Syrie: les bombardements mettent encore en danger la livraison de l’aide à la Ghouta

Vue de destructions dans la ville de Douma, dans la partie rebelle de la Ghouta orientale, près de Damas, le 5 mars 2018. (AFP/AMER ALMOHIBANY)
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Vue de destructions dans la ville de Douma, dans la partie rebelle de la Ghouta orientale, près de Damas, le 5 mars 2018. (AFP/AMER ALMOHIBANY)

De nouveaux bombardements du régime sur la partie rebelle de la Ghouta orientale près de Damas risquent de compromettre vendredi la livraison d’aides vitales aux habitants assiégés dans cette zone soumise à une offensive dévastatrice depuis près de trois semaines.

Plus de 940 civils, dont environ 200 enfants, ont été tués depuis le 18 février dans les assauts des forces prorégime qui cherchent à reprendre totalement ce dernier bastion rebelle aux portes de Damas, fief du pouvoir de Bachar al-Assad.

Médecins sans frontières (MSF) ont réclamé l’entrée sans entraves de matériel médical dans l’enclave rebelle, dénonçant une « terrible catastrophe médicale ».

Après une nuit exceptionnellement calme dans le fief rebelle, un convoi de 13 camions transportant de la nourriture y est entré le matin, a indiqué la porte-parole à Damas du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Ingy Sedky.

Cette aide, qui n’avait pas pu être livrée lundi en raison des bombardements, a commencé à être distribuée à Douma, principale ville de l’enclave. Mme Ingy a exprimé son optimisme quant à la distribution de matériel médical la semaine prochaine.

Mais les bombardements qui ont repris en fin de matinée pourraient mettre en danger cette distribution, a averti le coordinateur humanitaire de l’ONU en Syrie, Ali al-Zaatari.

Il a fait état d’un pilonnage près de Douma en dépit d' »assurances de sécurité fournies par les parties dont la Russie », pays allié du régime.

Une vingtaine de raids ont visé les localités de Jisrine et Douma, faisant 20 blessés, a indiqué l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), alors que des sources concordantes ont fait état de négociations en vue de mettre fin aux hostilités et permettre la sortie des civils ou des combattants de l’enclave.



– Besoin urgent –

Jeudi, une livraison d’aides n’avait « pas été autorisée » par le régime « pour des raisons de sécurité », selon l’ONU.

MSF a dénoncé une « terrible catastrophe médicale » dans l’enclave rebelle. « Le matériel médical est extrêmement limité, les infrastructures médicales ont été frappées par des bombardements et des tirs d’artillerie et le personnel médical est à bout de force ».

Quinze des 20 hôpitaux et cliniques soutenus par l’organisation ont été touchés par les bombardements, « réduisant encore plus leur capacité à prodiguer des soins médicaux », selon elle. « La nécessité d’un réapprovisionnement médical massif devient de plus en plus urgente ».

A la faveur de leur offensive, les forces prorégime sont parvenues à reprendre plus de la moitié de l’enclave contrôlée par deux factions rebelles et où sont assiégés depuis 2013 quelque 400.000 habitants qui manquent de tout.

La Russie, dont des soldats sont sur place dans la Ghouta, a annoncé il y a 11 jours une « pause humanitaire » quotidienne de cinq heures pour permettre la sortie des civils et l’entrée de l’aide.

Les médias officiels syriens ont annoncé l’ouverture de deux nouveaux passages depuis jeudi, mais aucune sortie de civils n’a été enregistrée.

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Les conditions de vie des civils en Syrie sont « plus effroyables que jamais », a déploré vendredi le Haut Commissaire des Nations unies pour les réfugiés (HCR), Filippo Grandi, alors que le conflit dans ce pays entre dans sa huitième année.

« À l’intérieur de la Syrie, les civils endurent des conditions plus effroyables que jamais et 69 % d’entre eux luttent pour leur survie dans le dénuement le plus extrême », a affirmé M. Grandi à l’occasion d’une visite au Liban voisin.

La guerre en Syrie a été déclenchée en mars 2011 par la répression gouvernementale de manifestations prodémocratie et s’est ensuite complexifiée avec l’implication de pays étrangers et de groupes djihadistes.

« Ces sept années de guerre laissent derrière elles une tragédie humaine aux dimensions colossales. Pour sauver des vies, il est grand temps de mettre fin à ce conflit dévastateur », a dit M. Grandi cité dans un communiqué.

Le 15 mars est généralement considérée comme la date anniversaire du début du conflit, qui a fait selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), plus de 340 000 morts et provoqué le plus grand nombre de déplacés depuis la Seconde Guerre mondiale.

L’effondrement du pouvoir des djihadistes du groupe État islamique (EI) qui avaient régné sur de larges pans du territoire n’a pas mis fin à la guerre, M. Grandi soulignant que les civils souffraient plus que jamais.

«La part des familles consacrant plus de la moitié de leur revenu annuel à l’alimentation atteint désormais 90 %, tandis que les prix des denrées alimentaires sont en moyenne huit fois plus élevés qu’avant la crise», a-t-il ajouté.

Le régime est parvenu, grâce notamment à l’indéfectible allié russe, à reprendre les régions qu’il avait perdues au cours du conflit.

Mais les conditions sont loin d’être suffisantes pour le retour chez eux des plus de 50 % des 20 millions d’habitants que comptait la Syrie avant le conflit.

Les civils se voient contraints de partir ou sont tués par les combats ou bombardements qui se poursuivent sur plusieurs fronts, notamment l’enclave rebelle assiégée de la Ghouta orientale, dernier fief insurgé aux portes de Damas qui connaît un des épisodes les plus sombres de la guerre.

«Il n’y aura aucun vainqueur évident dans cette poursuite insensée d’une solution militaire. Nous ne voyons que des perdants – et c’est la population syrienne», a dit M. Grandi.[/toggle]

– Négociations –

Selon le directeur de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane, des négociations sont en cours en vue de mettre fin aux hostilités dans la Ghouta et permettre la sortie des civils ou des combattants de l’enclave.

L’agence officielle Sana a fait état « d’informations sur une sortie prévue plus tard dans la journée de dizaines de civils » via le passage d’al-Wafidine.

Un négociateur à Hammouriyé a déclaré à l’AFP qu’une « délégation civile » était sortie de la localité « pour négocier avec le régime en vue de parvenir à un règlement et la fin des combats à Hammouriyé ».

« Assez de destructions et de morts! Nous voulons sauver nos enfants et tous ceux qui ne sont pas morts », lance Abou Ryad, 47 ans.

Des dizaines d’habitants de Hammouriyé ont manifesté arborant des drapeaux syriens, appelant à mettre fin aux combats, selon l’OSDH.

« Nous avons rencontré des habitants de la Ghouta qui ont exprimé leur souhait de sortir », a pour sa part déclaré à la presse Nasser al-Maamari, notable d’une tribu locale qui s’exprimait au passage d’Al-Wafidine.

Il a estimé à « plus de 300 le nombre de familles de Kafr Batna, Saqba et Hammouriyé souhaitant partir », faisant état en outre de discussions avec « 500 combattants pour qu’ils remettent leurs armes à l’armée ».

Déclenché par la répression de manifestations pro-démocratie, le conflit en Syrie s’est complexifié au fil des ans avec l’implication d’acteurs régionaux et internationaux et de groupes djihadistes. Il a fait plus de 340.000 morts.