Kim Jong Un évoque pour la première fois officiellement un «dialogue» avec Washington

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Le leader nord-coréen le 21 décembre 2017 à Pyongyang. (Archives/KCNA VIA KNS/AFP)

Le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un a évoqué pour la première fois publiquement, lors d’une réunion du parti au pouvoir à Pyongyang, un « dialogue » avec les Etats-Unis, alors que se prépare le sommet historique avec Donald Trump.

Le chef de la Maison Blanche a accepté le mois dernier la tenue d’une rencontre avec le Nord, qui serait la première de l’histoire entre un président américain en fonction et un leader nord-coréen. Mais ni la date ni le lieu de ce sommet n’ont été arrêtés.

Lors d’une réunion de hauts responsables du Parti des travailleurs, lundi, M. Kim a discuté du « développement actuel des relations Nord-Sud et de la perspective du dialogue entre les Etats-Unis et la RPDC » (acronyme officiel de la Corée du nord), a rapporté l’agence officielle nord-coréenne KCNA.

Il a présenté un rapport « sur la situation dans la péninsule coréenne » et notamment l’autre sommet, prévu à la fin du mois avec la Corée du Sud, selon KCNA.

Après deux années de montée des tensions liées aux programmes nucléaire et balistique nord-coréens, la péninsule est depuis le début de l’année le théâtre d’une remarquable détente que doit illustrer la tenue le 27 avril d’un sommet exceptionnel entre M. Kim et le président sud-coréen Moon Jae-in.

M. Trump avait annoncé le mois dernier qu’il acceptait le principe d’un sommet avec M. Kim pour discuter de la dénucléarisation. Mais Pyongyang ne s’était jamais exprimé publiquement sur une telle rencontre, depuis que l’invitation de M. Kim avait été transmise à M. Trump par des responsables sud-coréens.

Certaines sources laissaient entendre que les semaines de silence nord-coréen sur le sujet suscitaient la nervosité de responsables américains redoutant que les émissaires sud-coréens n’aient surestimé la volonté réelle du Nord de négocier son arsenal nucléaire.

Les propos de M. Kim rapportés lundi viennent rompre ce silence, même s’il n’a pas spécifiquement parlé du « sommet » avec le président américain.

Devant la presse lundi, Donald Trump a annoncé, lui, que cette rencontre historique aurait lieu « en mai ou début juin ».

« Je pense qu’il y aura un grand respect mutuel et nous espérons qu’il y aura un accord sur la dénucléarisation » lors de cette rencontre, a dit M. Trump.

« Nous espérons que la (nouvelle) relation sera très différente de ce qu’elle a été pendant beaucoup, beaucoup d’années », a ajouté le président américain.

Dimanche, le Wall Street Journal avait rapporté que la Corée du Nord avait confirmé directement auprès des Etats-Unis qu’elle était prête à négocier sur la dénucléarisation.

L’amélioration des relations sur la péninsule, après deux années marquées par trois essais nucléaires nord-coréens et des dizaines de tests de missiles balistiques, a été favorisée par les jeux Olympiques de Pyeongchang auxquels le Nord a finalement participé.

Depuis lors, Kim Jong Un a fait ses grands débuts diplomatiques avec une visite surprise à Pékin, son premier déplacement officiel à l’étranger depuis son arrivée au pouvoir fin 2011.

Le chef de la diplomatie nord-coréenne, Ri Yong Ho, est arrivé lundi à Moscou où il doit être reçu par son homologue russe Sergueï Lavrov, après une tournée internationale qui l’a conduit en Chine, en en Azerbaïdjan et dans d’autres ex-républiques soviétiques.

M. Ri s’est également rendu le mois dernier en Suède, qui joue le rôle d’intermédiaire entre Washington et Pyongyang.

Beaucoup d’experts s’interrogent sur les chances de succès d’un éventuel sommet entre MM. Trump et Kim, deux dirigeants imprévisibles.

Si elle a lieu, cette rencontre se tiendra en effet sans que n’aient eu lieu en amont les mois de travaux préparatoires qui interviennent généralement avant ce type de sommet.

Pyongyang cherche également à s’assurer du soutien de Moscou

En pleine détente spectaculaire dans la péninsule coréenne, Pyongyang cherche à s’assurer du soutien de l’un de ses principaux alliés: le chef de la diplomatie nord-coréenne, Ri Yong Ho, doit être reçu mardi à Moscou par son homologue russe Sergueï Lavrov.

Cette visite en Russie intervient sur fond d’un important rapprochement intercoréen depuis les jeux Olympiques d’hiver de Pyeongchang, en Corée du Sud, en février suivi d’un ballet diplomatique encore inimaginable il y a quelques mois, quand Kim Jong Un et Donald Trump s’échangeaient menaces et invectives.

Après une visite historique à Pékin fin mars, le leader de la Corée du Nord, Kim Jong Un, doit rencontre le président de la Corée du Sud, Moon Jae-in, le 27 avril dans la zone démilitarisée qui divise la péninsule.

Ce sommet doit précéder une rencontre prévue d’ici fin mai ou début juin entre le dirigeant nord-coréen et le président américain. Les modalités de cette rencontre historique sont encore en discussion, mais son annonce a mis un terme à des mois de propos belliqueux réciproques.

« Il est très important pour les Coréens de s’assurer du soutien des Russes et de solidifier les bases » de leurs relations dans ce contexte, explique à l’AFP Alexandre Vorontsov, responsable de la Corée à l’Institut des études orientales de l’Académie russe des sciences.

« La Russie a gardé des relations de travail normales avec la Corée du Nord dans les moments difficiles, et il est important pour Pyongyang d’obtenir la compréhension de la Russie avant ces deux sommets historiques », ajoute-t-il.

Ri Yong Ho est arrivé dans la capitale russe lundi et doit s’entretenir mardi avec son homologue russe du « développement du dialogue politique et de la coopération économique et commerciale » entre les deux pays, a indiqué la diplomatie russe dans un communiqué.

La Russie « soutient les démarches des autorités nord-coréennes visant au rapprochement intercoréen, la normalisation des relations entre les deux Corées et l’établissement d’un dialogue direct avec les Etats-Unis », a-t-elle précisé.

Plusieurs hauts responsables ou émissaires de Pyongyang se sont rendus en Russie ces dernières années, mais jamais un ministre de l’envergure de Ri Yong Ho.

La dernière visite d’un officiel nord-coréen à Moscou remonte à septembre, quand une haute responsable du ministère des Affaires étrangères avait été accueillie au siège de la diplomatie russe à Moscou pour des « consultations », sur fond de crise nucléaire entre Pyongyang et Washington.

Kim Jong Un aurait dû se rendre à Moscou en mai 2015 pour les commémorations des 70 ans de la victoire des Alliés dans la Seconde guerre mondiale, mais il y avait renoncé quelques jours avant l’événement.

Ri Yong Ho s’était rendu début avril à Pékin, quelques jours après la visite surprise en Chine du dirigeant suprême de Corée du Nord, Kim Jong Un, son premier déplacement hors de son pays depuis son arrivée au pouvoir en 2011.

L’un des sujets abordés lors de sa visite à Moscou devrait être la situation des travailleurs nord-coréens présents en Russie.

La Russie, qui délivre chaque année entre 12.000 et 15.000 visas à des citoyens nord-coréens, a affirmé en février avoir commencé à les renvoyer dans leur pays, en application des sanctions adoptées fin décembre 2017 par le Conseil de sécurité de l’ONU.

« C’est une question importante pour la Corée du Nord. La Russie a réussi à espacer les renvois sur une période de deux ans, mais tout n’est pas simple. Il faut établir de nouveaux quotas et c’est tout une série d’accords » à trouver avec Pyongyang, explique M. Vorontsov.

Quelque 35.000 Nord-Coréens travaillent en Russie, essentiellement dans la construction, l’agriculture et l’industrie poissonnière. Si leur travail génère de précieuses devises pour leur pays d’origine, ils travaillent dans des « conditions proches de l’esclavage », selon l’ONU.

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