Un affrontement avec des mercenaires russes évité en Syrie révèle Mattis

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Le ministre américain de la Défense Jim Mattis (d), le 19 octobre 2017 à Arlington, en Virginie. (Archives/AFP/SAUL LOEB)

Un nouvel affrontement entre la coalition internationale anti-jihadiste menée par les Etats-Unis et des mercenaires russes, similaire à l’attaque de février ayant fait plus de 100 morts parmi les rangs des soldats de fortune, a été évité de justesse en Syrie, a révélé mardi le ministre américain de la Défense Jim Mattis.

Des « éléments russes » se sont positionnés la semaine dernière à l’est de l’Euphrate qui marque la zone de désescalade convenue avec la Russie, « dans une zone où nous avions convenus qu’ils pourraient aller » mais ils se sont approchés de « trop près » des positions occupées par des soldats américains, a indiqué M. Mattis à quelques journalistes au Pentagone.

A la suite de discussions entre le chef d’état-major américain, le général Joe Dunford, et son homologue russe, le général Valeri Guerassimov, « ces éléments se sont retirés et nous avons légèrement reculé aussi », a indiqué le ministre.

« Il semble donc que cette fois-ci, ça se soit réglé par le ligne téléphonique de désescalade » entre les Etats-Unis et la Russie, a conclu M. Mattis. « Il semble que nous soyons sur une tendance stable ».

Il n’a pas précisé la date exacte de l’incident mais l’état-major américain avait publié jeudi un communiqué laconique faisant état d’un entretien téléphonique entre les deux généraux consacré à « la Syrie et d’autres sujets d’intérêt communs ».



Selon un responsable américain, les mercenaires russes se sont installés progressivement dans cette zone proche de Deir Ezzor (est de la Syrie).

C’est quand ils ont commencé à creuser des positions de tir que les soldats américains, déployés dans cette zone aux côtés de leurs alliés des Forces démocratiques syriennes (FDS), ont commencé à s’inquiéter, a précisé ce responsable s’exprimant sous le couvert de l’anonymat.

Ce nouvel incident intervient moins de deux mois après une attaque contre le QG des FDS, une alliance de combattants kurdes et arabes syriens, dans la même région de Deir Ezzor.

Des soldats américains se trouvaient dans le bâtiment et avaient alerté la coalition, qui a répliqué par une frappe aérienne ayant fait entre 100 et 200 morts, dont plusieurs ressortissants russes.

Evoquant cette attaque mardi, M. Mattis a noté qu’elle avait été menée par des « mercenaires russes ». C’était la première fois qu’il accusait directement la Russie de cette attaque.

La Russie, dont l’engagement militaire au côté de Damas a sauvé le régime de Bachar al-Assad, joue aujourd’hui un rôle central dans la négociation d’accords d’évacuation avec les rebelles dans la Ghouta orientale, aux portes de la capitale syrienne.

Cinq semaines après le lancement d’une offensive meurtrière marquée par des bombardements intenses –dont certains menés par la Russie auraient provoqué la mort de dizaines de civils, ce que dément Moscou–, deux des trois groupes actifs dans l’enclave rebelle ont déjà signé des accords avec la Russie.

Ils ont discuté directement avec le « Centre russe pour la réconciliation des belligérants », dépendant du ministère russe de la Défense, même s’ils n’ont eu apparemment aucune marge de négociation.

« Tout ce qu’ils ont obtenu, c’est de pouvoir partir sans être tués », souligne Nawar Oliver, spécialiste de la Syrie au centre de réflexion Omran, basé en Turquie, qui évoque un « ultimatum ».

Dans le cadre de la politique dite de « réconciliation », les civils qui le souhaitent peuvent rester dans les anciennes enclaves insurgées, tandis qu’en vertu des accords d’évacuation, les combattants et les habitants qui veulent être évacués le sont vers des zones échappant au contrôle du régime.

Depuis jeudi, plus de 17.000 rebelles et civils ont ainsi été transportés vers la province d’Idleb, dans le nord-ouest du pays.

– Portrait de Poutine –

La Russie se porte également garante des accords: des soldats de sa police militaire inscrivent les noms des personnes évacuées, supervisent la fouille des passagers effectuée par les militaires syriens et escortent les convois vers le Nord, ont constaté des correspondants de l’AFP.

Si la plupart se font comprendre dans un mélange d’arabe, de russe et d’anglais, certains maîtrisent l’arabe et échangent aisément avec les passagers des bus ou encore les journalistes auxquels ils lancent: « Vous êtes priés de vous éloigner ».

A Alep, en 2016, et à Homs, en 2017, les soldats russes avaient déjà été impliqués dans la mise en oeuvre d’accords d’évacuation mais leur rôle était moins affiché.

Dans la Ghouta, le portrait de Vladimir Poutine s’affiche au côté de celui de Bachar al-Assad sur les murs du « corridor humanitaire » d’Al-Wafidine, ouvert pour permettre aux civils des zones frappées par les bombardements de gagner les territoires contrôlés par le régime. Là aussi, des membres de la police militaire russe ont été déployés.

L’intervention russe en Syrie, à partir de septembre 2015, a changé le cours de la guerre, alors que le régime était acculé face aux rebelles et aux jihadistes, en dépit du soutien iranien.

Les frappes aériennes notamment, bien que critiquées par les organisations de défense des droits de l’Homme pour avoir provoqué de nombreuses victimes civiles, ont permis au régime de reprendre le contrôle de plus de 55% du territoire, où vit les deux-tiers de la population.

– ‘Assaillant’ et ‘négociateur’ –

« Durant la bataille de la Ghouta, la Russie a joué deux rôles essentiels: celui de l’assaillant, au début de la campagne, quand elle a œuvré pour accélérer l’avancée des troupes gouvernementales, puis celui de négociateur et de garant, pour obtenir une victoire qui protège Moscou de la pression internationale et épargne les forces du régime », explique Nawar Oliver.

Le dernier groupe rebelle actif dans la Ghouta, Jaich al-Islam, ne souhaite toutefois pas quitter la région comme les autres insurgés. Il tient notamment l’importante ville de Douma, où vivent des dizaines de milliers de civils.

« Les négociations en cours sont destinées à assurer notre maintien et non notre sortie », insiste le porte-parole du mouvement, Hamza Bayrakdar.

Le groupe, qui négocie avec les Russes, souhaiterait rester à Douma et dans sa région en échange de son désarmement. S’il refuse que l’armée syrienne investisse les lieux, il est cependant prêt à accepter un déploiement de la police militaire russe, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Ces négociations pourraient cependant rencontrer l’opposition, comme lors de la bataille d’Alep, des durs du régime et de l’Iran. Ceux-ci voulaient la capitulation totale des insurgés assiégés, mais les Russes étaient en faveur d’une porte de sortie pour les rebelles. C’est finalement Moscou qui a eu gain de cause, obtenant l’évacuation de 34.000 personnes.

 

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