Sommet des Amériques: soutien majoritaire aux frappes en Syrie, mais division sur le Venezuela

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Le vice-président américain Mike Pence et le premier ministre canadien Justin Trudeau se sont rencontrés en marge du sommet des Amériques à Lima. (Sommet des Amériques)

Une majorité des 33 pays du Sommet des Amériques ont soutenu les frappes occidentales en Syrie mais ils se sont divisés sur le Venezuela, la moitié du groupe, États-Unis  en tête, avertissant qu’elle considérerait la présidentielle vénézuélienne de mai comme « illégitime » sans participation de l’opposition.

Le Canada et les États-Unis ont montré un front uni, samedi, pour condamner l’utilisation présumée d’armes chimiques par le gouvernement syrien.

Les deux pays semblaient sur la même longueur d’onde, lors d’une rencontre très attendue entre le vice-président américain Mike Pence et le premier ministre canadien Justin Trudeau en marge du Sommet des Amériques, à Lima, au Pérou, et le premier ministre canadien s’est prononcé clairement à Lima en faveur de l’action conjointe des États-Unis, du Royaume-Uni et de la France contre les cibles d’armes chimiques en Syrie.

En ciblant durant la nuit de vendredi à samedi le régime de Bachar al-Assad qu’ils accusent d’une attaque chimique le 7 avril, les Etats-Unis ont envoyé « un message clair au régime syrien », a par ailleurs défendu le vice-président américain Mike Pence lors de la session plénière du Sommet.

« Nous n’accepterons pas ces attaques barbares, ni maintenant, ni jamais », a-t-il martelé face aux responsables réunis à Lima, dont une quinzaine de chefs d’Etat. Il a dénoncé les « crimes d’un monstre » et appelé les pays de ce qu’il considère comme « l’hémisphère de la liberté » à soutenir les frappes menées par les Américains, les Britanniques et les Français.

Représentant Donald Trump, qui a renoncé au voyage pour se consacrer à la crise syrienne, Mike Pence a multiplié samedi les entretiens bilatéraux avec les dirigeants du continent, où ces attaques menées conjointement avec la France et le Royaume-Uni ne font toutefois pas l’unanimité.

Traditionnellement critiques envers Washington, la Bolivie, Cuba et le Venezuela se sont montrés les plus virulents.

Le président bolivien Evo Morales a dénoncé « l’attaque irréfléchie de Trump contre le peuple frère de Syrie ». Cuba a estimé que cette « attaque atroce » « constitue une violation d’un Etat souverain, qui aggrave le conflit ». Et Caracas a fustigé une attaque « impitoyable et injustifiée ».

Mais les responsables d’autres pays de la région ont surtout appelé à la prudence, comme le président brésilien Michel Temer qui a exprimé sa « profonde préoccupation face à l’escalade du conflit militaire en Syrie ».

Son homologue mexicain Enrique Peña Nieto a dénoncé les attaques chimiques, demandant la fin du recours à « ces instruments aux conséquences si cruelles » « à travers le droit international ».

« Nous soutiendrons toujours les actions pour punir son usage et chercher son éradication, mais nous lançons aussi un appel à la paix », a dit le président colombien Juan Manuel Santos.

Plénière le 14 avril du VIII Sommet des Amériques à Lima au Pérou.

Le Venezuela

Mike Pence a également mené la charge contre le Venezuela, en pleine crise politique, économique et humanitaire, qu’il a qualifié d' »Etat essentiellement défaillant », répétant que les Etats-Unis ne resteraient « pas sans rien faire face à un Venezuela qui s’effondre ».

De concert avec d’autres dirigeants du Groupe de Lima, ainsi que ceux des États-Unis et des Bahamas, le Canada s’est lui aussi engagé à continuer de travailler assidûment en vue de rétablir la démocratie au Venezuela.

Le conclave régional a déclaré le président Nicolas Maduro persona non grata mais n’a pu se mettre d’accord sur une déclaration commune, le groupe incluant des pays alliés du Venezuela comme Cuba et la Bolivie.

« Ils voulaient nous exclure du sommet et ce qu’ils ont obtenu est un échec. Ce fut un échec total », a réagi Nicolas Maduro dans un discours à Caracas devant quelques-uns de ses partisans.

Les Etats-Unis et les 16 pays du groupe de Lima, dont la Colombie, le Brésil, l’Argentine et le Chili, ont exigé, dans une déclaration commune, une élection présidentielle « avec des garanties nécessaires pour un processus libre, juste, transparent et démocratique, sans prisonniers politiques ». L’élection devra, selon eux, « inclure la participation de tous les acteurs politiques vénézuéliens », dont l’opposition au président Nicolas Maduro.

Des élections « qui ne remplissent pas ces conditions manqueront de légitimité et de crédibilité », selon la déclaration.

Washington cherche à établir « des sanctions supplémentaires, davantage d’isolement et de pression diplomatique » contre Caracas, afin de faire « reconnaître que le Venezuela est une dictature », a déclaré M. Pence, qui a transmis le soutien de Donald Trump à un groupe d’opposants vénézuéliens à Lima.

M. Pence a annoncé une aide humanitaire supplémentaire américaine de 16 millions de dollars, destinée aux Vénézuéliens – plusieurs centaines de milliers – qui ont fui vers d’autres pays d’Amérique latine.

« 5.000 Vénézuéliens fuient chaque jour leur pays dans le plus important exode de notre hémisphère », a-t-il affirmé, ajoutant que « neuf Vénézuéliens sur dix sont désormais pauvres ».

Mike Pence s’en est pris également à Cuba, qualifié de « régime despotique ».

Les chefs d’État et de gouvernement de l’Argentine, des Bahamas, du Brésil, du Canada, du Chili, de la Colombie, du Costa Rica, du Guatemala, du Guyana, du Honduras, du Mexique, de Panama, du Paraguay, du Pérou et de Sainte-Lucie, et le vice-président des États-Unis, réunis à l’occasion du 8e Sommet des Amériques; à la lumière de la situation actuelle concernant l’effondrement de l’ordre constitutionnel au Venezuela et préoccupés par la crise politique, économique, sociale et humanitaire qui s’aggrave dans ce pays :

1. Demandent instamment au gouvernement du Venezuela de tenir des élections présidentielles en offrant les garanties nécessaires au déroulement d’un processus libre, juste, transparent et démocratique, sans prisonniers politiques, avec la participation de tous les acteurs politiques du Venezuela, et confirment que toute élection ne respectant pas ces conditions manquera de légitimité et de crédibilité.

2. Expriment leur détermination à continuer de promouvoir, particulièrement dans le cadre de l’Organisation des États américains (OEA), les actions et les initiatives qui contribuent au rétablissement des institutions démocratiques, au respect des droits de la personne et au plein respect de la primauté du droit.

3. Réaffirment leur appui à l’égard de l’Assemblée nationale du Venezuela et réitèrent que les mesures législatives adoptées conformément à la constitution qui requièrent l’autorisation de cette assemblée seront uniquement reconnues lorsqu’elles auront été approuvées par celles-ci et, dans ce contexte, considéreront les nouvelles mesures qui contribuent au plein respect de ses pouvoirs constitutionnels sur les plans économique et financier.

4. Appellent les agences spécialisées, les fonds et les programmes du système des Nations Unies et de l’OEA à assurer la mise en œuvre immédiate d’un programme d’aide humanitaire afin de remédier à la souffrance et aux pénuries qui touchent la population du Venezuela. À cet égard, ils réitèrent leur appel au gouvernement du Venezuela à permettre l’entrée et la distribution d’aide humanitaire qui permettra d’atténuer les graves conséquences des pénuries, particulièrement celles de nourriture et de médicaments.

5. Expriment leurs profondes préoccupations quant à l’exode de plus en plus important de citoyens du Venezuela ayant été obligés de quitter leur pays en raison de la crise, et demandent aux organisations internationales pertinentes d’établir immédiatement un programme de soutien et de développement des capacités destiné aux pays de la région afin de répondre aux besoins qui découlent de cet exode.

6. Appellent les membres de la communauté internationale à appuyer les efforts et les décisions des pays de la région qui visent à contribuer au rétablissement de la démocratie au Venezuela. Ils demandent également aux pays qui ont adopté des mesures à cet égard de les élargir et de les renforcer.

7. Insistent sur l’importance du soutien de la communauté internationale pour permettre la relance économique au Venezuela une fois l’ordre démocratique et constitutionnel rétabli.

La corruption

De quoi faire oublier le thème officiel de ce Sommet: la corruption, qui vient justement de forcer le président péruvien Pedro Pablo Kuczynski à démissionner, remplacé par Martin Vizcarra.

« PPK » a été emporté par le scandale Odebrecht qui éclabousse plusieurs dirigeants de la région dont l’ex-président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva et l’ancien vice-président équatorien Jorge Glas, tous deux derrière les barreaux.

Samedi, les dirigeants réunis à Lima ont adopté un « engagement sur la gouvernance démocratique face à la corruption », même si le texte de 57 points n’a pas de caractère contraignant.

Il incite aussi à inclure « des clauses anticorruption dans tous les contrats de l’Etat » et appelle à plus de transparence dans les comptes des partis, « principalement lors des campagnes électorales ».

Le Canada a pour sa part appuyé le nouvel «Engagement de Lima du Sommet des Amériques, La gouvernance démocratique pour contrer la corruption.», déclaration qui, affirme Ottawa, témoigne de l’engagement commun de nos pays à l’égard d’une transparence et d’une responsabilisation accrues.

*Avec AFP

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