Les États-Unis se décident à sanctionner des «oligarques» russes proches de Poutine

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Le président russe, Vladimir poutine, lors de son adresse à la nation à l’occasion du Nouvel An le 1er janvier 2016. (Archives/Service de presse du Kremlin)

Accusée de faiblesse face à la Russie, l’administration de Donald Trump a annoncé vendredi pour la première fois des sanctions contre des «oligarques» proches du Kremlin, notamment pour les «attaques» de Moscou contre «les démocraties occidentales».

Ces nouvelles mesures punitives sont parmi les plus sévères depuis l’arrivée à la Maison-Blanche début 2017 du président républicain, incapable de réconcilier Américains et Russes malgré ses promesses, mais qui s’abstient toujours de critiquer frontalement son homologue Vladimir Poutine.

Elles ont été prises sur la base d’une loi voulue par le Congrès pour punir la Russie notamment pour son ingérence dans les élections américaines de 2016 et son attitude en Ukraine, promulguée l’été dernier à contrecoeur par Donald Trump.

Les nouvelles sanctions visent en tout 38 personnes et entités qui s’ajoutent aux 19 personnes et cinq entités déjà ciblées mi-mars en réponse à ces accusations d’ingérence électorale et à plusieurs cyberattaques. À l’époque, la décision américaine avait été jugée trop timorée par les démocrates.

Sept «oligarques» ainsi que 12 entreprises qu’ils possèdent ou contrôlent font partie de la nouvelle liste. Parmi eux figurent Oleg Deripaska, propriétaire du géant de l’aluminium Rusal, Igor Rotenberg et Viktor Vekselberg, acteurs importants du secteur énergétique tout comme Kirill Chamalov, présenté comme le gendre du président Poutine.

Dix-sept «hauts responsables gouvernementaux» russes sont aussi visés, dont le patron de l’entreprise publique Gazprom Alexeï Miller, et Andreï Kostine, celui de la deuxième banque russe, VTB, également détenue par l’État. Le ministre de l’Intérieur Vladimir Kolokoltsev, Viktor Zolotov qui dirige la Garde nationale et le secrétaire général du Conseil de sécurité russe Nikolaï Patrouchev figurent sur la liste.

Plusieurs entreprises sont enfin sanctionnées, dont Rusal et Rosoboronoexport, chargée des exportations d’armements.

«Les États-Unis prennent ces mesures en réponse à l’ensemble des attitudes éhontées et des activités néfastes du gouvernement russe, qui se poursuivent à travers le monde», a déclaré un haut responsable de l’administration Trump à la presse.

« Bonne relation »

Cela inclut «leur occupation de la Crimée, l’incitation à la violence dans l’est de l’Ukraine, le soutien au régime de Bachar al-Assad en Syrie » et « les cyberactivités malveillantes».

«Mais, avant tout, c’est une réponse aux attaques continues de la Russie pour subvertir les démocraties occidentales», a-t-il ajouté. Moscou «a choisi d’interférer de manière répétée dans les processus démocratiques», a renchéri un autre responsable américain, assurant que les personnes sanctionnées «soutiennent» cette stratégie.

Les relations, déjà glaciales, se sont de fait encore tendues entre les deux grandes puissances rivales après l’empoisonnement début mars au Royaume-Uni de l’ex-agent double russe Sergueï Skripal, imputé par Londres à Moscou.

Par solidarité avec les Britanniques, Washington a expulsé 60 diplomates russes accusés d’être des «espions», en coordination avec les alliés européens qui en ont déclaré plusieurs autres persona non grata. La Russie a aussitôt riposté par des expulsions similaires.

Selon les services de renseignement américains, le pouvoir russe a mené une opération concertée et planifiée pour influencer l’élection présidentielle en faveur du milliardaire républicain, notamment à travers l’utilisation des réseaux sociaux et la diffusion de «fausses nouvelles», ce que Moscou a toujours contesté. Et les responsables du renseignement américain préviennent déjà que la Russie va réutiliser les mêmes méthodes pour tenter d’influencer les élections parlementaires de novembre.

La loi adoptée l’été dernier par le Congrès était une réponse à ces accusations: un grand nombre de parlementaires américains réclamaient des mesures punitives notamment contre les oligarques. Mais le Trésor américain s’était borné, fin janvier, à publier une liste de 210 hommes d’affaires et responsables politiques russes, sans prendre de sanctions immédiates.

Face au mécontentement de plusieurs élus, l’administration Trump avait dû promettre que les sanctions viendraient dans un second temps.

«Personne n’a été aussi ferme face à la Russie que moi», a même tonné cette semaine Donald Trump, tout en réaffirmant qu’il aimerait avoir une «bonne relation» avec Vladimir Poutine.

«La porte du dialogue reste ouverte», a assuré vendredi un haut responsable américain. «Nous voulons avoir de meilleures relations avec la Russie», mais cela ne peut arriver que « si elle change d’attitude ».

Juste avant de quitter ses fonctions, le conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump a estimé cette semaine que les États-Unis n’avaient «pas réussi», jusqu’ici, à « imposer des coûts suffisants» à Moscou. «M. Poutine pense sûrement qu’il est en train de gagner ce nouveau type de guerre», a ajouté H.R. McMaster, qui sera remplacé lundi par John Bolton, considéré comme un « faucon » face à la Russie.

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