La nécessaire recherche d’une solution politique après les frappes

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Un soldat syrien inspecte un centre de recherches dans le nord de Damas visé par des frappes américaines, françaises et russes en représailles à une attaque chimique présumée le 14 avril 2018. Les Occidentaux estiment que ce centre servait à l’élaboration d’armes chimiques, ce que Damas dément. (AFP/LOUAI BESHARA)

La Russie a dit lundi encore espérer l’instauration d’un «dialogue» avec les États-Unis malgré «tout le dommage» qu’ont subi les relations entre ces deux puissances, auxquelles les frappes occidentales contre le régime de Damas ont porté un nouveau coup.

«Nous espérons qu’avec le temps, lorsque nos collègues américains auront réglé leurs problèmes internes, un dialogue débutera, malgré tout le dommage qu’ont subi les relations bilatérales par la faute de Washington», a déclaré aux journalistes le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

M. Peskov a néanmoins confirmé qu’«aucune discussion sur une possible rencontre» entre les présidents Vladimir Poutine et Donald Trump n’était en cours.

Une telle rencontre avait été évoquée à l’occasion d’une conversation téléphonique entre les deux dirigeants le 20 mars.

Cette idée n’a pas avancé depuis, sur fond de tensions liées à l’empoisonnement le 4 mars de l’ex-agent double russe Sergueï Skripal en Angleterre et aux frappes des États-Unis et de deux de leurs alliés samedi contre le régime de Damas en riposte à une attaque chimique présumée.

Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a estimé dans un entretien avec la BBC en partie diffusé lundi que les relations entre Moscou et Washington étaient actuellement «pires» qu’au temps de la Guerre froide.

Syrie: l’UE veut relancer le processus politique après les frappes

Les ministres des Affaires étrangères de l’UE, réunis lundi à Luxembourg, ont appuyé « tous les efforts » pour empêcher la Syrie de recourir à des armes chimiques, tout en appelant à relancer le processus politique pour mettre fin au conflit, après les frappes des Etats-Unis, de la France et du Royaume-Uni.

« Le Conseil estime que les frappes aériennes ciblées ont constitué des mesures spécifiques prises dans le seul but d’empêcher le régime syrien d’utiliser à nouveau des armes chimiques et des substances chimiques comme armes pour tuer des Syriens », indiquent les conclusions de la réunion.

« Le Conseil soutient tous les efforts destinés à prévenir le recours aux armes chimiques », est-il souligné.

Le chef de la diplomatie française Jean-Yves le Drian s’est félicité de ces conclusions. « L’UE et les Etats membres nous ont soutenu dans cette volonté de prévenir et de dissuader toute utilisation de l’arme chimiques. L’UE est donc unie », a-t-il affirmé avant de quitter la réunion.

Pour le chef de la diplomatie du Luxembourg Jean Asselborn, les frappes occidentales de samedi sur la Syrie sont « une opération unique et elle doit le demeurer ».

« Le but de ces frappes a été de montrer qu’il y une ligne rouge qu’il ne faut pas dépasser », a expliqué son homologue belge Didier Reynders.

« Nous soulignons que l’élan de la situation actuelle doit être utilisé pour revigorer le processus visant à trouver une solution politique au conflit syrien », ont insisté les 28 dans leur déclaration.

Ce qui ne peut se faire sans Moscou.

« Sans la Russie, il est impossible de résoudre ce conflit », a reconnu le chef de la diplomatie allemande Heiko Maas. Le mot d’ordre est éviter une « escalade » militaire dans la région, a-t-il insisté.

-Dialoguer avec Moscou-

« Nous devons reprendre le chemin d’un dialogue politique sur la Syrie avec la Russie et l’Iran (les deux soutiens du régime syrien) », a renchéri Didier Reynders.

M. Le Drian n’a donné aucune indication sur les moyens de reprendre ce dialogue avec Moscou après les frappes.

A La Haye, les ambassadeurs de Russie, du Royaume-Uni et de France se sont rendus lundi au siège de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) pour une réunion d’urgence consacrée à la Syrie, après l’attaque chimique présumée du 7 avril contre le fief rebelle de Douma, qui a entraîné les frappes occidentales ciblées de samedi.

La priorité est de permettre à l’OIAC « d’achever le démantèlement du programme » chimique syrien, a insisté la France.

Tous les Etats membres en conviennent: l’utilisation d’armes chimiques — dont est accusé le régime syrien — le 7 avril à Douma, près de Damas, est inacceptable et ne devait pas rester impunie.

Mais les 28 étaient divisés quant à l’option militaire.

A un bout de l’échiquier: la France et le Royaume-Uni. A l’autre: les neutres. Entre les deux: les membres de l’Otan, dont beaucoup sont partagés sur les frappes.

« La déclaration des 28 est le maximum qui pouvait être dit », a-t-on insisté de source diplomatique.

Nombre de gouvernements européens sont contrariés car ils craignent la réaction de Vladimir Poutine, soutien du président syrien Bachar al-Assad.

La veille des frappes, le président russe avait mis en garde contre tout acte « irréfléchi et dangereux en Syrie » qui pourrait avoir des « conséquences imprévisibles ».

-‘Rester unie’-

« Il faut que l’Union européenne reste unie. Il faut éviter que chaque pays puisse mener une politique autonome vis-à-vis de Moscou. C’est important pour que l’UE existe », avait alors plaidé un responsable européen sous le couvert de l’anonymat.

Moscou tire avantage des divisions au sein de l’Union européenne. Les réactions après l’empoisonnement au Royaume-Uni de l’ancien agent double russe Sergueï Skripal — attribué par Londres à la Russie — l’ont démontré.

« Tout le monde a fait le même constat. Tout le monde a eu la même lecture des faits, mais tout le monde n’a pas répondu de la même façon », souligne une source diplomatique européenne.

Au total, 19 pays membres de l’UE ont expulsé des diplomates russes de leur territoire, cinq ont simplement rappelé leur ambassadeur pour consultations et trois n’ont pas bougé (Autriche, Chypre, Grèce). Et il aura fallu beaucoup de persuasion pour convaincre les 28 d’incriminer Moscou.

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