Corées: le président sud-coréen veut un traité de paix

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Le président sud-coréen Moon Jae-In, le 10 mai 2017 à Séoul. (Archives/Jung Yeon-Je/AFP/Pool/

Le président sud-coréen Moon Jae-in a souhaité la conclusion d’un traité de paix pour mettre fin officiellement à la guerre de Corée, à l’approche d’un sommet avec Kim Jong-un, le dirigeant de la Corée du Nord dotée de l’arme nucléaire.

La guerre (1950-1953) s’était achevée sur un armistice plutôt qu’un traité, si bien que les deux parties sont toujours techniquement en conflit. La Zone démilitarisée, qui divise la péninsule et où aura lieu le sommet intercoréen du 27 avril, est hérissée de mines et de fortifications.

«L’armistice qui traîne en longueur depuis 65 ans doit prendre fin», a dit jeudi M. Moon à des représentants d’entreprises de presse à la Maison bleue, la présidence sud-coréenne, ajoutant: «il faut rechercher la signature d’un traité de paix après la déclaration de la fin de la guerre».

Mais M. Moon a souligné que la conclusion d’un traité de paix serait soumise à l’abandon par le Nord de ses programmes nucléaire et balistique.

«Si le sommet intercoréen et le sommet entre la Corée du Nord et les États-Unis débouchent sur la dénucléarisation, je crois qu’il ne sera pas trop difficile de trouver des accords pratiques au sens large sur un régime de paix, la normalisation des relations entre le Nord et les États-Unis, ou une aide internationale pour améliorer l’économie nord-coréenne», a-t-il déclaré.

Le sommet entre MM. Kim et Moon sera le point d’orgue de l’effervescence diplomatique qui s’est emparée de la région depuis les Jeux olympiques d’hiver organisés au Sud. Il sera aussi le prélude d’un sommet historique très attendu entre M. Kim et le président américain Donald Trump.

Le président américain vient de prévenir que la réunion pourrait être annulée.

Dénucléarisation?

«Si je pense que cette rencontre ne sera pas fructueuse, nous n’allons pas nous y rendre. Si la rencontre, lorsque j’y serai, n’est pas fructueuse, je la quitterai respectueusement», a affirmé le président américain.

La question de savoir si Pyongyang est prêt à renoncer à ses programmes atomiques, qu’il qualifie «d’épée chérie», est essentielle.

Le Nord dit de longue date avoir besoin de l’arme atomique pour se protéger d’une invasion américaine. Des responsables sud-coréens comme chinois ont fait savoir que M. Kim s’était dit disposé à la dénucléarisation de la péninsule. Il s’agit en réalité d’une formule qui désigne le retrait des troupes américaines et la fin de la protection offerte par le parapluie nucléaire américain à l’allié sud-coréen.

Washington martèle pour sa part qu’il veut la dénucléarisation totale, vérifiable et irréversible de la Corée du Nord.

«Pour l’heure, a poursuivi M. Moon, la Corée du Nord montre à la communauté internationale une disposition pour une dénucléarisation totale». Mais, a-t-il prévenu, «il est trop tôt pour garantir le succès du dialogue» qui ne pourra avoir lieu «qu’après un sommet américano/nord-coréen réussi».

L’agence officielle nord-coréenne KCNA a annoncé pour sa part que le Parti des travailleurs, le parti unique au pouvoir, se réunirait en séance plénière vendredi pour prendre des décisions clé.

L’agence ne précise pas ce dont il pourrait s’agir, expliquant simplement que le parti discuterait d’une «nouvelle étape» dans une «période historique importante de la révolution coréenne en développement».

Promesses rompues

Selon les analystes, Pyongyang pourrait à cette occasion annoncer des bouleversements dans sa politique envers les États-Unis.

La Corée du Nord «a besoin d’une explication logique et d’une justification pour modifier des relations avec «l’ennemi américain» dans lesquelles baignent les Nord-Coréens depuis les 70 dernières années», a déclaré Kim Dong-yub, chercheur à l’Institut des études extrême-orientales à l’Université Kyungnam.

«On dirait qu’ils sont prêts à le faire».

Quoi qu’il en soit, il est vraisemblable que la rédaction d’un traité de paix sera extrêmement compliquée, impliquant les deux Corées mais aussi d’autres parties.

Si le commandement de l’ONU emmené par les États-Unis, la Chine et la Corée du Nord sont signataires de l’armistice de 1953, ce n’est pas le cas de la Corée du Sud.

Pyongyang et Séoul revendiquent tous deux la souveraineté sur toute la péninsule. Mais un traité pourrait vouloir dire que les deux Corées se reconnaissent l’une l’autre.

De telles promesses ont déjà été rompues. Lors du dernier sommet intercoréen de 2007, les deux pays étaient convenus de travailler ensemble pour que les dirigeants «des trois ou quatre parties directement concernées […] se réunissent sur la péninsule et déclarent la fin de la guerre».

Trump pour sa part confiant mais ferme avant sa rencontre prévue avec Kim Jong Un

Le président américain Donald Trump s’est montré très confiant mercredi sur la spectaculaire amorce de dialogue avec la Corée du Nord, mais a prévenu qu’il n’hésiterait pas à abandonner la rencontre inédite prévue avec son dirigeant, Kim Jong Un, si elle n’était pas « fructueuse ».

« Une voie prometteuse est ouverte pour la Corée du Nord si elle accomplit une dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible », a dit Donald Trump. Mais, a-t-il averti, Kim Jong Un doit être sérieux dans ses engagements.

« Si je pense que cette rencontre ne sera pas fructueuse, nous n’allons pas nous y rendre. Si la rencontre, lorsque j’y serai, n’est pas fructueuse, je la quitterai respectueusement », a affirmé le président américain.

Il s’exprimait de Mar-a-Lago, sa luxueuse résidence de Floride, lors d’une conférence de presse conjointe avec son invité, le Premier ministre japonais Shinzo Abe.

Autre acteur clé du dossier nord-coréen, ce dernier s’est retrouvé en partie éclipsé depuis la détente amorcée entre Séoul et Pyongyang en février, puis l’annonce choc de Donald Trump le 8 mars qu’il acceptait une invitation à rencontrer Kim Jong Un.

« La situation autour de la Corée du Nord, après la décision décisive du président Trump sur le premier sommet USA-Corée du Nord, est à un tournant historique », a souligné Shinzo Abe en japonais, selon la traduction de la Maison Blanche. « Les erreurs du passé ne devraient jamais être reproduites. Sur ce point, le président Trump et moi-même sommes parfaitement d’accord. »

S’affichant en « amis », les deux dirigeants ont passé deux jours à Mar-a-Lago, avec au menu des entretiens politiques mais aussi des moments de détente dont une partie de golf, une passion commune.

Donald Trump s’était plus tôt mercredi félicité des résultats d’une rencontre secrète du chef de la CIA avec Kim Jong Un à Pyongyang.

Mike Pompeo, l’un des responsables les plus proches du président américain, s’est rendu dans la capitale nord-coréenne pendant le week-end de Pâques. « Il vient juste de quitter la Corée du Nord, il a eu une bonne rencontre avec Kim Jong Un, et il s’est vraiment bien entendu avec lui », a dit le président américain.

Cette visite de Mike Pompeo à Pyongyang marque une soudaine accélération des préparatifs en vue du sommet historique entre Donald Trump et Kim Jong Un qui, selon le président américain, doit avoir lieu autour de début juin.

Pressenti pour devenir secrétaire d’Etat, Mike Pompeo devrait continuer à se charger de ce dossier dans ses nouvelles fonctions, s’il est confirmé par le Sénat dans les jours qui viennent.

– « Nous les respectons » –

Les moments clé du sommet intercoréen, dont la première poignée de main entre MM. Kim et Moon, seront diffusés en direct à la télévision, a annoncé Séoul mercredi après une réunion de travail entre les deux parties mercredi.

Mais le monde a déjà les yeux braqués sur le face-à-face qui se dessine entre Donald Trump et Kim Jong Un. Il aura lieu début juin ou peut-être un peu avant, avait précisé le président américain mardi.

Donald Trump a évoqué « cinq lieux » possibles pour ce sommet, sans davantage de précisions. Panmunjom, village situé dans la Zone démilitarisée, fait partie des hypothèses régulièrement évoquées, de même que la Corée du Sud ou la Corée du Nord et la Chine.

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