Kim offre de fermer son site atomique en mai, invite des experts américains

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Des images satellites publiées par 38 North le 12 avril 2107 montrent que le site d’essais nucléaires de Punggye-ri. (Archives/Images de 38 North)

Le dirigeant nord-coréen a proposé de fermer son site d’essais atomiques en mai et d’inviter dans le pays reclus des experts américains, a dit Séoul dimanche, alors que Donald Trump se montrait optimiste sur la possibilité d’un accord nucléaire avec Pyongyang.

Cette promesse relayée par la présidence sud-coréenne est la dernière illustration en date du tourbillon diplomatique qui s’est emparé ces derniers mois de la péninsule, avec vendredi un sommet intercoréen historique.

Le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un et le président sud-coréen Moon Jae-in sont convenus à cette occasion de parvenir via la « dénucléarisation totale » à « une péninsule coréenne non nucléaire ».

Pendant des années, Pyongyang a soutenu qu’il ne renoncerait jamais à l’arme atomique, indispensable selon lui pour le protéger d’une invasion américaine.

« M. Kim a dit, au cours du sommet avec le président Moon, qu’il procèderait à la fermeture du site en mai et qu’il allait bientôt inviter des experts de Corée du Sud et des Etats-Unis ainsi que des journalistes pour révéler le processus à la communauté internationale de manière transparente », a déclaré Yoon Young-chan, le porte-parole de la Maison bleue, la présidence sud-coréenne.

« M. Kim a déclaré +Les Etats-Unis nous trouvent repoussants, mais une fois que nous parlerons, ils se rendront compte que je ne suis pas quelqu’un qui va tirer une arme nucléaire sur le Sud ou les Etats-Unis ou viser les Etats-Unis+ », a poursuivi le porte-parole.

« +Si nous nous voyons souvent (avec Washington), si nous construisons la confiance, mettons fin à la guerre et finalement qu’on nous promet qu’il n’y aura pas d’invasion, pourquoi vivrions nous avec des armes nucléaires?+ ».

Il est vraisemblable que ces déclarations soient perçues comme une carotte avant un autre sommet très attendu, entre M. Kim et le président américain Donald Trump, lequel a fait montre d’un optimisme prudent.

« Pressions maximum »

La rencontre aura lieu « dans les trois ou quatre prochaines semaines », a dit le chef de la Maison Blanche lors d’un rassemblement de ses partisans dans le Michigan, et elle sera « très importante ».

M. Trump a promis de « rendre un grand service à la planète » en parvenant à un accord sur le nucléaire avec Pyongyang.

Le président américain a été prompt à mettre son rôle en exergue dans la détente en cours, via ce que la Maison Blanche qualifie de « Campagne de pressions maximum », soit des discours très durs, le renforcement des sanctions et l’isolement diplomatique de la Corée du Nord.

« Vous vous rappelez ce qu’ils disaient ? +Il va nous plonger dans une guerre nucléaire+ », a lancé M. Trump. « Non, la force va nous préserver de la guerre nucléaire, elle ne va pas nous y plonger! ».

Mais il a également prévenu que le sommet pourrait tourner court.

« Ce qui arrivera arrivera. Je peux y aller. Ca peut ne pas marcher ». Dans ce cas, « je pars », a-t-il déclaré.

D’après CBS News, la rencontre pourrait se tenir en Mongolie ou à Singapour.

Dénucléarisation: Kim «disposé» à «présenter un plan» déclare Mike Pompeo à la télé américaine

Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un est «disposé» à «présenter un plan» qui contribuerait à la dénucléarisation, a déclaré par ailleurs le nouveau secrétaire d’État américain Mike Pompeo dans une entrevue à la chaîne ABC News.

M. Pompeo a indiqué qu’il se référait à «une bonne conversation» qu’il a eue récemment avec M. Kim lors d’une visite à Pyongyang initialement tenue secrète.

Son entrevue exclusive à ABC News doit être diffusée dimanche, et des extraits en ont été rendus publics samedi.

M. Pompeo se trouve actuellement au Proche-Orient pour son premier voyage en tant que chef de la diplomatie américaine.

Il a déclaré à ABC News que M. Kim était «très bien préparé» lors de leur rencontre, qui a eu lieu pendant le week-end de Pâques et avait pour objectif de préparer le sommet historique prévu d’ici juin entre le dirigeant nord-coréen et le président Donald Trump.

«Nous avons eu une longue conversation sur les questions les plus difficiles qui concernent nos deux pays», a déclaré M. Pompeo qui, au moment de la rencontre, était encore directeur de la CIA.

 

La proposition faite, selon Séoul, par le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un de fermer en mai son seul site connu d’essais nucléaires braque les projecteurs sur ce centre de Punggye-ri, installation secrète près de la frontière avec la Chine.

Ce site souterrain a été le théâtre des six tests nucléaires menés par Pyongyang dont le dernier en date remonte à septembre. Reste à savoir s’il s’agira du dernier tout court, alors que la pression diplomatique monte, avant un sommet entre M. Kim et le président américain Donald Trump, pour que Pyongyang abandonne ses armes nucléaires.

– Un environnement idéal –

Le site, entouré de sommets escarpés, est creusé profondément sous une montagne granitique de 2.000 m d’altitude dans le Hamqyong du Nord, province du nord-est frontalière de la Chine. Il est réputé l’endroit idéal pour résister aux forces déchaînées par des explosions nucléaires.

Son existence a été mise au jour en octobre 2006 avec le premier test nucléaire nord-coréen, au temps de Kim Jong Il, le père aujourd’hui décédé de M. Kim. Depuis, il est scruté par images satellitaires.

Des tunnels pénétrant dans le site depuis diverses directions sont visibles. Le premier test a été effectué dans le tunnel oriental, le deuxième et le troisième dans le tunnel occidental et les autres dans le tunnel septentrional, selon des responsables des services secrets.

– Puissante explosion –

Les tests réalisés sur ce site ont démontré les progrès rapides du programme nucléaire nord-coréen, surtout depuis l’arrivée au pouvoir en 2011 de M. Kim qui a supervisé quatre essais atomiques en l’espace de six ans.

Le premier essai, généralement perçu comme un échec, a dégagé une puissance d’un kilotonne seulement (1.000 tonnes), comparée à 250 kilotonnes pour le sixième, le 3 septembre 2017, ce qui représentait plus de 16 fois la puissance de la bombe atomique américaine qui a rasé Hiroshima en 1945.

Mais la proximité de Punggye-ri avec la Chine est devenue source d’inquiétude pour Pékin. Le sixième essai a provoqué un séisme ressenti de l’autre côté de la frontière, poussant à la fuite de nombreux Chinois paniqués.

– « Montagne fatiguée » –

L’impact croissant des essais a suscité des craintes croissantes sur la sécurité du site, avec des mises en garde de scientifiques chinois contre une menace radioactive majeure pour toute la région.

Le débat sur d’éventuels dommages infligés au site a été rouvert en avril après l’annonce de sa fermeture par M. Kim. Selon Séoul, M. Kim a dit vouloir procéder à cette fermeture en mai et inviter des experts américains et sud-coréens.

Certains experts ont estimé qu’il s’agissait d’une concession de façade car le site pourrait être déjà inutilisable en raison du « syndrome de la montagne fatiguée ». Selon des sismologues chinois cités en avril sur le site de l’Université de science et technologie de Chine, le dernier essai a provoqué un effondrement de roches à l’intérieur de la montagne.

Jeffrey Lewis, de l’Institut Middlebury des études stratégiques, rejette cette hypothèse comme « infondée ».

M. Kim cité par Séoul a balayé l’idée que le site soit hors d’usage, évoquant « deux tunnels supplémentaires encore plus grands » et « en bon état ».

– Craintes de radiations –

Le Nord affirme depuis longtemps que ses essais ne menacent pas l’environnement et ne comportent « aucune fuite radioactive ».

Mais des médias sud-coréens et japonais, citant des transfuges nord-coréens et des chercheurs, ont fait état de cas d’exposition à la radioactivité parmi des travailleurs du site ou des habitants voisins, avec des cancers ou la naissance de bébés souffrant de malformations.

Ces inquiétudes ont convaincu le ministère sud-coréen de l’Unification de faire procéder l’an dernier à des examens médicaux sur 30 Nord-Coréens ayant fait défection et venus de la région potentiellement concernée par cette radioactivité.

Quatre d’entre eux, venus du comté de Kilju qui inclue Punggye-ri, montraient des symptômes pouvant être attribués à une exposition à des radiations. Mais les chercheurs impliqués dans l’étude ont estimé ne pouvoir tirer aucune conclusion pour lier ces problèmes de santé à un essai nucléaire.

– « Le site est en bon état », assure Kim –

On ignore si le Nord propose d’accueillir des spécialistes américains sur son site d’essais souterrains de Punggye-ri avant ou après le sommet.

M. Kim a également balayé durant sa rencontre avec M. Moon l’idée que le site soit hors d’usage, comme l’ont suggéré certains experts, après le dernier test atomique en septembre.

« Certains racontent qu’on ferme un site d’essais qui est déjà inutilisable mais, comme ils le constateront lors de leur visite, il y a deux tunnels supplémentaires encore plus grands (…) et ils sont en bon état », a déclaré le dirigeant nord-coréen, cité par la présidence sud-coréenne.

En 2017, le Nord a procédé à son sixième essai nucléaire, le plus puissant à ce jour, et testé des missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) mettant à sa portée la partie continentale du territoire des Etats-Unis.

Les tensions avaient atteint des sommets tandis que MM. Kim et Trump échangeaient menaces apocalyptiques et insultes personnelles.

Washington exige que le Nord renonce à ses armes nucléaires et réclame que la dénucléarisation soit totale, vérifiable et irréversible.

Pyongyang demande pour discuter de son arsenal des garanties de sécurité non précisées.

Le concept de « dénucléarisation » de la péninsule est sujet à des interprétations contradictoires.

Le Nord réclame le départ des 28.500 militaires américains stationnés au Sud et le retrait du parapluie nucléaire américain. Mais il a envahi son voisin en 1950 et c’est la seule Corée à posséder des armes nucléaires.

La guerre s’est achevée en 1953 sur un armistice qui n’a pas été suivi d’un traité de paix, si bien que les deux pays sont toujours techniquement en guerre. Durant leur sommet, MM. Kim et Moon se sont engagés à rechercher une paix « permanente » sur la péninsule.

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