La relation «touchy-feely» Macron/Trump fait rire l’Amérique

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Donald Trump et Emmanuel Macron au début de leurs entretiens de travail dans le Bureau Ovale de la Maison Blanche, à Washington, le 24 avril 2018. (AFP/Ludovic MARIN)

Les embrassades, les étranges et interminables poignées de main, les marques d’affection: la journée d’Emmanuel Macron et Donald Trump à la Maison Blanche a fait le délice des humoristes des « late-night talk show » américains.

Si l’entente entre les présidents français et américain a déjà fait couler beaucoup d’encre, ce sont leurs interactions physiques qui ont marqué les esprits cette semaine, leur « touchy-feely relationship » selon l’expression ciselée d’Ashley Parker, journaliste du Washington Post.

Le Daily Show, sur Comedy Central, animé par le Sud-africain Trevor Noah, a résumé cette « visite d’Etat » d’un petit court-métrage noir et blanc intitulé « L’Affaire des Mains », musique romantique à l’appui, mettant bout-à-bout tous les contacts entre les deux hommes.

Principale source d’inspiration ? L’évocation des nombreuses aventures extra-conjugales attribuées au 45e président des Etats-Unis.

« Vous l’avez déjà vu toucher quelqu’un comme ça ? Il lui a fait la version Stormy Daniels », a lancé Jimmy Kimmel sur ABC, évoquant l’actrice porno qui affirme avoir eu une relation sexuelle avec le magnat de l’immobilier et avoir été payée par Michael Cohen, l’avocat personnel du président, peu avant l’élection, pour se taire.

« Lorsque le président Emmanuel Macron a salué le président Trump, il l’a embrassé sur les deux joues. Par réflexe, Michael Cohen a immédiatement surgi et donné 130.000 dollars à Macron », a ajouté, dans la même veine, Conan O’Brien sur TBS.

L’étrange épisode au cours duquel, dans le Bureau ovale et face aux caméras du monde entier, le président américain a entrepris de balayer des pellicules du costume de son invité français, a aussi fait beaucoup parler, la signification de ce geste donnant lieu à une myriade d’interprétations différentes.

« Comment gérer (Donald Trump) quand il vous humilie publiquement ? », a lancé Trevor Noah, tout sourire. « Si j’étais Macron, j’aurais riposté », a-t-il poursuivi, ajoutant avoir été impressionné par le « calme » du président français qui a « parfaitement géré ».

« M. le président, Macron est toujours là, souriant, après avoir passé deux jours avec vous… Ce ne sont pas des pellicules, c’est de la cocaïne! », a lâché Stephen Colbert sur CBS.

« Je sais que c’est un cliché, mais ça, c’est une bromance! », a conclu Trevor Noah pour résumer le lien entre les deux hommes, ayant recours à ce néologisme né du mélange de « brother » et « romance ».

Les deux dirigeants n’ont pas prévu de se voir mercredi, au troisième et dernier jour de la visite du président français, mais Donald Trump a promis de regarder, à la télévision, depuis la Maison Blanche, le discours au Congrès de son « ami » Emmanuel.

Mais à quoi sert l’amitié entre Macron et Trump?

Trois jours d’une visite d’État, du faste et des embrassades: l’offensive de charme d’Emmanuel Macron pour tenter d’obtenir des concessions de Donald Trump a parfois semblé tourner à l’avantage de l’Américain, qui n’a rien lâché sur le fond mais a donné le ton sur la forme.

Souvent tactile avec ses hôtes, le président français s’est cette fois fait largement dépasser par les gestes d’affection enthousiastes – et parfois même embarrassants – de son homologue.

Le Washington Post a publié en Une mercredi une photo de Donald Trump qui entraîne énergiquement son hôte en le tenant par la main, rappelant un peu un père pressé avec son fils.

Diversement interprétée, la scène a souvent été jugée un peu humiliante pour le Français. Et l’analyse de ce «body langage» informe la capacité de la France à peser face aux États-Unis sur leurs nombreux sujets de désaccords, en tête l’accord nucléaire sur l’Iran.

L’effet visuel est exactement à l’inverse de mai 2017, quand le Français avait suscité le buzz – et pas mal d’admiration – pour sa poignée de main musclée avec l’Américain. Le président Macron en avait alors clairement fait un instrument diplomatique.

«Durant ce voyage, Trump devient le mâle dominant et Macron se laisse dominer», tranche un éditorialiste du Washington Post.

Pour le New York Times et le Spiegel, le Français se sert de cette amitié d’une manière calculée pour obtenir des concessions, mais avec un succès douteux.

«Macron utilise cette relation pour se présenter comme le leader de l’Europe et restaurer la place de la France à l’international (…) mais savoir si ces manifestations ont elles un impact sur Trump n’est pas clair», écrit le Spiegel.

Thomas Snegaroff, un expert français des États-Unis, ne semble pas non plus convaincu. «Depuis deux jours, on ne cesse de vanter le talent de Macron qui a pigé qu’il fallait flatter sans cesse Trump pour parvenir à ses fins. J’ai l’impression qu’on peut dire que l’inverse est vrai», écrit-il sur Twitter.

Même analyse du professeur Corentin Sellin, qui y voit une «condescendance croissante mais subtile de Trump envers le président Macron» et un «revers pour la main tendue» du Français.

Il note, sur Twitter, que nombre d’analystes américains font le parallèle avec la relation George W. Bush – Tony Blair et le pari du premier ministre britannique de «se singulariser auprès d’un dirigeant américain unilatéraliste honni en Europe pour se positionner comme meilleur allié et obtenir des concessions «uniques»».

Mais attention aux conclusions hâtives. «La seule mesure de la réussite du pari avec Trump sera sa décision le 12 mai sur l’Iran et son choix de déchirer ou non un accord obtenu de haute lutte par Barack Obama et ses alliés européens», ajoute-t-il.

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