Le Pakistan aux petits soins pour ses vénérables Mirage

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Le Pakistan aux petits soins pour ses vénérables Mirage. (CombatAce)

Ils ont cinquante années de service mais semblent à peine sortis d’usine: au Pakistan, la course aux économies oblige l’armée à bichonner ses vénérables Mirage, désormais dotés d’accessoires de combat dernier cri.

Dans le tentaculaire complexe militaire de Kamra, à l’ouest de la capitale Islamabad, le grondement du « Rose-1 » en plein décollage déchire le silence. Agé d’une trentaine d’années, l’avion de chasse fait office de jeunot en comparaison du « III-DP », de vingt ans son aîné, en révision pour la cinquième fois quand l’AFP a visité le site.

Dans sa livrée camouflage, alors que techniciens et ingénieurs démontent avec précaution les panneaux de son cockpit et ses trains d’atterrissage, le III-DP ne fait pas son demi-siècle. Sous son fuselage, passé avec les ailes aux rayons X, en quête d’éventuels défauts, l’âge n’a pas non plus de prise.

« Nous avons atteint un tel niveau de capacité que nos experts peuvent intégrer n’importe quel système récent dans nos vieux Mirage », se félicite le général Salman M. Farooqi, adjoint au directeur de l’Usine de reconstruction des Mirage (MRF en anglais), située dans Kamra.

La plus importante amélioration, développée avec l’aide de l’Afrique du Sud, leur permet désormais d’être ravitaillés en vol, affirme-t-il. Les Mirage ont également été dotés du système IFF, pour « Identification des amis et ennemis », qui permet à un pilote de savoir s’il est dans la ligne de mire d’un autre jet.

Le Pakistan a acheté ses premiers Mirage en 1967 pour diversifier sa flotte, alors essentiellement constituée d’avions de chasse américains: F-104 Starfighters, T-37 Tweety Birds et F-86 Sabres.

Le jet français est ensuite devenu si populaire qu’Islamabad en a acheté 17 moutures différentes, dont des dizaines d’occasion à d’autres armées pour qui ils étaient devenus obsolètes. Aujourd’hui, le Pakistan est le deuxième pays au monde détenant le plus de Mirage, après la France. L’armée n’en révèle pas le nombre précis, mais il est estimé à plusieurs centaines.

Les avions construits par Dassault ont été employés lors de la guerre perdue face à l’Inde en 1971. L’une des plus courtes de l’histoire, elle n’avait duré que 13 jours et avait conduit à la création du Bangladesh, issu de la partie orientale du Pakistan.

Les Mirage ont ensuite réalisé des missions de reconnaissance en Inde. Ils ont intercepté et abattu des jets soviétiques et afghans qui avaient envahi l’espace aérien pakistanais durant la guerre d’occupation de l’Afghanistan par l’URSS.

Ces aéronefs ont généralement deux ou trois cycles de vie, d’environ 12 années chacun. Mais les faire réviser à l’étranger revenait trop cher au Pakistan, pays en développement au budget militaire déjà extrêmement élevé.

L’Usine de reconstruction des Mirage, mise en place avec l’aide des techniciens de Dassault, a vu le jour en 1978. Elle a déjà permis au Pakistan d’économiser des « milliards » de dollars, estime le capitaine Muhammad Farooq, en charge d’un des hangars de maintenance, sans plus de précision.

Certains avions partiellement accidentés, notamment dans des incendies, ont été remis d’aplomb. Lors de la visite de l’AFP, des dizaines de moteurs en attente d’inspection étaient empilés soigneusement dans un hangar.

Les révisions, peinture et autres avancées technologiques prennent sept semaines. L’usine a la capacité de traiter douze Mirage par an, son calendrier étant rempli pour la prochaine décennie, affirme-t-il.

Mais leur maintenance se fait toujours plus ardue. « Ils ont dépassé leur durée de vie. Après avoir été révisés, ils sont devenus peu fiables. Nous avons eu beaucoup d’accidents », observe le maréchal en retraite, Shahid Lateef, auprès de l’AFP.

La meilleure option pour les remplacer serait le Rafale, dont le voisin et ennemi indien – qui a également utilisé des Mirage pendant des décennies – a commandé 36 exemplaires à Dassault en 2016. Mais son prix est trop élevé pour le Pakistan, relève le général Tariq Yazdani.

Islamabad prévoit donc de remplacer ses Mirage par des JF-17, qu’il a co-développés et co-produits avec la Chine, son fabricant original.

Malgré leur âge et les difficultés qu’ils génèrent, les Mirage restent toutefois les prime donne de l’armée pakistanaise, des avions de chasse « très agiles, capables de pénétrer profondément dans le territoire ennemi sans être détectés par des radars, ce qui rend assez simple leur mission : bombarder une position ennemie », note le général Yazdani, qui a volé 1.500 heures à leur bord.

« C’est un vieil avion », concède l’écrivain Alan Warnes, auteur de deux livres sur l’armée de l’air pakistanaise. « Mais les pilotes pakistanais ont volé dans cet avion avec la plus grande justesse et expertise ».

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