Meurtre-suicide: le vétéran Marc Poulin, un cas extrême de stress post-traumatique

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L’ex-militaire Marc Poulin qui a tué sa nouvelle conjointe avant de s’enlever la vie le 20 mars en Nouvelle-Écosse avait fait plusieurs rotations en Afghanistan d’où il est revenu psychologiquement «bris» » et aux prises avec le syndrome de stress post-traumatique, rapportent aujourd’hui les médias canadiens, citant sa famille et ses amis.

La GRC a confirmé vendredi la mort de Marc Poulin, 42 ans, et de Jennifer Lynne Semenec, 45 ans, dans une résidence de Springhill, en Nouvelle-Écosse, dans une affaire de meurtre suivi d’un suicide.

Le 20 mars, la GRC du District de Cumberland s’est rendue sur les lieux d’un incendie de domicile sur l’allée Beatons à Springhill juste avant 16 h 30. Le Service de lutte contre les incendies de Springhill avait demandé à la GRC de se rendre sur les lieux après avoir trouvé les deux corps dans le domicile en luttant contre l’incendie.

Poulin et sa nouvelle conjointe étaient tous deux de North Bay, en Ontario, et avaient récemment déménagé dans cette ville de Nouvelle-Écosse. Leurs corps ont été retrouvés dans la petite maison qu’ils habitaient dans une impasse mardi après un incendie suspect à la maison.

L’enquête a été menée par le Groupe des crimes graves de la GRC du Nord-Est de la Nouvelle-Écosse avec l’assistance des Services d’identité judiciaire de la GRC, du bureau du médecin légiste de la Nouvelle-Écosse, et du bureau du prévôt des incendies.

La police, qui a conclu dès vendredi à un meurtre suivi d’un suicide ne recherche aucune autre personne en lien avec cette enquête.

Marc Poulin, un homme brisé

Marc Poulin était caporal-chef dans les Forces armées canadiennes. Il a servi de janvier 1999 à février 2013. Il a servi comme fantassin, ingénieur de terrain et ingénieur de combat, passant la plus grande partie de sa carrière au 2e Régiment du génie de combat à Petawawa, en Ontario.

Il a été déployé une première fois à Kaboul, puis deux fois dans des zones de combat de la province de Kandahar. Son dernier séjour en Afghanistan s’est déroulé d’avril à novembre 2010.

Shane MacDonald, cité par le réseau CTV, un cousin et un ami proche de l’ancien fantassin, a déclaré que la famille croit que le SSPT de Poulin a été «le facteur critique» dans son comportement.

MacDonald a dit que Poulin avait été traumatisé par les morts et la violence dont il avait été témoin lors de trois rotations en Afghanistan et que ces images et ces souvenirs le hantaient dans ses cauchemars.

En particulier, il a dit que Poulin lui avait raconté avoir vu un ami proche mourir après avoir marché sur un engin explosif improvisé, un événement au cours duquel Poulin avait également subi une blessure au cerveau.

Shane MacDonald affirme que lui et d’autres membres de la famille avaient vu un diagnostic écrit dans les dossiers personnels de Poulin indiquant qu’il souffrait d’un trouble de stress post-traumatique.

Il l’a intériorisé [son mal,NDLR], déclare McDonald, «il m’a dit qu’il suivait un traitement … sans donner pus de détails, mais on pouvait dire qu’il n’était plus la personne qu’il était avant son qui il était avant son départ [pour l’Afghanistan, NDLR].

Jason Hill, un ami d’enfance de Poulin, cité pour sa part par la CBC, a déclaré que son ami Marc était toujours souriant et amical aupravant, mais en 2010 après sa dernière affectation à Kandahar, en Afghanistan, il est devenu retiré et s’est mis à parlé de son traumatisme sur les ré.seaux sociaux.

«Il partageait ouvertement ses difficultés à gérer le syndrome de stress post-traumatique sur Facebook et comment le système [de santé, NDLR]ne lui était pas ouvert», a déclaré Hill, 42 ans. «Nous savions qu’il est revenu brisé.»

Quant elle, son épouse Shelley Foster – dont il était séparé depuis l’année dernière – a déclaré à la presse locale que était «différent après son retour» et qu’il était tourmenté par «la maladie et ses démons».

Elle a précisé au journal que, parmi les souvenirs traumatisants de Marc Poulin, il y avait notamment la tentative de sauver une femme dont le corps avait été coupé lors d’une explosion. «Il ne pouvait rien faire pour échapper à ces images et à cette culpabilité.»

Deuxième cas de meurtre-suicide en 15 mois

L’affaire a apparemment des similitudes avec un autre homicide tragique en Nouvelle-Écosse, impliquant un ancien combattant et sa jeune famille.

Une enquête publique est prévue sur la mort de l’ancien soldat , Lionel Desmond (33 ans), diagnostiqué avec un syndrome de stress post-traumatique (SSPT) après deux missions éprouvantes en Afghanistan en 2007, qui a tué par balles sa femme Shauna (31 ans), sa fille Aaliyah (10 ans) et sa mère Brenda Desmond (52 ans) avant de s’enlever la vie dans leur résidence d’Upper Big Tracadie le 3 janvier 2017.

Les membres de sa famille se sont plaints à plusieurs reprises que Desmond, n’avait pas reçu l’aide dont il avait besoin du ministère de la Défense ou des Anciens Combattants.

Lien avec le SSPT ? Gare aux conclusions hâtives, dit VETS Canada

Jim Lowther, président de VETS Canada, un organisme sans but lucratif œuvrant auprès des anciens militaires «à risque» et sans abri, note pour sa part qu’il peut être prématuré d’établir un lien entre la tragédie qui s’est déroulée à Springhill et le stress post-traumatique.

D’autres facteurs, comme un traumatisme cérébral ou d’autres maladies mentales, peuvent aussi avoir joué un rôle dans la tragédie, fait observer Jim Lowther.

Le président de VETS Canada rappelle aussi que le plus souvent les militaires ou les vétérans souffrant de stress post-traumatique s’en prennent plutôt à eux-mêmes qu’aux autres.



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