L’attaque à la camionnette-bélier à Toronto: ce que l’on sait

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Alek Minassian.

Un homme de 25, Alek Minassian, de Richmond Hill (Ontario, a fauché au volant d’une camionnette des dizaines de personnes lundi sur les trottoirs de Toronto, faisant 10 morts et 15 blessés au centre de la plus grande métropole canadienne.

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Mise à jour 24/04/2018 à 10h12

Alek Miniasian a comparu brièvement en cour ce matin à Toronto pour y être accusé de 10 chefs d’accusation de meurtre au premier degré et de 13 chefs de tentative de meurtre.
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La police n’a pas encore dévoilé le nom et l’âge des victimes.

On ignorait toujours mardi «le mobile exact» et les intentions du «suspect», qui doit comparaître devant un tribunal ce mardi à 10h00, heure de Toronto. On saura àa ce moment quelles accusations seront portées.

Arrêté par la police de Toronto hier après-midi, au terme d’une course folle, détenu et interrogé, Minassian était jusqu’ici inconnu de la police, qui ne détenait aucun dossier sur Alek Minassianne avants le drame d’hier et n’avait pas non plus associé le suspect à quelque organisation ou mouvement que ce soit.

Les autorités privilégient la thèse d’un acte isolé ne visant pas la « sécurité nationale » du Canada.

«Intelligent», «éloquent», réservé, un peu étrange, Minassian, célibataire, habitait Richmond Hill, une banlieue située au nord de Toronto et étudiait au Seneca College depuis 2011 et venait tout juste de terminer un baccalauréat en développement de logiciels.

«Il se cherchait un emploi en tant que finissant. Il était un peu bizarre et ne s’intégrait pas complètement, mais il était intelligent et organisé. Personnellement, je ne l’ai jamais entendu parler de culture, de politique ou de quoi que ce soit du genre», indique un confrère du suspect citée par la presse canadienne, mais qui préfère conserver l’anonymat.

Le point sur le drame

Voici le point sur ce drame, qui « semble clairement délibéré », selon les termes de Mark Saunders, le chef de police de Toronto. Un acte « insensé », pour le Premier ministre Justin Trudeau.

A 13h26 locales (17H26 GMT), la police reçoit un appel sur son numéro d’urgence rapportant des piétons fauchés près de la rue Yonge, « une des rues les plus fréquentées » du Canada, en plein centre de Toronto.

Une camionnette de location blanche roule à vive allure, passant des voies de circulation de la rue Yonge, aux trottoirs où déambulent de nombreux piétons sous le soleil à l’heure du déjeuner, et sur « près d’un kilomètre », selon le chef de la police Mark Saunders.

A 13h52, soit 26 minutes après l’appel à la police, « un homme est arrêté » près de la camionnette stationnée sur le trottoir, l’avant de la carrosserie endommagé.

Après avoir annoncé que 8 à 10 piétons avaient été fauchés par la camionnette, sérieusement blessés, la police diffusait en fin de journée un lourd bilan de 10 morts et 15 blessés, dont quatre dans un état critique et deux dans un état grave.

Les corps des victimes, recouverts d’une couverture orange, étaient dispersés sur plusieurs centaines de mètres. La police poursuivait son travail d’identification tard lundi soir.

La police a identifié le chauffeur de la fourgonnette comme étant Alex Minassian, 25 ans, un résident de Richmond Hill en banlieue nord de Toronto.

La police a indiqué que l’interrogatoire du chauffeur devait permettre de déterminer « le mobile exact » de cet acte. L’homme était inconnu des services de police.

Au moment de son interpellation, il brandissait un objet dans la main gauche et faisait face à un policier que le tenait en joue, selon des images publiées sur les réseaux sociaux.

L’homme a ensuite été menotté au sol par un policier.

« Cet acte semble clairement délibéré », a estimé le chef de la police en expliquant que le chauffeur circulait tantôt sur la chaussée, tantôt sur les trottoirs.

Après avoir consulté les services de renseignement et « à partir de toutes les informations disponibles », le ministre de la Sécurité publique a estimé que « les événements horribles » ne semblent « aucunement liés à la sécurité nationale ». Implicitement, le ministre canadien écartait toute action d’un individu radicalisé.

Deux kilomètres jonchés de cadavres et de débris

La scène de crime semble interminable. A Toronto, sur près de deux kilomètres jonchés de cadavres, de débris et même d’une paire de chaussures abandonnées, une camionnette blanche a semé lundi la mort en pleine journée et en pleine ville.

« J’ai entendu crier, hurler, je me suis retourné et j’ai vu cette camionnette descendre la rue », raconte Rocco Cignielli. « Le conducteur faisait des zigzags, sur le trottoir, sur la chaussée, il continuait à rouler. »

Cet homme de 42 ans, qui travaille dans le service clients d’une enseigne commerciale, voit alors des blessés sur le sol: « On leur faisait des massages cardiaques, deux d’entre eux sont morts là, sous mes yeux ».

Il pointe du doigt des corps qui, deux heures plus tard, sont encore sur le trottoir, recouverts d’un drap d’un orange éclatant sous le soleil printanier de la capitale économique du Canada.

Il y en a plusieurs autres tout au long de la rue Yonge, bordée sur deux kilomètres par un ruban jaune estampillé « Police – Do not cross » (Police – Interdiction de passer).

– Yonge ensanglanté

Nana Agyeman-Badu, un chauffeur de 56 ans, vient de déposer un client. Il voit la camionnette foncer vers le Sud, direction le centre-ville à une dizaine de kilomètres de là, où se tient une réunion ministérielle du G7, les sept pays les plus industrialisés.

« J’ai d’abord pensé à une livraison, mais il allait très vite, sur le trottoir », se souvient-il. Il voit alors une femme se faire projeter par le véhicule-bélier contre un abribus, dont « les vitres éclatent en morceau et s’effondrent » sur la victime, inconsciente, continue cet homme qui se porte ensuite à son secours.

Mais la camionnette poursuit sa course, « encore, et encore et encore ».

Elle renverse une bouche à incendie jaune, des distributeurs de journaux. Plus loin, au milieu de la rue, une paire de baskets sont encore à même le sol, à quelques mètres d’un cadavre. « Elles appartiennent à la victime », glisse un policier.

« Je l’ai vu conduire comme un fou sur tous ces gens », lance un autre témoin, qui pense alors instantanément à « ce qui s’est passé à Londres, à Nice », où des attentats djihadistes ont fait de nombreux morts avec un mode opératoire similaire.

Une attaque insensée

Le premier ministre Justin Trudeau a fait ce matin une déclaration au sujet de l’attentat mortel de fourgonnette survenu à Toronto où il a qualifié d’«attaque insensée » et de « tragédie horrible » l’incident qui a fait 10 morts et 15 blessés la veille, à Toronto.

Le premier ministre a insisté pour dire qu’il est «assez clair» qu’il n’y a pas de connexion à la sécurité nationale du pays, même s’il faudra encore du temps pour comprendre les motivations du suspect.

Il a toutefois admis qu’il faut «réfléchir aux circonstances changeantes de notre monde». On devra trouver comment augmenter la sécurité tout en restant fidèles aux valeurs que nous chérissons en tant que Canadiens, a-t-il déclaré.

Le premier ministre a ajouté qu’il ne faut pas vivre dans la peur et «rester un pays ouvert et libre». L’incident de lundi ne change rien au niveau d’alerte au pays, a-t-il précisé, comme l’avait fait la veille son ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale.

Le premier ministre Trudeau a offert ses sincères condoléances aux victimes et à leurs proches et salué les premiers répondants, dont les efforts ont certainement contribué à sauver des vies.

Le chef de l’Opposition officielle, Andrew Scheer, a également offert ses condoléances aux proches des victimes, déclarant pour sa part que «la sécurité des Canadiens doit être la priorité première de tout gouvernement» et que « l’individu responsable de cette attaque horrible doit être poursuivi avec toute la rigueur de la loi».

*Avec AFP

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