En visite à Paris, Trudeau maintient et défend sa décision d’envoyer des troupes au Mali

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Le président français Emmanuel Macron a accueilli le premier ministre canadien, Justin Trudeau, à Paris. (STEPHANE DE SAKUTIN/AFP)

Le premier ministre canadien Justin Trudeau, qui entamait aujourd’hui la première journée d’une visite officielle en France, a défendu la décision de son gouvernement de participer à la mission onusienne de maintien de la paix au Mali (MINUSMA) et d’envoyer dans ce pays une force opérationnelle aérienne de six hélicoptères.

C’est après une rencontre avec le président français Emmanuel Macron qui a fait de la stabilisation du Mali une priorité de son gouvernement que M. Trudeau a fait ces commentaires.

Lors de la conférence de presse commune avec le président français, le premier ministre canadien a déclaré que l’approche du Canada aux missions de maintien de la paix – qui se concentre sur le rôle des femmes, le sort des enfants-soldats, la promotion de la formation et un déploiement plus ciblé des ressources – convient bien à l’ère moderne, qui est le théâtre de conflits internationaux moins bien circonscrits, sans mentionner les périls imprévisibles associés au terrorisme.

Un peu plus tôt aujourd’hui, la secrétaire générale de la Francophonie et ancienne gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean, avait remercié Justin Trudeau de s’être joint à la mission au Mali, ancienne colonie française et membre actuelle de la Francophonie, qui se remet d’une autre attaque par des militants islamistes.

Cette visite de M. Trudeau survient au moment où les autorités françaises ont annoncé qu' »une quinzaine » d’assaillants ont été tués lors d’attaques qui visaient à « prendre le contrôle » du « Super Camp » de l’ONU et de la force française Barkhane samedi à Tombouctou, dans le nord du Mali.

« Un soldat de la paix de l’ONU a été tué au champ d’honneur alors qu’il défendait l’entrée du camp et sept autres ont été blessés », a à ce propos indiqué dimanche soir la Mission des Nations unies au Mali (Minusma), en précisant que « deux civils » avaient également été blessés.

Sept militaires français, eux aussi blessés, ont été pris en charge par les structures médicales françaises à Gao, à quelque 320 km à l’est de Tombouctou, avait indiqué dans la matinée l’état-major français.

La force canadienne au Mali: bien armée

La force opérationnelle canadienne, qui doit être déployée cet été, doit comprendre deux hélicoptères Chinook de transport et de logistique et quatre hélicoptères Griffon pour participer aux évacuations médicales et pour transporter du matériel et des munitions, ainsi qu’un contingent de militaires à parité entre hommes et femmes.

Les nouveaux Chinook possèdent une capacité d’autoprotection supérieure, notamment:

  • des systèmes de protection antimissile perfectionnés
  • des systèmes d’alerte laser etradar
  • une protection contre les éclats
  • des mitrailleuses d’autodéfense
  • des capteurs électro optiques et infrarouges améliorés

Le CH‑146 Griffon, lui, se retrouve sur plusieurs bases. Au Québec, on en retrouve à Valcartier, Saint-Hubert et Bagotville. Il est un hélicoptère utilitaire de transport tactique (HUTT) dont le rôle primaire est d’assurer le transport tactique des troupes et du matériel, mais une variété d’armement de défense peut aussi être montée pour les missions lors de déploiement.

Outre l’armement de défense, le CH‑146 Griffon, qui peut atteindre une vitesse de 260 kilomètres à l’heure, peut aussi être muni:

  • d’un dispositif infrarouge à balayage frontal au pod ou en nacelle (FLIR)
  • d’un système d’imagerie électro-optique Wescam MX-1
  • d’un puissant projecteur Nitesun
  • et de planchers et sièges blindés

En outre, persuadé qu’une plus grande participation des femmes contribuerait à l’efficacité des opérations de paix des Nations Unies, le Canada enverra un contingent de militaires à parité entre hommes et femmes.

Lors de l’annonce de l’envoi d’une force canadien au Mali dans le cadre de la MINUSMSA, le nombre de personnes ainsi déployées n’a pas été précisé, mais, avec les deux Chinook et les quatre Griffons, si on compte le personnel navigant et le personnel au sol, le chiffre devrait tourner autour de 200-250 personnes.

Les dangers de la mission

La force opérationnelle aérienne doit servir simplement à déplacer des Casques bleus pourrait être appelée aussi, et n’a pas mission de s’engager dans des opérations de contre-terrorisme.

Le mandat de la MINUSMA est «l’appui à la mise en œuvre par le Gouvernement, les groupes armés des coalitions Plateforme et Coordination, ainsi que par d’autres parties prenantes maliennes, de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali. Et ce, en particulier dans ses dimensions politiques et ses aspects liés à la sécurité, notamment le rétablissement et l’extension progressifs de l’autorité de l’État».

Le contre-terrorisme est l’affaire de la force française Barkhane et du G5-Sahel.

Le G5 Sahel, dont les membres sont le Burkina Faso, le Tchad, la Mauritanie, le Niger et le Mali, a pour mission de combattre les djihadistes et les groupes criminels transfrontaliers dans une large zone de l’Afrique de l’Ouest au sud du désert du Sahara.

La force a été initiée par la France, qui mène également depuis août 2014 au Sahel et au Sahara l’Opération Barkhane qui vise à lutter contre les groupes armés salafistes djihadistes dans toute la région du Sahel et qui succède à l’opération Serval menée au Mali de janvier 2013 à juillet 2014 et par laquelle par laquelle l’armée française, aidée des forces maliennes, a libéré le Nord du Mali dont s’était emparé les djihadistes.

Seul bémol, le soutien que la MINUSMA s’est engagé à apporter au G5-Sahel dont certains craignent qu’il puisse entraîner le Canada dans des opérations antidjihadistes maintenant qu’il participera aux opérations de la mission onusienne.

Ce soutien de l’ONU au G5-Sahel s’exercera dans les domaines de l’évacuation médicale, du ravitaillement en carburant, en eau et en rations alimentaires. Les Casques bleus pourront aussi mettre à disposition de la force G5-Sahel leurs unités d’ingénierie lors de l’établissement de camps de base des unités antidjihadistes.

Mais la contribution logistique et opérationnelle de l’ONU à la force transfrontalière G5-Sahel au Mali n’interviendra qu’à condition qu’elle ne porte pas préjudice à la mission des Casques bleus, une mission de paix dont les objectifs reste d’aider à l’application de l’accord de paix conclu avec des groupes armés du Nord, la stabilisation et le rétablissement de l’autorité du gouvernement de Bamako sur le nord et le centre du pays.

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