Attaque chimique présumée en Syrie, Trump veut faire payer « le prix fort »

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De la fumée s’élève au-dessus de la ville de Douma, dernière ville rebelle dans la Ghouta orientale, après une frappe du régime syrien, le 7 avril 2018. (AFP/STRINGER)

Un bombardement au gaz toxique imputé au régime syrien et ayant fait des dizaines de morts à Douma, a provoqué un tollé international dimanche, le président américain Donald Trump avertissant qu’il faudrait « payer le prix fort » pour cette « attaque chimique insensée ».

Le régime de Bachar al-Assad et son allié russe ont tous deux démenti une attaque chimique samedi à Douma, ultime poche rebelle dans la Ghouta orientale, cette région clé aux portes de Damas que les prorégime cherchent coûte que coûte à reprendre totalement.

Les menaces à peine voilées de M. Trump interviennent juste un an après que le président américain a ordonné le lancement de 59 missiles de croisière sur une base du régime syrien, en représailles à une attaque chimique qui avait tué en avril 2017 plus de 80 civils à Khan Cheikhoun dans la province d’Idleb, dans le nord-ouest du pays en guerre.

« De nombreux morts, y compris des femmes et des enfants, dans une attaque CHIMIQUE insensée en Syrie », a tweeté M. Trump, assurant qu’il faudra en « payer le prix fort ». Il a pointé du doigt la « responsabilité » de la Russie et de l’Iran, un autre soutien de M. Assad qu’il a qualifié « d’animal ».

Les Casques Blancs, des secouristes en zones rebelles, un groupe insurgé ainsi que l’opposition en exil ont accusé le régime d’avoir mené une attaque chimique samedi à Douma.

Dans un communiqué conjoint, les Casques Blancs et l’ONG médicale Syrian American Medical Society (SAMS) ont affirmé que 48 personnes avaient péri dans cette attaque aux « gaz toxiques ». Ils ont également fait état de « plus de 500 cas, la plupart des femmes et des enfants », qui présentent « les symptômes d’une exposition à un agent chimique ».

– « Instruments d’extermination » –

Une vidéo postée par les Casques blancs sur Twitter et présentée comme tournée après l’attaque chimique présumée montre un enchevêtrement de corps sans vie, dont ceux de femmes et d’enfants, allongés à même le sol, les yeux parfois écarquillés et de la mousse blanche s’échappant de leur bouche.

Firas al-Doumi, un secouriste à Douma a évoqué « des scènes effroyables ». « Il y avait de nombreuses personnes en train de suffoquer, certaines sont mortes immédiatement », a-t-il dit à l’AFP. « C’était un massacre. Il y avait une très forte odeur qui a entraîné des difficultés respiratoires chez les secouristes ».

Il n’était pas possible de confirmer ces informations de source indépendante. Le régime a qualifié ces accusations de « farce » et de « fabrications ». Moscou a « démenti fermement cette information ».

L’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), qui dispose d’un réseau de sources dans le pays, a lui indiqué ne pas être en mesure de confirmer une attaque chimique.

Ce drame a suscité un concert d’autres condamnations internationales.

« Il n’y a pas une bonne guerre et une mauvaise, et rien, rien ne peut justifier l’usage de tels instruments d’extermination contre des personnes et des populations sans défense », a dit le pape François devant des milliers de fidèles place Saint-Pierre.

La Grande-Bretagne a estimé que « si cette nouvelle utilisation d’armes chimiques par le régime est confirmée, il s’agirait d’un nouvel exemple de la brutalité du régime d’Assad ».

La Turquie, parrain de groupes rebelles, a dit soupçonner « fortement » le régime d’être responsable de l’attaque présumée « dont les antécédents en matière de recours aux armes chimiques sont connus ».

Et le patron de l’ONU Antonio Guterres s’est dit « particulièrement alarmé » par le recours présumé au gaz.

Depuis le début du conflit en Syrie en 2011, les forces en présence, en particulier celles du régime de Bachar al-Assad, ont été accusées à de nombreuses reprises d’avoir eu recours à des armes chimiques.

– Nouvelles accusations –

Les Casques Blancs, des secouristes en zones rebelles, un groupe insurgé et l’opposition en exil ont accusé le régime d’avoir mené une attaque chimique samedi à Douma, ultime poche rebelle dans la Ghouta orientale.

Dans un communiqué, les Casques Blancs et l’ONG médicale Syrian American Medical Society ont affirmé que 48 personnes avaient péri dans cette attaque aux « gaz toxiques », et ont fait état de « plus de 500 cas, la plupart des femmes et des enfants », qui présentent « les symptômes d’une exposition à un agent chimique ».

Le régime syrien a démenti une telle attaque de même que son allié russe.

L’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) a dit ne pas être en mesure de confirmer une attaque chimique.

Dimanche, les États-Unis ont dénoncé une possible attaque chimique à Douma et le pape François a affirmé que « (…) Tant de personnes sont frappées par les effets des substances chimiques contenues dans les bombes » en Syrie.

Depuis 2014, l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) dit avoir enquêté sur 70 cas d’attaques au gaz en Syrie, sur un total de 370 signalements.

– Gaz sarin –

En juillet 2012, le régime reconnaît pour la première fois posséder des armes chimiques.

En août 2013, le régime mène des attaques dans la Ghouta orientale et à Mouadamiyat al-Cham, près de Damas. L’opposition accuse le régime d’avoir eu recours à des gaz toxiques, ce qu’il dément.

Les États-Unis affirment avoir la « forte certitude » que le régime est responsable de cette attaque qui a fait selon eux au moins 1.429 morts, dont 426 enfants.

Le 14 septembre, un accord américano-russe à Genève sur le démantèlement de l’arsenal chimique de la Syrie d’ici mi-2014 est signé, repoussant la perspective de frappes envisagées par Washington et Paris pour « punir » le régime.

Mi-septembre, l’ONU publie un rapport selon lequel des « preuves flagrantes » de l’utilisation de gaz sarin ont été trouvées.

– Chlore, gaz moutarde –

Fin août 2016, une commission d’enquête de l’ONU et de l’OIAC affirme que des hélicoptères militaires syriens ont répandu du gaz de chlore sur au moins deux localités de la province d’Idleb (nord-ouest), à Talmenes en 2014 et Sarmine en 2015.

Elle accuse en outre le groupe jihadiste État islamique (EI) d’avoir utilisé en 2015 du gaz moutarde à Marea, dans la province d’Alep (nord).

En octobre 2016, un rapport de cette même commission conclut que l’armée syrienne a mené une attaque à l’arme chimique, sans doute du chlore, à Qmenas (province d’Idleb) en 2015.

– Khan Cheikhoun –

Le 4 avril 2017, un raid aérien frappe Khan Cheikhoun, localité contrôlée par des rebelles et des jihadistes dans la province d’Idleb, faisant 83 morts selon l’ONU, au moins 87 selon l’OSDH.

Selon des médecins, les symptômes relevés sont similaires à ceux constatés sur des victimes d’une attaque chimique.

En représailles, Donald Trump ordonne des frappes sur la base aérienne syrienne d’Al-Chaayrate (centre), dans la nuit du 6 au 7 avril.

Les experts de l’OIAC et de l’ONU confirmeront que du gaz sarin a été utilisé et que le régime est responsable de l’attaque. Ce dernier dément.

– Ghouta, Saraqeb –

Le 22 janvier 2018, l’OSDH rapporte 21 cas de suffocation à Douma.

Des habitants et des sources médicales évoquent une attaque au chlore. Le 13 janvier, une attaque similaire avait visé la périphérie de la ville.

Le 4 février, 11 cas de suffocation sont rapportés à Saraqeb (province d’Idleb). L’OSDH cite des habitants et des médecins faisant état d’un « gaz toxique ».

Le 25, 14 cas de suffocation, dont celui d’un enfant décédé, sont rapportés après un bombardement du régime dans la Ghouta orientale. Un médecin évoque des « soupçons d’utilisation du chlore ».

Le 7 mars, l’OSDH indique qu’au moins 60 personnes ont souffert de difficultés respiratoires à Saqba et Hammouriyé, dans la Ghouta.

– Mise en scène –

La Russie a accusé mi-mars les rebelles de chercher à mettre en scène des attaques chimiques qui serviraient de prétexte à des frappes occidentales.

Elle a assuré avoir découvert un laboratoire dans un village repris aux rebelles.

Dimanche, elle a dit être prête, une fois les rebelles évacués de Douma, « à envoyer des spécialistes pour recueillir les données qui confirmeront que ces assertions sont montées de toutes pièces ».

– Accord sur Douma –

Grâce à l’appui militaire de Moscou, le régime contrôle déjà plus de la moitié de la Syrie, ravagée par une guerre qui a fait plus de 350.000 morts en sept ans.

Il a été maintes fois accusé de mener des attaques chimiques contre des régions rebelles, ce qu’il a toujours nié.

Déterminé à faire plier le groupe rebelle Jaich al-Islam, le dernier encore présent dans la Ghouta orientale et retranché à Douma, le pouvoir a, après l’échec d’une première session de négociations, de nouveau bombardé intensément vendredi et samedi la ville tuant près d’une centaine de civils, selon l’OSDH.

Le régime a semble-t-il obtenu gain de cause. Selon l’agence officielle syrienne SANA, un accord pour évacuer dans les prochaines 48 heures les rebelles de Douma, a été conclu dimanche avec Jaich al-Islam.

Le groupe rebelle n’a pas réagi dans l’immédiat à cette annonce mais selon SANA, des dizaines de bus sont entrés à Douma en prévision des départs vers le nord syrien. Jusqu’à présent, Jaich al-Islam avait dit vouloir rester dans la Ghouta.

Grâce à des accords d’évacuation négociés par Moscou ces dernières semaines, plus de 46.000 combattants de deux autres groupes rebelles et des civils ont quitté la Ghouta pour Idleb, une des provinces échappant presque entièrement au régime.

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