Le colonel Jay Janzen qualifie le débat sur la mission au Mali d’insensé

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Agissant sur une zone grande comme l’Europe, l’opération Barkhane représente un défi logistique majeur, notamment en termes de carburant. Le Service des essences des armées (SEA) est chargé d’assurer la permanence de l’approvisionnement des véhicules et aéronefs de la force déployés sur l’ensemble des pays du G5 Sahel. (État major des Armées françaises)

Alors qu’il y a déjà plus d’un mois que le ministre de la Défense Harjit Sajjan a annoncé le déploiement d’une force opérationnelle aérienne forte de six hélicoptères accompagnés du personnel nécessaire auprès de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) et que le débat sur les dangers et la nature de la mission continue de faire rage, le directeur des communications stratégiques des Forces armées a qualifié ce débat d’insensé.

Le colonel Jay Janzen a déclaré vendredi dernier que la question de savoir si la mission était une mission de combat ou non était «insensée» et que ce sont plutôt d’autres questions, plus précises, qui devraient être posées, notamment les détails sur le coût, le risque et la durée de la mission.

L’opposition conservatrice a pour sa part riposté, rappelant à l’officier d’affaires publiques qu’ils ont le droit et le devoir, en tant que députés de l’opposition, de demander si le Mali est une mission de combat ou pas. Le porte-parole conservateur en matière de défense, James Bezan, a quant à lui répliqué qu’«il est arrogant et insultant de dénigrer les questions légitimes des parlementaires et des Canadiens. Nous avons le droit de savoir.  »

Sajjan a annoncé que le Canada enverrait à la mission des Nations Unies au Mali deux hélicoptères Chinook et quatre hélicoptères Griffon armés pour les escorter.

Depuis, les mauvaises nouvelles sur la mission de stabilisation de l’ONU au Mali, déjà réputée pour être la plus meurtrière de toutes, ne cessent de s’accumuler.

La force opérationnelle aérienne canadienne doit servir simplement à déplacer des Casques bleus, mais certains craignent qu’elle se retrouve au cœur de la tourmente, d’autant qu’on ne sait pas vraiment si elle ne pourrait pas être appelée, si on n’y prend pas garde, à participer également à des opérations de contre-terrorisme.

Le déploiement canadien se fait, certes, dans le cadre de la MINUSMA, mais, en décembre 2017, l’ONU a adopté une résolution autorisant les Casques bleus au Mali à apporter un soutien logistique et opérationnel à la force antidjihadiste naissante G5-Sahel, ce qui pourrait entraîner les Canadiens dans des opérations nettement plus risquées.

Le G5 Sahel, dont les membres sont le Burkina Faso, le Tchad, la Mauritanie, le Niger et le Mali, a pour mission de combattre les djihadistes et les groupes criminels transfrontaliers dans une large zone de l’Afrique de l’Ouest au sud du désert du Sahara.

La force a été initiée par la France, qui mène également depuis août 2014 au Sahel et au Sahara l’Opération Barkhane qui vise à lutter contre les groupes armés salafistes djihadistes dans toute la région du Sahel et qui succède à l’opération Serval menée au Mali de janvier 2013 à juillet 2014 et par laquelle par laquelle l’armée française, aidée des forces maliennes, a libéré le Nord du Mali dont s’était emparé les djihadistes.

Selon la résolution de l’ONU rédigée par la France, le soutien de la MINUSMA au G5-Sahel s’exercera dans les domaines de l’évacuation médicale, du ravitaillement en carburant, en eau et en rations alimentaires. Les Casques bleus pourront aussi mettre à disposition de la force G5-Sahel leurs unités d’ingénierie lors de l’établissement de camps de base des unités antidjihadistes.

En principe, toutefois, la contribution logistique et opérationnelle de l’ONU à la force transfrontalière G5-Sahel au Mali n’interviendra qu’à condition qu’elle ne porte pas préjudice à la mission des Casques bleus, une mission de paix dont les objectifs sont d’aider à l’application de l’accord de paix conclu avec des groupes armés du Nord, la stabilisation et le rétablissement de l’autorité du gouvernement de Bamako sur le nord et le centre du pays.

Le ministre Sajjan n’ayant toujours pas précisé les détails de la participation canadienne à la mission, l’opposition conservatrice à Ottawa reste donc très inquiète: «Il y a juste tellement de trous et de questions sans réponses sur cette mission que nous sommes encore très inquiets», déclarait ce mois-ci le critique conservateur en matière de Défense James Bezan, dont le parti réclame toujours un débat et un vote sur la mission canadienne au Mali en Chambre.

Le gouvernement canadien n’a quant à lui toujours pas précisé quelle pourrait être l’articulation entre ses forces, le G5 Sahel et l’opération Brakhane.

Le plus important n’est peut-être pas de savoir si on peut, ou non, étiqueter la participation canadienne à la mission de stabilisation de l’ONU de «mission de combat», mais d’avoir réponse aux questions légitimes des Canadiens pour évaluer les dangers auxquels s’exposeront nos troupes.

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