Attaque chimique présumée en Syrie: ce que l’on sait

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Une capture d’écran d’une vidéo diffusée par des secouristes dans la poche rebelle de Douma près de Damas, montre un volontaire non identifié tenant un bébé avec un masque d’oxygène dans un hôpital après une attaque chimique présumée attribuée au régime, le 8 avril 2018. (AFP)

Une attaque chimique présumée dans la ville syrienne de Douma, dernier bastion rebelle aux abords de Damas, a déclenché une tempête de condamnations sur la scène internationale, les Etats-Unis et la France faisant même planer la menace de frappes en Syrie.

Le régime de Bachar al-Assad, défendu par ses alliés indéfectibles, Moscou et Téhéran, a immédiatement démenti toute responsabilité, alors qu’il a été pointé du doigt par des rebelles, mais surtout les Casques blancs, ces secouristes en territoire insurgé.

Voici les principales accusations contre le régime, les faits tels qu’ils ont pu être reconstitués, sur la base de témoignages recueillis auprès de sources à Douma contactées par l’AFP.

Les forces du régime empêchent tout accès à Douma, et les journalistes ne peuvent pas vérifier de manière indépendante ces accusations. L’AFP n’a plus de correspondants dans la ville, où les communications sont également régulièrement coupées.

Samedi, l’alerte a été donnée par les secouristes des Casques blancs, dont les accusations ont été appuyées par l’ONG médicale Syrian American Medical Society (SAMS), qui apportait un soutien logistique aux cliniques de la Ghouta orientale, à l’est de Damas.

Au total, les Casques blancs et SAMS évoquent dans un communiqué commun plus de quarante personnes tuées, ainsi que plus de 500 patients qui présentent les « symptômes d’une exposition à un agent chimique ».

Ils souffraient notamment de « difficultés respiratoires, de « brûlures de la cornée », « une mousse excessive » s’échappaient de leur bouche et ils dégageaient « une odeur semblable à celle du chlore ».

Certains symptômes suggèrent une exposition au gaz de chlore, tandis que d’autres évoquent un agent neurotoxique bien plus puissant, comme le gaz sarin, selon un responsable de SAMS, Mohammed Kattoub, qui n’est pas basé à Douma mais communique régulièrement avec les équipes médicales sur le terrain.

« Cela pourrait signifier deux attaques distinctes, ou alors qu’un mélange de substances a été utilisé », souligne-t-il.

Mohamed, un médecin de Douma contacté par l’AFP rapporte des symptômes similaires.

« Les premiers blessés ont commencé à arriver samedi par vagues, aux alentours de 19H15 — femmes, hommes et enfants. Ils sont arrivés en suffoquant, il y avait une forte odeur de chlore », assure-t-il.

« Même certains membres du personnel médical ont été affectés et avaient besoin d’oxygène », a-t-il souligné, précisant que certains patients sont arrivés morts à l’hôpital.

Une vidéo postée par les Casques Blancs et présentée comme tournée après l’attaque présumée à Douma a montré un enchevêtrement de corps sans vie, dont ceux de femmes et d’enfants, le teint cireux, allongés à même le sol, de la mousse blanche s’échappant de leur bouche.

L’observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), qui dispose pourtant d’un vaste réseau de sources à travers la Syrie en guerre, n’a pas été en mesure de confirmer l’attaque.

Il a toutefois rapporté la mort de 21 personnes par suffocation, expliquant qu’au moment des frappes, elles étaient coincées dans des espaces faiblement ventilés.

L’attaque présumée est intervenue alors que le régime avait repris deux jours durant, vendredi et samedi, son déluge de feu meurtrier sur Douma. Près d’une centaine de civils ont été tués, selon l’OSDH.

L’objectif: pousser les rebelles de Jaich al-Islam, dernière faction présente dans la Ghouta, à abandonner leur fief et à accepter un accord d’évacuation.

Les bombardements étaient tellement intenses qu’un volontaire du croissant rouge à Douma a indiqué à l’AFP que son équipe ne pouvait pas se déplacer sur les sites des frappes pour évacuer les blessés.

Confronté par le passé à des accusations similaires, le régime syrien avait inlassablement démenti. Cette fois encore, il a dénoncé des « fabrications », et une même « rengaine ennuyeuse et pas convaincante ».

Une fois n’est pas coutume, l’indéfectible allié russe est venu à la rescousse du régime.

« Nos spécialistes militaires se sont déjà rendus sur place (…) Ils n’ont découvert aucune trace de chlore ou d’une quelconque substance chimique utilisée contre les civils », a assuré le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov.

Mi-mars, Moscou avait accusé les rebelles syriens de préparer des « provocations » aux armes chimiques en Ghouta orientale pour servir de prétexte à des frappes de la coalition internationale menée par les Etats-Unis, y compris à Damas.

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