lui succède en avril 1968 pour devenir une figure marquante de la politique canadienne et une vedette sur la scène internationale. Depuis son arrivée au pouvoir, son fils, l’actuel premier ministre Justin Trudeau, a voulu s’assurer du retour du Canada sur la scène internationale et s’est aussi fixé comme objectif d’avoir un siège au Conseil de sécurité de l’ONU en 2021.

L’ONU avait demandé à plusieurs reprises au Canada de l’aide au Mali, qui a la particularité d’être l’opération de soutien de la paix la plus meurtrière qui soit.

Malgré sa promesse et son désir de revenir au missions de maintien de la paix, Canada a longuement hésité, mais, aujourd’hui, il se déclare «résolu à bâtir un monde plus paisible et plus prospère (en luttant) contre l’instabilité et les conflits partout dans le monde.» et à apporter son soutien «à l’égard des missions de maintien de la paix des Nations Unies aidera les collectivités vulnérables et marginalisées à se construire un avenir meilleur.»

«En tant que membre responsable de la communauté internationale, nous reconnaissons l’importance du travail en collaboration avec nos partenaires pour promouvoir la paix et la sécurité. Je suis certain qu’avec l’appui de nos négociations diplomatiques, le déploiement de la force opérationnelle aérienne pourra améliorer grandement la situation dans la région.», de conclure pour sa part le ministre Sajjan, lui-même un ex-militaire qui a servi en Afghanistan.


Fondateur de 45eNord.ca, Nicolas est passionné par la «chose militaire». Il suit les Forces armées canadiennes lors d'exercices ou d'opérations, au plus près de l'action. #OpNANOOK #OpATTENTION #OpHAMLET #OpREASSURANCE #OpUNIFIER #OpIMPACT #OpLENTUS

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