Vétérans québécois et cannabis médical: un état des lieux

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Entre la dépénalisation, la décriminalisation et la légalisation du cannabis, il y a de quoi y perdre son latin.

Entre la dépénalisation, la décriminalisation et la légalisation du cannabis, il y a de quoi y perdre son latin. Même s’il y a un énorme fossé qui sépare politiquement le cannabis médical et le cannabis consommé à des fins récréatives, le Québec est sans aucun doute la province canadienne la plus hostile face au cannabis.

Pourtant, exploiter les propriétés thérapeutiques –contrôlés- d’une plante «pour se soigner» ne comporte pas les mêmes enjeux que lorsqu’utilisée pour «s’amuser». Par exemple, parmi les 29 états américains ayant légalisé le cannabis à des fins thérapeutiques, 9 ont l’ont aussi légalisé à des fins récréatives.

Ce qui m’interpelle personnellement est la protection des droits des vétérans qui choisissent le cannabis médical: si, par exemple, Québec a envie d’interdire la pousse des plants de cannabis, c’est son affaire, dans la mesure où nos vétérans sont laissés tranquilles et tenus bien loin des petites guéguerres politiques pour lesquelles ils n’ont pas à payer: s’ils possèdent une prescription médicale et l’autorisation de Santé Canada, il faut se rappeler que nos vétérans ont une santé qui relève du fédéral et ont tous droit aux mêmes services, bénéfices et privilèges qu’un autre vétéran, peu importe sa province de résidence: Not their monkeys, not their circus.

Il faut le rappeler car en matière de vétérans, il semble que Québec n’ait rien à cirer du Fédéral et de ses préséances. Le meilleur exemple concerne Louis Dufour qui a pourtant gagné en cour justement sur la base de ce principe. Mais pensez-vous que Revenu Québec a remboursé Louis, un vétéran à qui on a fait illégalement et injustement payer une cotisation au régime public de l’assurance-médicament?

Ben non, certainement pas au pays des coquelicots blancs superposés aux rouges.

Partout sur la planète pourtant, le cannabis médical fait bouger

Partout sur la planète, le cannabis médical fait bouger . En mars seulement, le Danemark a annoncé qu’il l’offrira gratuitement à ses citoyens en phase terminale, la Grèce a légalisé sa production et ses produits pharmaceutiques dérivés. Un avant, c’était l’Allemagne, tout comme 13 autres pays européens avant elle.

En janvier dernier, l’Australie, qui a légalisé l’aspect thérapeutique du cannabis en 2016, a décidé de profiter de la manne autrement : elle cherche à aider ses propres producteurs en légalisant les exportations de cannabis médical avec l’objectif avoué d’en devenir le leader mondial. Même l’Afrique a entamé son tournant vert: le Lesotho est récemment devenu le tout premier pays africain à le légaliser.

Et ne peut parler de cannabis médical sans parler d’Israël, fort d’une enviable réputation internationale qui fait de lui «LA référence» mondiale grâce à l’étendue de ses recherches et de ses connaissances scientifiques, notamment en lien avec le SPT militaire: voilà des années qu’il l’étudie et qu’il l’utilise afin de diminuer la souffrance des vétérans israéliens. Même que l’an dernier, l’Armée Israélienne a annoncé un relâchement des mesures disciplinaires à l’égard des militaires en congé qui consomment le cannabis: ainsi ils n’auront plus à faire face à la cour martiale ni à l’emprisonnement de 2 mois comme il continuera d’être le cas pour les militaires qui consomment alors qu’ils sont en fonction. Selon notre perspective canadienne, on pourrait y voir là une forme de confusion entre la consommation à des fins médicales et récréatives mais en réalité, le «relâchement» de l’armée s’inscrit davantage dans les efforts de «dépénalisation» du cannabis entrepris par le pays.»

N’en demeure pas moins que nous pourrions nous en inspirer pour penser à une forme de continuité logique d’un avantage entre la fin du service et ACC: aussitôt qu’un militaire est à l’UISP\JPSU et qu’il a une date de sortie, qu’il ne conduira plus jamais de véhicule ou ne manipulera une arme pour les FAC (et etc..), il devrait avoir sa prescription de cannabis médical payée, comme quand il devient officiellement «ancien combattant». Ce serait reconnaître le médicament pour ce qu’il est: un médicament. On pourrait ainsi s’éviter du ridicule, des mensonges et du stress bien inutiles. Il me semble qu’en partant, c’est ça, «faciliter» une transition. Pourquoi tant de cachoteries?

Le Québec trouve encore le moyen de tourner le dos au cannabis médical

Ben oui! C’est vrai: Les psychiatres des cliniques TSO (version québécoises) n’apprécient pas le «processus»!.

Des militaires en attente de leur sortie qui utilisent le cannabis tout en continuant d’aller chercher leur cocktail de pilules à la pharmacie pour ne pas attirer l’attention, il y en a. Officiellement, ils sont de plus en plus nombreux à se tourner légalement vers le cannabis médical (en le payant de leur poche ou en se servant de la prescription officielle comme mesure de protection légale) avant d’être même d’être officiellement libéré.

Alors que le monde entier accueille le cannabis médical/thérapeutique, le Québec, lui, trouve le moyen de lui tourner le dos. La lecture du sympathique guide du Collège des médecins du Québec sur le cannabis à des fins thérapeutique, fait réaliser à quel point son accès par les médecins québécois est quasi-impossible. Comme pour symboliser notre grand dédain collectif, la presse écrite s’entête à utiliser le mot «pot» à outrance pour y référer, entretenant le stigma. Et le contenu des articles fait continuellement référence à une presse négative. Nul besoin de regarder bien loin: ainsi, au cours des deux dernières semaines seulement, un chroniqueur du journal Les Affaires affirme que «le cannabis rendra le Québec déficitaire» et les citoyens de Gatineau nous rappellent qu’ils craignent les enjeux frontaliers (allez lires les craintes exprimées, ça vaut la peine).

Avez-vous vos petites pilules d’anxiété pas loin? Parce qu’on nous apprend aussi, imaginez-vous donc, que le cannabis est la 3e cause d’intoxication des chiens au Québec et que le Regroupement québécois des résidences pour ainés (RQRA) se sent aussi concerné pas le dossier de la légalisation du cannabis que celui (tenez-vous bien!) du problème de recrutement de personnel dans leurs établissements (imaginez-vous donc!).

De quoi tomber sur le cul: deux semaines d’actualités québécoise et on comprend que c’est l’apocalypse sociale qui nous attend. Le Diable vert est à nos portes et il va rentrer par les ponts de l’Ontario! Ô Québec, là où le cannabis le moins cher se retrouverait, comme Je Me Souviens!

Le cannabis médical «m’a soulagée de ma crainte que mon (ex) mari se suicide»

Dans le cadre de mes conférences, j’explique que le cannabis médical «m’a soulagée de ma crainte que mon (ex) mari se suicide»: pour lui, c’est l’alternative aux pilules qui lui a permis de se débarrasser de l’emprise des effets secondaires qui prenaient toute la place dans sa vie, de ressentir à nouveau des émotions (gelées pendant des années par les pilules..), et surtout, qui lui a permis de créer la brèche émotionnelle qui rend les efforts thérapeutiques véritablement significatifs.

Après près de 4 ans, il connaît sa façon de se médicamenter en fonction de son SPT et de ses douleurs physiques. Malgré sa dépression persistante et son isolement, il a développé un niveau de conscience et de responsabilisation face à son cheminement qui me rendent sincèrement fière de lui. Sans sarcasme aucun, je ne remercierai jamais assez Anciens Combattants Canada de lui avoir permis/de lui permettre de se médicamenter d’une façon qui fait du sens pour lui en payant sa prescription.

Je me souviendrai toujours des larmes de joies que nous avons tous les deux versés lorsqu’il a reçu sa première commande «légale», livrée à la maison. Lui, parce qu’enfin, il allait avoir accès à un «vrai médicament» (contrairement au cannabis qu’il consommait jusque là, de provenance inconnue) et aussi, pour la différence de plusieurs centaines de dollars mensuellement qu’il n’avait plus à débourser. Comme il est sur la Nouvelle Charte, l’impact sur le budget était réel et ressenti. J’ai aussi versé des larmes quand il a ouvert sa première commande: c’était des larmes de bonheur de voir mon mari vivre enfin quelque chose de positif pour lui. Mais cette commande soulageait surtout mon cœur de mère: enfin mon fils de 16 ans était libéré de sa tâche d’être celui qui devait trouver, négocier et transporter du «pot» une once à la fois, avec tous les risques que ça représentait. Avec tout ce que ça impliquait pour lui, dans sa vie.



Oui, je suis coupable

Entre 2007 et 2015, mon (ex) mari mon s’est fait savonné les oreilles par son psychiatre de Sainte-Anne-de-Bellevue qui a cherché à le convaincre par tous les moyens de cesser de «fumer du pot». Les quelques fois que j’ai assisté aux speechs, je n’ai pas pu m’empêcher que de réaliser à quel point il n’était pas compris et écouté, à l’intérieur des murs de son système d’aide à lui, là où il aurait du se sentir en sécurité face à sa blessure et à son cheminement. «Toi, tu sais ce qui marche pour toi. Qu’ils mangent d’la marde», que je lui disais sur le chemin du retour.

Oui, je suis coupable.

Quand il a été admis en stabilisation à Ste-Anne-de-Bellevue, en octobre 2013, on lui a refusé d’en prendre mais surtout, encore une fois, il a eu droit au laïus sur le cannabis. Son acouphène était tellement dans le tapis qu’il m’a appelé à peine 24 heures après son entrée: «Viens me chercher», qu’il m’a dit, sur une voix éteinte. Aussitôt qu’il s’est installé dans l’auto, je lui ai tendu un joint qu’il a fumé comme on avale une aspirine. Puis, je l’ai senti se détendre. D’ailleurs, les notes à son dossier le confirment: «acouphène» y est inscrit plus d’une vingtaine de fois sur une période de 24h.

Oui, je suis coupable.

Tout ce temps-là, ACC aurait pu lui payer sa prescription de cannabis médical mais personne ne le lui a dit. Tout ce temps-là, ce n’était pas de la drogue: c’était un médicament. Pendant toutes ces années, nous avons troqué une certaine qualité de vie contre des compromis qui n’auraient jamais dû être, sur le dos de la légalité mais surtout, sur le dos de notre parentalité.

J’ai été coupable uniquement parce qu’on a tenu mon (ex) mari dans le noir et on qu’on ne l’a pas mis au cœur de son propre rétablissement. Alors qu’il exprimait clairement à tout le monde ce que le cannabis (de rue, à cette époque) faisait pour lui (l’aider à mieux dormir, réduire son acouphène et ses maux de dos, etc..) tout le monde (de son psychologue et de son psychiatre de TSO ainsi que les 6-7-8 gestionnaires de cas d’ACC qu’il a eu) s’est acharné à le faire sentir coupable au lieu de l’informer des choix qu’il pouvait faire. En 2014, c’est par hasard, qu’il a lu qu’il pouvait en avoir «légalement» et qu’ACC allait même payer sa prescription. Pour résumer une longue histoire en quelques mots, il a finit par déboursé 460$ et a patienté des mois avant d’être «en règle».

Les dernières années ont transformé le visage canadien

Plant de cannabis (Photo: Wiki Commons)
Plant de cannabis (Photo: Wiki Commons)
Les dernières années ont transformé le visage canadien de la niche spécifique qui appartient à la clientèle de vétérans en matière d’organisations «facilitatrices» de la relation Vétéran-Producteur-ACC. Ainsi, il y a 4 ans, mon ex-mari a déboursé 460$ et attendu 6 mois pour pouvoir passer sa première commande. Aujourd’hui, un vétéran peut facilement trouver une trouver une organisation qui l’aidera dans ses démarches. Pour sa part, en 2018, entre la remise de ses documents et la réception de sa première commande, mon Vétéran-à-Moi aura attendu 2 semaines et demi et il n’aura pas déboursé un sous.

Chez-nous, au Canada, ce sont les études canadiennes qui font cruellement défaut, victimes en partie de la stigmatisation sociale et de notre propension moderne à se tourner vers les pilules davantage que vers la nature. Mais à sa façon, Anciens Combattants Canada a créé une «brèche» basée, en quelque sorte, sur une erreur bureaucratique en payant 10 grammes/jour à un vétéran au prix demandé par les producteurs entre 2008 et 2017. Maintenant, ACC paye un max de $8,50/grammes pour un max de 3 grammes /jour.

Si vous êtes un vétéran et considérez passer au cannabis médical, sachez que vous ne devriez pas avoir à débourser un seul sous pour obtenir votre prescription. Rappelez-vous surtout de votre spécificité à titre de «client» d’ACC. Par conséquent, je vous souligne l’importance de faire un choix judicieux face à l’entreprise-facilitatrice et le producteur que vous choisirez.

Processus d’obtention d’une prescription, entreprises facilitatrices et producteurs

Concrètement, pour un vétéran, le processus d’obtention d’une prescription est généralement simple : il doit remplir un questionnaire médical et fournir une preuve de ses conditions (ex: le «sommaire des conditions» d’ACC), une copie de sa carte d’assurance-maladie et sa liste de médicaments. Par la suite, une rencontre sera organisée avec un médecin, parfois en personne, parfois par un système similaire à Skype. Le dosage (exprimé en nombre de grammes/jour) sera prescrit à la lumière des conditions médicales existantes, de la connaissance que possède le patient du cannabis (ex: transformation, composition, utilisation, etc..) et à l’entrevue de consultation proprement dite.

Une fois la prescription rédigée, le médecin peut demander un suivi au 3e et/ou au 6e mois.

Pour le reste vous avez le choix: les concepts organisationnels et entrepreneuriaux varient et sont développés/greffés autour de la relation d’affaires Vétérans-ACC-Producteurs. Ainsi, une organisation qui facilite l’accès au cannabis médical de type « pro-vétérans » met en place des services connexes spécifiques aux besoins spécifique en matière de support et d’éducation (groupes de rencontres hebdomadaires, ateliers sur la transformation du cannabis, etc..)

CannaConnect, un joueur important dans la communauté des vétérans québécois, a développé une offre de services par des vétérans ambassadeurs mais surtout, il est le seul à avoir mis en place la structure permettant d’obtenir la fameuse lettre d’exemption demandée par ACC pour les prescriptions au-delà de 3 grammes/quotidiens. D’autres ont articulé leur philosophie, leur environnement et leurs services autour du « brotherhood militaire » en s’adressant directement à ceux qui ont porté l’uniforme comme Spartan Wellness et Marijuana For Trauma.

Depuis peu, Chris Dupree, un vétéran, vient d’ouvrir Cadence Health and Wellness en Ontario, qui offre des services articulés autour d’un concept «tout-inclus» d’une approche qui vise la prise en charge du SPT militaire: sur place, médecins, psychologues, travailleurs sociaux, diététicien(ne)s, massothérapeutes, etc..

Le concept est similaire à ce que propose Trauma Healing Center, plus présent dans la communauté des vétérans des Maritimes.

Apollo, lui, se démarque par son volet de la recherche.

Pour ceux qui s’intéressent à la culture, The Veteran Farmer au Nouveau-Brunswick est un petit bijou mais dont les services sont offerts uniquement en anglais pour l’instant. Mais si vous voulez tout savoir de la pousse des plants de cannabis – incluant l’obtention d’une prescription permettant de faire pousser-, de la science derrière le plant et l’art de la transformation, c’est la place à visiter. Projet initié par un couple de vétéran, leur travail est phénoménal.

The Wellness Soldier (en anglais seulement), c’est Cody, un vétéran blessé par un SPT et sa femme Kaleena. Ce couple se passionne pour la cuisine santé qui met le cannabis à l’honneur : truc et démonstration culinaire en mettant le cannabis à l’honneur.

En ce qui concerne les producteurs encore une fois, vous avez le choix. Règle générale, les entreprises-facilitatrices ont accès à un réseau de producteurs. Je n’ai pas comme objectif de promouvoir un producteur plus qu’un autre mais il est important d’illustrer concrètement ce que veut dire «pro-vétérans» pour établir des bases comparatives.

Par exemple, MedReleaf (populaire dans la communauté des vétérans canadiens) se démarque en couvrant le coût des premières commandes dans l’attente de l’approbation de ACC, éliminant ainsi les impacts du facteur «attente d’une réponse» et surtout, couvre la différence de la limite de $8,50/g qu’ACC paye depuis l’an dernier. Je connais aussi des vétérans qui apprécient BrokenCoast, Tweed (#),…

Évidemment, je vous répète que ces informations ne sont qu’à titre indicatif et vous invite à faire vos propres recherches afin de faire un choix éclairé.

Votre qualité de vie, c’est important.

À vous et à votre famille, Merci de votre service.



Jenny Migneault est une activiste, militante et «advocate». Elle est également membre du comité aviseur sur les familles d'Anciens Combattants Canada et a recu la Mention élogieuse de l'Ombudsman des vétérans. Elle est actuellement en tournée pan-canadienne pour mieux comprendre les enjeux touchant les familles des militaires et des vétérans.

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