Trump et Macron entretiennent le flou sur les frappes en Syrie

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Le président américain Donald Trump le 10 avril 2018 à la Maison Blanche. (Nicholas Kam/AFP)

Le président américain Donald Trump est resté évasif jeudi sur le moment où les États-Unis pourraient lancer des frappes contre la Syrie en représailles à l’attaque chimique présumée près de Damas, affirmant qu’elles pourraient intervenir «très bientôt ou pas si tôt que cela».

Alors que la tension est encore montée d’un cran après des menaces d’action militaire du président américain sur Twitter, la première ministre britannique Theresa May a convoqué pour jeudi une réunion d’urgence de son gouvernement, afin de «discuter de la réponse à apporter aux événements en Syrie».

Après avoir provoqué une montée de tensions en demandant à la Russie mercredi de se «tenir prête» à des frappes contre son allié syrien, Donald Trump a semblé temporiser.

«Jamais dit quand une attaque contre la Syrie pourrait avoir lieu. Cela pourrait être très bientôt ou pas si tôt que cela», a-t-il écrit dans un tweet matinal. «Dans tous les cas, les États-Unis, sous mon administration, ont fait un super boulot pour débarrasser la région de l’EI. Ou est le ‘Merci l’Amérique’?»

En France, le président Emmanuel Macron a semblé se donner du temps après avoir évoqué mardi une annonce «dans les prochains jours».

«Nous aurons des décisions à prendre en temps voulu, quand nous le jugerons le plus utile et le plus efficace», a-t-il dit sur la chaîne de télévision TF1.

Sur le fond, il est cependant resté ferme dans ses accusations, disant avoir «la preuve» que «des armes chimiques ont été utilisées, au moins du chlore, et qu’elles ont été utilisées par le régime de Bachar al-Assad».

Les Occidentaux, Washington en tête, ont menacé le régime de Damas de frappes imminentes après une attaque chimique présumée début avril dans l’enclave rebelle de Douma, qu’ils imputent au régime de Damas, ce qu’il dément.

La Russie a dénoncé un «prétexte» utilisé pour lancer une opération militaire contre son allié, son ambassadeur au Liban avertissant qu’elle abattrait tout missile lancé contre la Syrie.

Le Kremlin s’est voulu rassurant, affirmant jeudi que la ligne spéciale entre militaires russes et américains au sujet de leurs opérations en Syrie, destinée à éviter les incidents, était encore «dans un état actif et utilisée des deux côtés».

Jugeant «absolument essentiel» d’éviter des frappes contre le régime de Damas, son porte-parole Dmitri Peskov a appelé à éviter tout acte qui pourrait avoir «un effet extraordinairement destructeur sur tout le processus de règlement syrien».

«Impasse»

«Toute action ne contribuera qu’à déstabiliser davantage la région», a averti de son côté le président syrien Bachar al-Assad.

La perspective d’une action militaire des Américains, soutenus par la France et probablement le Royaume-Uni, s’inscrit dans un contexte extrêmement difficile entre l’Occident et la Russie. Les relations sont déjà passablement dégradées par l’affaire de l’ex-espion Sergueï Skripal empoisonné par un agent innervant en Angleterre le 4 mars.

Des tensions symbolisées par un dialogue de sourds à l’ONU. Un triple vote mardi — rare à l’ONU la même journée et sur le même sujet — sur deux textes russes et un texte américain n’a abouti à aucune adoption.

Mercredi soir, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a exhorté les cinq membres permanents du Conseil de sécurité «à éviter une situation hors contrôle» en Syrie, réaffirmant sa «grande inquiétude face à l’impasse actuelle».

Le président turc Recep Tayyip Erdogan s’est dit préoccupé jeudi par le «bras-de-fer» engagé par certaines puissances étrangères, tandis que les éléments d’une riposte coordonnée entre Occidentaux se mettaient en place.

Selon les Casques blancs et l’ONG médicale Syrian American Medical Society, plus de 40 personnes ont été tuées à Douma, dernier bastion rebelle dans la Ghouta orientale, tandis que plus de 500 blessés ont été soignés notamment pour des «difficultés respiratoires».

L’armée russe, qui intervient depuis septembre 2015 en soutien aux forces gouvernementales, a en outre annoncé jeudi que le drapeau du gouvernement syrien flottait sur la ville de Douma. Cela marque la reprise par le régime de Bachar al-Assad du contrôle de «la totalité de la Ghouta orientale», dernière enclave rebelle visée ces dernières semaines par une offensive meurtrière.

Le groupe rebelle Jaich al-Islam, qui contrôlait Douma a expliqué n’avoir eu d’autre choix que d’accepter de l’évacuer après une attaque chimique présumée imputée au régime.

«Évidemment, c’est l’attaque chimique qui nous a poussés à accepter» de partir, a déclaré à l’AFP Yasser Delwane, le chef du bureau politique de Jaich al-Islam, dont les combattants continuaient de quitter jeudi Douma, localité située près de Damas, pour rejoindre des zones rebelles dans le nord syrien.

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