Infanterie 0010 #480 «Artiste-fantassin»!

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Je suis le genre de personne qui est incapable de rester assis à rien faire. Et comme en garnison ça arrivait des fois, j’ai fini par emmener mon «pad» de dessin avec moi au travail. Et depuis il me suit partout. Si je l’ai oublié un matin, je vais aller le chercher quand j’en aurai l’occasion.

Si la plupart de mes collègues se montraient impressionnés par mes talents de dessinateur, certains avaient une attitude différente. Genre, ça colle pas être un fantassin et un artiste en même temps. Mais j’en faisais pas grands cas. Il y a toujours une grande gueule qui a besoin de rabaisser les autres pour se sentir bon de toute façon.

Le deuxième cas arrivait pas mal plus souvent. Des fois, aussitôt qu’on découvrait que je dessinais, on me demandait de dessiner des tatouages. J’avais l’impression que tous les gars dans le bataillon qui voulait se faire tatouer venaient me voir. Alors je refusais et leurs faisaient comprendre que si je disais « oui » à tous, je n’aurais plus de temps pour dessiner pour moi-même. Et beaucoup se choquaient quand j’acceptais, mais en échange d’argent. Et encore la moitié qui ont acceptés mes prix ne m’ont jamais payé en bout de compte.

Mais ce point est valable pour tous ceux qui ont un talent dans les Forces. Que ce soit en dessin, mécanique ou informatique. Du monde que tu ne connais des fois même pas viennent te voire pour avoir de l’aide gratuite, ou du moins pas cher. Tellement que j’ai vu certains se faire abuser parce qu’ils sont trop bonasses. J’ai une fois dit à un ami mécanicien d’arrêter de dire « oui » à tout le monde avant que quelqu’un aille le réveiller en pleine nuit dans son lit pour faire réparer sa voiture.

Je veux bien être serviable et dessiner pour vous autres, mais faut pas abuser.

Jonathan Girard s'est enrôlé dans les Forces armées canadiennes en septembre 2005 et a rejoint le Royal 22e Régiment en juin 2006. Passionné de BD depuis toujours, il dessinait beaucoup lors des exercices avant finalement de se lancer et de rendre son travail public.

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