Tuerie de la Mosquée de Québec: Bissonnette se ravise et plaide coupable

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Alexandre Bissonnette.

Revirement spectaculaire aujourd’hui au palais de justice de Québec, après avoir plaidé non coupable lundi aux douze chefs d’accusation qui lui étaient reprochés, Alexandre Bissonnette s’est ravisé et a finalement décidé de plaider coupable.

«Ça fait longtemps que j’y pense et, dans mon cœur, c’est la décision que je voulais prendre pour éviter un procès et éviter que les victimes revivent encore cette tragédie», a expliqué devant la cour ce matin l’homme de 28 ans qui s’expose à une peine de 150 ans de prison ferme.

Bissonnette avait déjà manifesté lundi son souhait de plaider coupable, mais le juge François Huot de la Cour supérieure, avait demandé une expertise sur l’état mental de l’accusé pour s’assurer qu’il soit en pleine possession de ses facultés.

«L’une des pistes qui étaient sérieusement envisagées du côté de la défense consistait à soulever la question de l’état mental de M. Bissonette. En pareilles circonstances, je ne veux prendre aucune chance», avait alors expliqué le magistrat.

C’est ainsi que le psychiatre Sylvain Faucher a évalué l’état mental d’Alexandre Bissonnette lundi soir et a conclu qu’il était apte à subir son procès.

Le juge Huot a donc accepté le plaidoyer de culpabilité de l’accusé ce mercredi et l’a déclaré coupable des 12 chefs d’accusation: six chefs de meurtre au premier degré et six chefs de tentative de meurtre avec usage d’une arme à autorisation restreinte .

«Libre de vider mon cœur et mon esprit. J’aimerais dire à tous qu’à chaque minute de mon existence, je regrette amèrement ce que j’ai fait, les vies que j’ai détruites, la peine et la douleur immenses que j’ai causées à tant de personnes, sans parler des membres de ma propre famille.

Malgré ce qui a été dit à mon sujet, je ne suis ni un terroriste ni un islamophobe. J’ai plutôt été emporté par la peur, une pensée négative et une forme horrible de désespoir.

J’avais depuis longtemps des pensées suicidaires et j’étais obsédé par la mort.

C’est comme si je me battais contre un démon qui a fini par gagner contre moi.

J’aimerais tellement revenir dans le temps et changer les choses. Parfois, j’ai l’impression que tout ça n’est qu’un affreux rêve, un long cauchemar.

J’aimerais pouvoir vous demander pardon pour tout le mal que je vous ai fait, mais je sais que mon geste est impardonnable.

Si au moins en plaidant coupable je peux faire un peu de bien dans tout ça, ce sera déjà ça de fait. C’est pour ça que j’ai plaidé coupable. » – Alexandre Bissonnette, 28 mars 2018.

Le 29 janvier 2017, Bissonnette avait abattu par balles dans le dos six fidèles lors de la prière du vendredi soir à la Grande Mosquée de Québec, dans l’arrondissement Sainte-Foy. Il avait aussi fait cinq blessés graves, dont u est aujourd’hui tétraplégique.

Alors que les plaies ne sont pas refermées et ne se refermeront peut-être jamais, le souhait le plus cher de la communauté musulmane était que la société québécoise reconnaisse que cet assassinat de six fidèles musulmans était bel et bien un acte de terrorisme, alors que Bissonnette persistait encore ce matin à se dire  «ni un terroriste ni un islamophobe».

Mais il a été déterminé l’automne dernier qu’aucune accusation de terrorisme ne serait portée: «La preuve a été rigoureusement analysée et les accusations portées sont le fruit et de la preuve et de l’état actuel du droit au Canada», avait alors expliqué sommairement Me Thomas Jacques qui occupe pour la Couronne et qui a bien précisé que l’acte d’accusation était complet.

La peine devra maintenant être déterminée dans les prochaines semaines. Bissonnette est passible d’une peine de prison à perpétuité sans possibilité de libération avant 25 ans sur chaque chef.

La poursuite pouvant demander que cette période soit cumulative pour les six meurtres, selon le principe du cumul des peines prévu au Code criminel depuis l’adoption en 2011 d’une loi à cet effet par le gouvernement conservateur de l’époque, c’est donc à un total de 150 ans sans possibilité de libération auquel fait maintenant face Bissonnette.



«Le mal est fait»

Boufeldja Benabdallah, président de la mosquée, a exprimé son soulagement après l’audience, « On est satisfait et on remercie la justice d’avoir accéléré » la procédure. « Le mal est fait » et pour le pardon demandé par le tueur, « c’est aux familles à décider de pardonner, une fois le deuil passé ».

Introverti, éduqué, sans histoire particulière, Alexandre Bissonnette était jusqu’à la soirée d’hiver meurtrière du 29 janvier 2017 étudiant en sciences politiques à l’université Laval, toute proche du lieu de culte. Affichant volontiers des idées nationalistes sans être affilié à un mouvement.

Au moment des faits, il était sous traitement pour des troubles obsessionnels et de phobie sociale, selon le dossier.

Qualifiée le soir même d’ »attentat terroriste » par le Premier ministre Justin Trudeau, la fusillade a été un véritable choc au Québec et dans l’ensemble du Canada, un pays bercé de discours d’ouverture et de liberté qui accueille des réfugiés par milliers, même si des militants de mouvements nationalistes défilent ouvertement dans les rues de Québec pour réclamer la fermeture des frontières.

La décision l’automne dernier de ne pas porter d’accusations de terrorisme avait été accueillie avec incompréhension et indignation par la communauté musulmane de Québec, encore sous le choc, même après tout ce temps, d’autant plus que circulaient et circulent encore à Québec les théories les plus fantaisistes (déception amoureuse ou autre légendes urbaines) pour expliquer l’acte de Bissonnette sans avoir à reconnaître qu’il s’agissait bien d’une attaque contre la communauté musulmane et encore moins qu’elle visait à la terroriser, même si le tueur, très actif sur les réseaux sociaux et affichant des idées nationalistes n’avait jamais caché sa haine des musulmans.

Les six hommes tués étaient tous musulmans et binationaux: deux Algériens, deux Guinéens, un Marocain et un Tunisien. Épicier, informaticien ou professeur d’université, ils étaient tous intégrés à la vie québécoise depuis de longues années.

Meurtre :

Ibrahim Barry, Mamadou Tanou Barry, Khaled Belkacemi, Abdelkrim Hassane, Azzedine Soufiane, Abouker Thabti.

Tentatives de meurtre :

Said Akjour, Aymen Derbali, Said El Amari, Nizar Ghali, Mohamed Khabar et 35 autres personnes (dont 4 enfants) qui ont assisté au massacre, sans être toutefois atteints par les balles.

*Avec AFP

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