Le ministre Sajjan à l’ONU au débat sur l’action pour améliorer les missions de paix

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Le ministre de la Défense nationale, Harjit Sajjan, au Débat public du Conseil de sécurité des Nations Unies (CSNU) sur l’action collective visant à améliorer les missions de maintien de la paix de l’ONU, le 28 mars 2018 (UNTV)

Le ministre de la Défense Harjit Sajjan a conclu aujourd’hui une visite au siège de l’Organisation des Nations Unies (ONU) à New York, où il a présenté la déclaration du Canada lors du débat ouvert sur le maintien de la paix du Conseil de sécurité de l’ONU.

Il a aussi prononcé une déclaration au nom des 53 États membres du Groupe des amis des femmes, de la paix et de la sécurité.

Dans sa déclaration, le ministre a réitéré l’appui du Groupe à l’objectif d’accroître le nombre de femmes militaires et civiles participant aux opérations de maintien de la paix, incitant les membres à redoubler d’efforts pour éliminer les écarts persistants et renverser les obstacles structurels à la participation significative et au leadership des femmes en matière de maintien de la paix.

Le ministre Sajjan a aussi parlé de l’Initiative canadienne Elsie sur les femmes dans les opérations de paix, un projet-pilote novateur et multilatéral visant la création, la mise en œuvre et l’évaluation d’une série de mesures pour surmonter les obstacles au déploiement de femmes militaires et policières dans le cadre des opérations de paix de l’ONU.

La déclaration comportait aussi un appel à l’action destiné à l’ONU et aux États membres, les enjoignant à faire plus et à adopter une approche collective pour mieux prévenir les cas d’exploitation et d’abus sexuels, y réagir et apporter de l’aide aux victimes.

Discours du Groupe des amis des femmes, de la paix et de la sécurité

Madame la Présidente/Monsieur le Président,

C’est avec plaisir que je prends la parole au nom du Groupe des amis des femmes, de la paix et de la sécurité, un réseau informel de 53 États membres intéressés présidé par le Canada et représentant les cinq groupes régionaux des Nations Unies. Dans le contexte du présent débat ouvert, le Groupe souhaite souligner l’importance de la participation des femmes et de l’intégration de la perspective des genres dans les opérations de maintien de la paix de l’ONU.

Comme le reconnaît la résolution 2378, les femmes jouent un rôle essentiel dans les opérations de maintien de la paix, et leur participation ainsi que leur prise de décisions à tous les échelons est cruciale pour l’efficacité opérationnelle des missions. L’expérience démontre que les femmes apportent des points de vue intéressants, prennent mieux connaissance de la situation des missions en accédant à une plus grande diversité de renseignements au sujet des menaces et de la dynamique des conflits et établissent une relation de confiance avec les communautés locales. Ces éléments contribuent à préserver la protection et la sécurité des soldats de la paix et à assurer l’efficacité opérationnelle des missions.

Nous appuyons donc les appels visant à accroître le nombre de femmes civiles et militaires dans les opérations de maintien de la paix, y compris les objectifs précis énoncés dans la résolution 2242 du Conseil de sécurité. Nous devons redoubler d’efforts et adopter de nouvelles façons de penser en faisant preuve de créativité pour éliminer les écarts persistants et surmonter les obstacles structurels à la participation et au leadership des femmes. Nous reconnaissons l’importance de la volonté politique, du changement d’attitude et des ressources afin d’accroître la participation concrète des femmes aux opérations de maintien de la paix. Nous incitons le DOMP et le DAM à mettre la dernière main à une stratégie en matière d’égalité entre les sexes pour le quartier général, ainsi qu’à fixer des cibles relatives aux missions sur le terrain.

Outre accroître le nombre de femmes en déploiement, nous devons redoubler nos efforts afin d’intégrer les facteurs liés à l’égalité entre les sexes dans le contexte du maintien de la paix. À cet égard, les opérations de maintien de la paix doivent être dotées de mécanismes appropriés d’analyse des conflits axée sur le genre et d’une expertise connexe à tous les niveaux et à toutes les étapes, y compris lors de la définition des mandats. Les dirigeants d’opérations de maintien de la paix doivent veiller à ce que ces experts, entre autres, les conseillers en matière d’égalité entre les sexes et les conseillers pour la protection des femmes, aient l’accès et les ressources dont ils ont besoin pour s’acquitter de leurs fonctions essentielles.

Enfin, nous condamnons avec la plus grande fermeté les cas d’exploitation et d’abus sexuels qui surviennent lors d’opérations de maintien de la paix et de missions d’aide internationale. De récentes allégations à l’échelle de l’ONU viennent confirmer la nécessité d’adopter une approche globale. Nous applaudissons les initiatives récentes annoncées par le secrétaire général, par exemple la nomination d’une défenseure des droits des victimes d’exploitation et d’abus sexuels et de défenseurs des droits des victimes sur le terrain, ainsi que des efforts de lutte contre le harcèlement sexuel. Malgré tout, il reste encore beaucoup de travail à faire pour lutter contre l’impunité et redéfinir entièrement notre approche collective de manière à ce que les interventions soient centrées sur la victime. Nous encourageons le secrétaire général à s’assurer que des normes communes sont établies et mises en œuvre dans tous les organes de l’ONU, et qu’elles sont communiquées aux partenaires de la mise en œuvre afin d’améliorer la prévention et le traitement des cas d’exploitation et d’abus sexuels. Il incombe à l’ONU et aux États membres d’apporter leur contribution.

Discours national du Canada

Madame la Présidente/Monsieur le Président,

Permettez-moi d’ajouter quelques remarques au sujet du rôle des femmes dans les opérations de paix et de sécurité, d’une optique nationale.

Le Canada juge que la participation des femmes à tous les aspects du maintien de la paix est essentielle à la réussite des missions. Pourtant, malgré cette réalité, l’ONU et ses États membres ont à maintes reprises été incapables d’atteindre les objectifs fixés pour le déploiement de femmes. L’heure du changement a sonné et il nous faut faire preuve d’audace.

Récemment, le Canada a lancé l’Initiative Elsie sur la participation des femmes aux opérations de paix. Il s’agit d’une initiative pilote innovatrice et multilatérale visant à concevoir, à mettre en œuvre et à évaluer un ensemble de mesures permettant de surmonter les obstacles au déploiement de femmes dans les opérations de maintien de la paix de l’ONU et d’aider ces dernières à être efficaces lorsqu’elles participent à des missions. Le mois dernier, le Canada a accueilli des représentants des États membres, de l’ONU, de la société civile et d’universités à l’occasion d’un atelier de conception pour l’Initiative Elsie. Par ailleurs, le Canada a créé un groupe de contact pour promouvoir à l’intérieur de l’ONU la représentation des femmes dans les opérations de maintien de la paix, et pour nous aider à développer et à mettre en œuvre cette initiative pilote d’une durée de cinq ans.

Mesdames et Messieurs, les opérations de maintien de la paix jouent un rôle crucial dans la protection des personnes les plus vulnérables, y compris les enfants. Au Canada, nous croyons que nous pouvons faire beaucoup plus pour améliorer la protection des enfants. Comme plusieurs d’entre vous le savent, le Canada a élaboré les Principes de Vancouver sur le maintien de la paix et la prévention du recrutement et de l’utilisation d’enfants-soldats. Le Canada a lancé cette initiative en novembre dernier, en partenariat avec le général à la retraite Romeo Dallaire. Celle-ci vise à reconnaître les signes d’avertissement précoces, à prendre des mesures pour mettre fin au recrutement et à encourager le signalement d’agressions et de violations graves commises contre des enfants. Depuis leur promulgation il y a cinq mois, les Principes de Vancouver ont déjà été adoptés par 62 États membres. Au cours de l’année qui vient, le Canada consultera les États qui souscrivent aux Principes, l’ONU et des membres de la communauté de protection des enfants pour établir des directives pratiques pour la mise en œuvre de ces Principes.

Madame la Présidente/Monsieur le Président,

Chacune des initiatives que j’ai nommées reflète la vision du Canada selon laquelle nous devons assurer le maintien de la paix différemment et d’une manière qui tient compte des réalités actuelles des conflits. Des décennies durant, les opérations de maintien ont contribué à prévenir la violence, à préserver la paix et à assurer la protection de millions de personnes vulnérables touchées par les conflits.

En outre, comme l’a déclaré le premier ministre, les opérations de maintien de la paix sont importantes pour nous, car elles nous permettent non seulement d’aider des millions de personnes vulnérables dans des zones de conflit, mais aussi parce qu’un monde pacifique constitue un monde plus sécuritaire pour le Canada.

Cependant, nous avons constaté au cours des vingt-cinq dernières années que les mandats se complexifient et exigent toujours davantage de notre personnel et de nos systèmes d’intervention. Bien que la communauté du maintien de la paix se soit adaptée et ait intégré les leçons retenues, il est impératif que nous nous adaptions continuellement, que nous innovions et que nous relevions ces nouveaux défis. Nous devons identifier les causes profondes des conflits et les griefs qui les alimentent.

Bref, nous devons assurer le maintien de la paix autrement et mieux, ensemble.

Il y a maintenant tant d’analyses et de rapports, ainsi que tant d’initiatives en cours qui nous encouragent à examiner le maintien de la paix de manière plus globale. Le Canada salue le leadership du secrétaire général et ses efforts de réforme dans l’ensemble des piliers. Il a été reconnu que le maintien de la paix demeure au cœur de nos activités. Nous nous réjouissons aussi du travail important qu’entreprend l’ONU pour accroître la sécurité de nos soldats du maintien de la paix. Le général Santos Cruz et son équipe ont formulé une évaluation et des commentaires francs.

La responsabilité nous revient maintenant.

En tant que membres de l’ONU, que nous agissions à titre de pays hôtes ou de pays fournisseurs de troupes, de forces policières, de contributions financières, ou de matériel, nous avons tous un rôle essentiel à jouer. Voilà pourquoi le Canada est fier de présider le Groupe de travail du Comité spécial sur les opérations de maintien de la paix à l’ONU, aussi connu sous le nom de C34. Cette année, le Comité a terminé l’une de ses négociations les plus convaincantes. Dans le cadre de celles-ci, on a inclus les voix des pays fournisseurs de troupes et de forces policières à certains des principaux efforts que nous déployons pour améliorer la façon dont nous assurons le maintien de la paix. Il s’agit d’un exemple de la manière dont notre réussite ne peut être qu’un succès partagé, réalisée en partenariat avec le Secrétariat de l’ONU et entre nous-mêmes.

C’est aussi la raison pour laquelle, lors de la Réunion des ministres de la Défense sur le maintien de la paix à Vancouver au mois de novembre, le Canada a convoqué 80 États membres et cinq organisations internationales pour le faire. Au cours de la période précédant la Réunion, et de la Réunion même, nous avons examiné comment nous pourrions collectivement assurer une plus grande sécurité pour les populations à risque. Nous nous sommes penchés sur l’alerte avancée et les déploiements rapides, les engagements conjoints, la formation et le renforcement des capacités. Quarante-huit nouveaux engagements de contribution au maintien de la paix ont été confirmés, ce qui a considérablement amélioré les capacités de maintien de la paix de l’ONU. Après la Réunion des ministres de la Défense sur le maintien de la paix à Vancouver, le Canada demeure inébranlable dans son engagement continu envers les opérations de maintien de la paix des Nations Unies.

À cette fin, le Canada a commencé à envoyer en déploiement de principaux éléments habilitants et des capacités militaires qui tirent parti de l’expertise canadienne. Ils visent à donner à l’ONU les outils intelligents et polyvalents dont elle a besoin pour améliorer son rendement et son efficacité opérationnelle. En novembre dernier, nous avons pris l’engagement d’envoyer un C 130 Hercules pour fournir un soutien tactique de transport aérien au Centre de soutien régional de l’ONU à Entebbe. Les préparatifs en vue du déploiement sont en cours. Cette contribution témoigne de notre soutien pour aider l’ONU à mettre en place des capacités de déploiement rapide et de mise en œuvre efficace sur le terrain.

La semaine dernière, le Canada s’est engagé à aussi envoyer une force opérationnelle aérienne dans le cadre de la MINUSMA. Cette contribution comprendra des hélicoptères Chinook pour répondre aux besoins urgents en matière de transport et de logistique, ainsi que des hélicoptères Griffon pour assurer une escorte armée et une protection. Nous attendons avec intérêt de nous joindre aux 57 pays partenaires de la MINUSMA dans nos efforts collectifs pour apporter de la paix et de la stabilité durables au Mali et dans le Sahel.

En terminant, Madame la Présidente/Monsieur le Président, le Canada est convaincu que, lorsqu’il est bien mandaté, doté de ressources et appuyé, le maintien de la paix demeure l’un des outils les plus souples et les plus efficaces dont dispose la communauté internationale pour répondre aux crises. Nous accueillons ce débat public comme occasion d’approfondir notre réflexion collective sur la manière de relever les principaux défis qui se poseront dans les années à venir. Nous partageons tous cette responsabilité.

Merci.

Le ministre Sajjan a également rencontré les secrétaires généraux adjoints de l’ONU Khare et Lacroix, ainsi que Lord Ahmad de Wimbledon, qui sert à titre de représentant spécial du premier ministre du Royaume-Uni pour la prévention de la violence sexuelle dans les conflits et de ministre d’État du Commonwealth et de l’ONU.

Le Canada est résolu à adopter des approches novatrices en matière de maintien de la paix et à fournir les capacités spécialisées dont l’ONU a besoin pour apporter une paix et une sécurité durables aux régions touchées par des conflits.

«Le Canada croit que lorsqu’il est bien mandaté, doté de ressources et appuyé, le maintien de la paix demeure l’un des outils les plus souples et les plus efficaces dont dispose la communauté internationale pour répondre aux crises. Nous sommes impatients de nous joindre 57 pays partenaires de la MINUSMA dans nos efforts collectifs pour apporter la paix et la stabilité durables au Mali et dans le Sahel. Le Canada juge que la participation des femmes à tous les aspects du maintien de la paix est essentielle à la réussite des missions», a déclaré le ministre Sajjan.



Missions de la paix: attentes irréalistes ?

Ce débat sur l’action collective visant à améliorer les missions de maintien de la paix de l’ONU se déroulait en pleine tentative par le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, de moderniser les missions des Casques bleus, dont 59 membres sont morts en opération l’année dernière et alors que le Canada a annoncé récemment le déploiement prochain au Mali pour une période de 12 mois d’une force opérationnelle aérienne forte de six hélicoptères accompagnés du personnel nécessaire auprès de la MINUSMA, sans doute la mission actuellement la plus dangereuse de toutes.

Les plus importants contingents, déployés en République démocratique du Congo, au Mali, en Centrafrique et au Soudan du Sud, ont beaucoup de mal à protéger les civils pris dans des combats.

« Les opérations de maintien de la paix ne peuvent pas réussir si elles sont menées en lieu et place d’une solution politique plutôt qu’en soutien à une solution politique », a lancé le Secrétaire général au Conseil de sécurité.

« Nous abîmons l’outil du maintien de la paix, et au-delà le multilatéralisme lui-même, en suscitant des attentes irréalistes. Des vies et de la crédibilité sont perdues », a-t-il ajouté.

La crédibilité et la réputation des missions ont aussi été ternies ces dernières années par les révélations sur de nombreux abus sexuels.

La Chine qui joue un rôle très important dans ces missions de maintien, a indiqué qu’elle était prête à participer activement à une réforme des opérations de maintien de la paix et a indiqué soutenir les efforts de l’Union africaine de faire plus sur le continent.

« La Chine apporte son soutien aux demandes de financement des opérations de maintien de la paix de l’Union africaine et espère avoir des détails sur les opérations menées par l’UA », a déclaré l’ambassadeur chinois, Ma Zhaoxu.

Paris va dans le même sens. « La France soutiendra au Conseil de sécurité l’initiative de l’Union africaine en vue d’assurer un financement autonome et prévisible des opérations africaines de paix », a déclaré Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Europe et des affaires étrangères.

Plus de 100.000 soldats originaires de 120 pays servent sous le drapeau de l’ONU dans le monde.

La sempiternelle question du financement

L’ambassadrice américaine à l’ONU a pour sa part enjoint mercredi les autres pays de l’organisation à « faire mieux » et à payer une plus grosse part des opérations de maintien de la paix.

« Un seul pays ne devrait pas avoir à payer pour un quart du budget de maintien de la paix de l’ONU, et nous sommes impatients de voir une distribution plus équitable du budget parmi les autres pays membres », a déclaré Nikki Haley, qui a déjà négocié une baisse de 600 millions de dollars des fonds pour les Casques bleus.

« Nous avons tous un rôle à jouer et nous devons tous faire un effort », a déclaré la représentante américaine, en laissant clairement entendre qu’elle comptait encore faire baisser l’addition pour Washington.

Les Etats-Unis vont rester le plus important contributeur individuel au budget de maintien de la paix mais ont décidé de plafonner ses versements à 25% du total contre 28,5% actuellement.

Après des négociations très difficiles, le budget 2017-2018 pour ces opérations a été fixé à 6,8 milliards de dollars. Il est pour l’essentiel payé par une dizaine de pays.

La Chine est le second contributeur avec une part de 10,25% suivie par le Japon, l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, la Russie, l’Italie, le Canada et l’Espagne.

Les négociations seront rudes pour changer la répartition.

Le plafond des 25% est, de fait, inscrit dans la loi américaine mais le Congrès a par le passé permis à la présidence de passer outre.

L’administration de Donald Trump a adopté une ligne très dure sur le financement de l’ONU, demandant une baisse des fonds et des mesures d’économies.

*Avec AFP

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