Le Canada annonce à Bruxelles un financement pour l’aide humanitaire en Syrie et au Liban

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Des déplacés syriens dans un camp de réfugiés à Manjib, au nord de la Syrie, le 8 mars 2017. (AFP/Archives/DELIL SOULEIMAN)

Alors que se mobilise la communauté internationale réunie à Bruxelles lors de la deuxième conférence «Soutenir l’avenir de la Syrie et de la région», qui a eu lieu les 24 et 25 avril 2018, et appelle à la reprise des pourparlers de paix, le Canada annonce un financement pour l’aide humanitaire en Syrie et au Liban.

Le conflit au Moyen-Orient continue de toucher des millions de personnes vulnérables en Syrie et dans les pays voisins, y compris le Liban.

Au nom de la ministre du Développement international et de la Francophonie, Marie-Claude Bibeau, le secrétaire parlementaire de la ministre des Affaires étrangères, Omar Alghabra, a annoncé aujourd’hui un financement de 19,5 millions de dollars pour répondre aux besoins humanitaires en Syrie et au Liban.

La contribution du Canada aidera à répondre aux besoins fondamentaux des personnes touchées par la crise en Syrie et au Liban, notamment en leur fournissant des services complets de santé, d’approvisionnement en eau, d’assainissement, d’hygiène et de protection, explique Affaires mondiales dans un communiqué aujourd’hui annonçant cette aide. Cette aide répond également aux droits et aux besoins particuliers des femmes et des filles touchées par la crise, car elle leur fournit des services spéciaux de protection et de santé reproductive.

Les sommes annoncées aujourd’hui font partie de l’enveloppe de financement annoncée le 8 février 2016 par le premier ministre Justin Trudeau dans le cadre de la réponse du gouvernement du Canada aux crises en Irak et en Syrie et à leurs effets sur la Jordanie et le Liban, précise le communiqué.

Le Canada a engagé 1,6 milliard de dollars sur trois ans, dont 840 millions de dollars en aide humanitaire.

«Des millions de personnes touchées par le conflit en Syrie ont encore besoin d’aide urgente, et beaucoup luttent pour satisfaire à leurs besoins fondamentaux. Le financement annoncé aujourd’hui fournira une aide indispensable afin d’aider à répondre aux besoins des personnes – trop souvent des femmes et des enfants – qui sont les plus durement touchées par cette tragédie ainsi qu’à alléger certaines de leurs souffrances.», a déclaré le secrétaire parlementaire de la ministre canadienne des Affaires étrangères.

Document d’information
De : Affaires mondiales Canada

Le financement de 19,5 millions de dollars annoncé par le Canada aidera les partenaires humanitaires expérimentés à fournir une aide vitale à des millions de personnes en Syrie et au Liban qui sont touchées par le conflit syrien.

Syrie – 17,5 millions $

Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP): 5 millions de dollars supplémentaires pour un projet actuel de l’UNFPA en Syrie. Le soutien du Canada au FNUAP aide à fournir aux personnes touchées par les conflits des services de santé sexuelle et reproductive, ainsi que des services de lutte contre la violence fondée sur le genre. Le Canada contribue aussi à combler les principales lacunes de la réponse humanitaire à la forte augmentation des déplacements internes ces derniers mois. Le Canada fournit un soutien flexible qui permet à l’UNFPA d’affecter des fonds et de répondre aux besoins partout en Syrie, à mesure qu’ils se manifestent.

Bureau de la coordination des affaires humanitaires (BCAH): 5 millions de dollars pour soutenir le Fonds humanitaire syrien (4 millions de dollars) et le Fonds humanitaire turc (1 million de dollars), qui s’efforcent de fournir une aide vitale immédiate partout en Syrie, à mesure que les besoins se font sentir.

ONG: Financement supplémentaire de 7 millions de dollars à quatre ONG partenaires pour la prestation de services de santé complets, notamment en matière de violence sexuelle et fondée sur le genre et de santé sexuelle et reproductive, des services d’approvisionnement en eau, d’assainissement et d’hygiène, ainsi que des services de protection.

Remarque : Pour des raisons de sécurité, l’identité des ONG partenaires qui travaillent en Syrie est gardée secrète.

Organisation internationale pour les migrations (OIM) : 500 000 $ pour la mise en place d’un mécanisme humanitaire interinstitutions visant à prévenir l’exploitation et les abus sexuels commis par les travailleurs humanitaires et à y répondre.

Liban – 2 millions $

UNICEF – 2 millions de dollars supplémentaires au Liban pour la prestation de services d’urgence d’approvisionnement en eau et d’assainissement aux ménages vulnérables, y compris les réfugiés vivant dans des campements informels.

Les engagements de la communauté internationale

La communauté internationale, qui devait mobiliser mercredi plusieurs milliards en faveur des millions de déplacés et réfugiés syriens, a également exhorté la Russie et l’Iran à faire pression sur Damas pour négocier la fin d’une guerre entrée dans sa huitième année.

« Nous avons besoin que la Russie et l’Iran exercent une pression sur le régime de Damas afin qu’il accepte de s’asseoir à la table des négociations menées sous les auspices de l’ONU », a déclaré la cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini à son arrivée pour la seconde journée de la conférence des donateurs.

« Nous pensons que la seule paix durable pour la Syrie sera liée à un processus politique sous les auspices de l’ONU », a réaffirmé Mme Mogherini.

Le représentant de la Russie, Vladimir Chizov, a quant à lui regretté l’absence de responsable du régime syrien à Bruxelles. « Je pense que c’est un inconvénient de cette conférence. Je pense que c’est une erreur », a-t-il estimé.

Le processus de Genève en panne

Les négociations engagées à Genève n’ont guère progressé en huit cycles, car le régime de Bachar al-Assad n’est pas pressé de traiter avec ses opposants, divisés et affaiblis sur le terrain.

Le soutien militaire de Moscou et de Téhéran lui a permis de reprendre l’offensive et de s’emparer de plusieurs zones rebelles.

Les agissements de Moscou ont été dénoncés par Penny Mordaunt, ministre britannique du Développement. « En exerçant son veto de l’ONU 12 fois sur la Syrie, (la Russie) a donné un feu vert à Assad pour perpétrer des atrocités contre son propre peuple », a-t-elle accusé.

« Nous sommes ici pour répondre aux besoins humanitaires urgents en Syrie et dans l’ensemble de la région, mais nous savons tous ici que la seule solution pour mettre fin aux souffrances est un règlement politique qui apporte la paix », a plaidé Mme Mordaunt.

« Sans une transition politique crédible et durable, il ne saurait être question du financement de la reconstruction en Syrie », a pour sa part affirmé le secrétaire d’Etat français auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Baptiste Lemoyne.

« Nous devons dire non, empêcher la communauté internationale de devenir complice de ces crimes, ce qu’elle ne manquerait pas de devenir si elle s’engageait sur la voie des incitations économiques ou du financement d’actions de relèvement précoce dans les zones sous contrôle du régime », selon Paris.

Catastrophe humanitaire

L’envoyé spécial de l’ONU Staffan de Mistura a mis en garde mardi contre une nouvelle catastrophe humanitaire imminente dans la province d’Idleb, frontalière de la Turquie, où vivent plus de 2,5 millions de personnes dont une moitié de déplacés.

L’ONU espère réunir huit milliards de dollars (7,3 milliards de dollars) pour venir en aide aux 6,1 millions de personnes déplacées à l’intérieur de la Syrie et à plus de cinq millions de Syriens réfugiés dans les pays voisins, notamment en Turquie.

« Nous sommes désespérément à court de ressources », a déploré mardi le chef de l’agence d’aide de l’ONU, l’UNOCHA, Mark Lowcock. L’ONU n’a réussi à mobiliser que la moitié des fonds dont elle avait besoin en 2017. Or les promesses de dons avaient totalisé 7,5 milliards d’euros pour cette période.

Les organisateurs de la conférence espèrent recueillir au total 9 milliards de dollars US. Quelque 3,5 milliards de dollars sont nécessaires pour l’aide humanitaire en Syrie et 5,6 pour soutenir les réfugiés dans les pays voisins, a précisé M. Lowcock.

L’UE va s’engager à hauteur de 560 millions d’euros, au même niveau que l’an dernier, a indiqué Mme Mogherini.

« L’Allemagne mettra à disposition un milliard d’euros supplémentaires pour 2018 et les années suivantes », a annoncé mercredi le ministre des Affaires étrangères Heiko Maas.

La France va allouer près de 250 millions d’euros de dons et 850 millions d’euros de prêts pour la période 2018-2020, a pour sa part précisé Jean-Baptiste Lemoyne.

« Les promesses de dons seront un indicateur de l’engagement international », soutiennent les responsables européens à Bruxelles. « Mais nous constatons qu’une certaine lassitude s’installe », ont-ils déploré.

*Avec AFP

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