Attentats en Afghanistan: des dizaines de morts dont 10 journalistes

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Des policiers afghans après un attentat suicide, le 29 septembre 2017 à Kaboul. (Archives/Noorullah Shirzada/AFP)

Au moins 37 personnes, dont un photographe de l’AFP et neuf autres journalistes, sont mortes lundi en Afghanistan dans une série d’attentats meurtriers à Kaboul et dans le sud du pays.

Un double attentat suicide a frappé la capitale tôt lundi, faisant au moins 25 morts dont le chef photographe de l’AFP à Kaboul, Shah Marai. Huit autres journalistes ont également été tués lors de la deuxième déflagration au milieu des reporters.

Il a été suivi par un autre attentat suicide à Kandahar (sud) qui a tué onze enfants, et par le meurtre par balles d’un reporter afghan de la BBC en langue pachtoue à Khost, dans le sud-est de l’Afghanistan.

Le double attentat de Kaboul a été revendiqué par le groupe Etat islamique (EI), qui a dénoncé dans un communiqué les « apostats des forces de sécurité et des médias ». Les deux explosions ont fait au moins 25 morts et 49 blessés selon le ministère de l’Intérieur.

L’organisation Reporters sans Frontières (RSF) et le Centre des journalistes d’Afghanistan (AJC) ont recensé neuf journalistes tués, dont Shah Marai, chef photographe du bureau de l’AFP à Kaboul.

« Il s’agit de l’attaque la plus meurtrière (contre des journalistes, ndlr) depuis la chute des talibans en décembre 2001 », souligne RSF dans un communiqué. Il « visait sciemment la presse », estime l’ONG.

La première attaque visait apparemment le siège des services de renseignements afghans, le NDS, cible récurrente des insurgés.

Arrivé rapidement sur les lieux pour « couvrir » l’attentat, comme il le faisait lors de chaque attaque, Shah Marai a été tué par la deuxième déflagration, survenue une trentaine de minutes après la première.

Shah Marai, 48 ans, travaillait pour le bureau de l’AFP à Kaboul depuis 1996 et en était devenu un pilier. Grand gaillard mince aux yeux très bleus, il avait largement contribué à la couverture de l’Afghanistan lorsque le pays était sous le régime taliban et à celle de l’invasion américaine de 2001, et à tous les rebondissements qui ont suivi.

« J’ai appris tout seul la photographie, donc je cherche toujours à m’améliorer. Et maintenant mes photos sont publiées dans le monde entier », relevait-il.

Huit autres journalistes présents, selon l’AJC confirmée par RSF, ont été fauchés par cette explosion. Tous travaillaient pour une radio ou des télévisions afghanes, dont un pour la chaîne Tolo News déjà très éprouvée par un attentat revendiqué par les talibans en 2016, qui avait fait sept morts parmi ses employés.

Selon une source sécuritaire, le kamikaze qui a visé la presse s’était glissé parmi les reporters, faussement « muni d’une caméra ».

« Le kamikaze s’est fait exploser parmi les journalistes », a précisé le porte-parole de la police de Kaboul, Hashmat Stanikzai.

Les deux autres attentats n’ont pas été revendiqués.

Talibans et EI

« Cette tragédie nous rappelle le danger auquel nos équipes doivent sans cesse faire face sur le terrain et le rôle essentiel des journalistes pour la démocratie », a réagi Fabrice Fries, PDG de l’AFP.

« Nous sommes anéantis par la mort de notre photographe Shah Marai, qui témoignait depuis plus de quinze ans de la tragédie qui frappe son pays. La direction de l’AFP salue le courage, le professionnalisme et la générosité de ce journaliste qui avait couvert des dizaines d’attentats avant d’être lui-même victime de la barbarie », a déclaré Michèle Léridon, directrice de l’Information de l’AFP.

De nombreux messages de sympathie et de condoléances ont afflué au bureau de l’AFP Kaboul, dont un autre journaliste, Sardar Ahmad, avait été tué en mars 2014 avec toute sa famille dans un attentat taliban. Seul l’un de ses enfants, alors âgé de trois ans, en avait réchappé.

Sardar était un très proche ami de Shah Marai, qui lui-même laisse six enfants dont le dernier âgé d’à peine quelques semaines.

Attaques à Khost et Kandahar

En fin de matinée, un nouvel attentat, perpétré par une voiture conduite par un kamikaze, a tué onze enfants qui s’étaient regroupés autour d’un convoi militaire de l’Otan, près de l’aéroport de Kandahar, dans le sud, a rapporté le porte-parole du gouverneur provincial, Said Aziz Ahmad Azizi, à l’AFP.

Seize personnes ont été blessées dont huit soldats roumains et deux policiers afghans dans cette opération, qui n’a pas été revendiquée.

Un reporter afghan de la BBC en pachtou a par ailleurs été tué par balles lundi à Khost dans le sud-est de l’Afghanistan, a annoncé la radio-télévision britannique à Kaboul.

« C’est avec une immense tristesse que la BBC confirme la mort de notre reporter afghan Ahmad Shah à la suite d’un attentat », indique la BBC dans un communiqué.

Ces attaques surviennent alors que les talibans ont officiellement lancé mercredi leur offensive de printemps, rejetant ainsi implicitement de récents appels du gouvernement afghan à entamer des négociations de paix.

Kaboul est devenue selon l’ONU l’endroit le plus dangereux d’Afghanistan pour les civils, avec depuis un an une recrudescence des attentats d’ampleur, généralement perpétrés par des kamikazes et tour à tour revendiqués par les talibans ou le groupe Etat islamique.

Ainsi, les attaques visant délibérément les civils ont fait deux fois plus de victimes sur les trois premiers mois de 2018 – 763 tués, 1.495 blessés – que pour la même période de 2017.

La dernière en date dans la capitale, le dimanche 22 avril, a fait près de 60 morts et 20 blessés dans un quartier à majorité chiite.

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