Les Casques bleus canadiens iront au Mali

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Des Casques bleus près de Ber, au nord-est de Tombouctou, au Mali, en 2014. (Archives/Marco Dormino/MINUSMA)

Le Canada a officiellement « notifié » vendredi aux Nations unies son « intérêt » à participer à la mission de maintien de la paix au Mali, et enverra des troupes et des hélicoptères dans ce pays d’ici l’automne, a indiqué une source gouvernementale à l’AFP.

Les détails sur les effectifs envoyés par le Canada seront fournis lundi par le ministre de la Défense Harjit Sajjan, a ajouté cette source, sous couvert de l’anonymat.

L’engagement du Canada au Mali sera « temporaire », avec l’intention d’être relevé au bout d’un an, et constituera la mise en oeuvre de la stratégie annoncée l’automne dernier par le Premier ministre Justin Trudeau à Vancouver, a indiqué ce responsable canadien.

Il est probable que l’Aviation royale du Canada déploie au Mali à la fois des CH-146 Griffons, qui ont été modifiés pour porter des mitrailleuses, et des hélicoptères de transport CH-147-F Chinook.

Actuellement, le contingent allemand de la Mission des Nations unies au Mali (Minusma) a des hélicoptères armés et des hélicoptères transport et les Néerlandais, déployés au sein de la Minusma avant les Allemands, ont également des hélicoptères d’attaque et des hélicoptères de transport.

Deux Casques bleus avaient d’ailleurs perdu la vie en juillet 2017 lors de l’écrasement accidentel de leur hélicoptère dans le nord du Mali.

Le premier ministre Justin Trudeau annonce la contribution canadienne aux opérations de paix des Nations Unies, le 15 novembre 2017, à Vancouver. (FAC)

Le Canada a fait part en novembre de son intention de renforcer son soutien aux missions de maintien de la paix en mobilisant 200 soldats, en favorisant la présence féminine au sein des Casques bleus ainsi qu’en fournissant du matériel et de l’entraînement militaire.

Le Premier ministre Trudeau s’est entretenu vendredi du sujet avec la chancelière allemande, Angela Merkel, et avec le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, dont les armées participent à la force de l’ONU de maintien de la paix au Mali, la Minusma, créée en 2013.

« D’autres alliés » seront consultés « dans les jours à venir », selon le responsable canadien.

Selon les mots du premier ministre Trudeau lui-même, le Canada a connu «une histoire troublée des missions de paix sur le continent (africain)».

Le Canada a été en Afrique en 2001-2002, lorsqu’il a mis sur pied une mission de l’ONU en Éthiopie et en Érythrée, mais c’est la mission somalienne en proie aux scandales et la mission de paix des Forces armées canadiennes en Afrique qui avait avorté au moment du génocide au Rwanda en 1994 qui ont surtout marqué les esprits.

« Le Mali est un endroit important où l’on collabore depuis longtemps », a expliqué le responsable canadien, soulignant que « tout le monde a intérêt à participer à renforcer la sécurité dans le Sahel ».

L’armée canadienne enverra des soldats, des policiers et des hélicoptères sous commandement de la Minusma « autour de l’été ou de l’automne », selon la source de l’AFP. Elle agira dans un rôle « de soutien logistique et d’assistance ».

Le retour des Casques bleus en Afrique répond à un engagement de campagne de Justin Trudeau qui s’était fait élire en octobre 2015, avec la promesse notamment de réengager le Canada dans les missions de paix des Nations Unies.

Depuis, régulièrement interpellé au Parlement, le gouvernement canadien retardait sa décision de déployer des troupes.

Le Canada était aussi sous pression de plusieurs de ses alliés, dont la France, engagée militairement au Sahel et qui espérait qu’il décide de participer à des opérations de maintien de la paix, notamment au Mali.

En novembre, Justin Trudeau a promis la mise en place d’une « force de réaction rapide », mais ne représentant que le tiers des 600 militaires qu’il s’était engagé à déployer sur les théâtres de guerre dans le monde peu de temps après son arrivée au pouvoir.

Il avait néanmoins réitéré son intention d’atteindre cet objectif à terme à travers une série « d’engagements conjoints » dans plusieurs pays.

Le Canada ambitionne un siège au Conseil de sécurité de l’ONU en 2021.

L’ONU a demandé à plusieurs reprises au Canada de l’aide au Mali, qui a la particularité d’être l’opération de soutien de la paix la plus meurtrière qui soit.

À la fin de février, 162 soldats de la paix avaient été tués au Mali depuis la création de la mission en 2013, ce qui en fait actuellement la mission de maintien de la paix de l’ONU la plus dangereuse dans le monde.



Instabilité grandissante au Nord du Mali

Agissant sur une zone grande comme l’Europe, l’opération Barkhane représente un défi logistique majeur, notamment en termes de carburant. Le Service des essences des armées (SEA) est chargé d’assurer la permanence de l’approvisionnement des véhicules et aéronefs de la force déployés sur l’ensemble des pays du G5 Sahel. (État major des Armées françaises)

Le nord du Mali, tombé en mars-avril 2012 sous la coupe de groupes djihadistes liés à Al-Qaïda, est en proie à une instabilité grandissante.

Les groupes djihadistes qui s’en étaient emparés ont certes été en grande partie chassés par une opération militaire internationale lancée en janvier 2013, à l’initiative de la France, qui se poursuit actuellement.

Mais des zones entières du pays échappent encore au contrôle des forces maliennes, françaises et de la Minusma (forte de 12.000 hommes), régulièrement visées par des attaques, malgré la signature en mai-juin 2015 d’un accord de paix, censé isoler définitivement les djihadistes.

Depuis 2015, ces attaques se sont étendues au centre et au sud du Mali et le phénomène gagne les pays voisins, en particulier le Burkina Faso et le Niger.

Début juillet 2017, pour répondre à cette problématique, les dirigeants des pays du G5 Sahel (Mali, Tchad, Mauritanie, Burkina Faso et Niger), aiguillonnés par la France, ont acté la constitution d’une force antijihadiste conjointe.

Déployée dans un premier temps aux confins du Mali, du Burkina Faso et du Niger, avec un effectif initial de 5.000 hommes, la nouvelle force s’est ajoutée aux troupes de l’opération Barkhane et de la Minusma.

*Avec AFP

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